La Loi du Marché (2015) de Stéphane Brizé

par Selenie  -  21 Mai 2015, 11:09  -  #Critiques de films

Voici donc le nouveau film de Stéphane Brizé après son chef d'oeuvre "Quelques heures de printemps" (2012), ce dernier étant meilleur film 2012 selon votre serviteur et qui avait amené à un dossier entier sur le réalisateur et sa filmo (Bio, filmo et entretien)... Pour sa première sélection officielle cannoise, le réalisateur breton optimise son style réaliste pour une plongée sans concessions dans le monde du travail, une immersion quasi documentaire pour un réalisme que Stephane Brizé n'avait pas encore atteint. Afin d'accentuer cette réalité dans sa fiction, le réalisateur a fait des choix assez radicaux. Pour assumer et assurer le côté docu, il a choisi de travailler avec un Chef Opérateur venant du documentaire (sa première fiction). Il a proposé à Christophe Rossignon et Vincent Lindon de produire en payant tout le monde au tarif syndical créant ainsi une cohérence avec un budget minimal de 1,2 million d'euros et, surtout, il a choisi outre son acteur fétiche Vincent Lindon, un casting 100% amateur. Pour ses derniers chaque poste est joué par une personne du métier ce qui pousse à l'authentique. Il est tout aussi certain que la performance magnifique de Vincent Lindon (qui jouait déjà un chômeur dans "Fred" en 1997 de Pierre Jolivet) y fait écho. L'acteur semble complètement habité et investi par son personnage et son rôle, comme s'il devait se donner à fond pour rendre hommage ou, du moins, rendre honneur à ces inconnus, ces invisibles du monde du travail "d'en-bas".

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On suit donc Thierry qui tente de retrouver du travail après plusieurs mois de chômage et traversant tous les strates du combat d'un homme pour retrouver sa fierté et sa santé psychologique. Pas facile de lutter contre la bêtise des stages plus ou moins obligatoires, l'appât du gain des banques prêtent à vendre du vide, à accepter d'aller à l'encontre de ses principes... Stéphane Brizé dissèque presque trop maladivement un système qui broie les personnalités et brise les rêves... En même temps, le réalisateur se retrouve parfois trop obnubilé par son projet et oublie la fiction. Il est marrant de voir qu'il  se penche sur les mêmes erreurs que sur "Quelques heures de printemps" (son seul "défaut"), soit ajouter de la dramaturgie pour ne pas dire du misérabilisme alors que l'histoire se suffit à elle-même ; ça va d'un enfant handicapé à la mise en scène ou des scènes trop longues vis à vis de l'intérêt sur le récit. Par contre, magnifique idée de focaliser l'image sur Thierry (Lindon) alors même qu'il n'est pas dans l'action, un contre hors-champ judicieux qui montre la solitude d'un homme, sa perte de contrôle de sa vie, un homme qui tente d'éviter un maximum l'humiliation au sens général du terme. Stéphane Brizé signe là une claque que rarement on a pu voir en France, un film remarquable de part son ambition et son acuité sociale. Saluons l'absence de manichéïsme, les patrons ne sont pas stigmatisés, personne n'est attaqué gratuitement et/ou facilement. Certains parlent de choix, "peut-on tout accepter pour un travail ?" une question sur laquelle la fin ne reste finalement pas si évidente ni complètement probante, est-ce voulu ou pas ?!... Pas parfait juste parce que le réalisateur doit faire attention à ne pas tomber dans le trop démonstratif notamment en voulant appuyer l'émotion dont le récit n'a pas besoin. En tous cas, gros bonus avec Vincent Lindon, grand favori pour le prix d'interprétation à Cannes, espérons... Néanmoins Stéphane Brizé persiste et signe un film qui confirme tout le bien qu'on pensait de lui. Un beau et bon film à conseiller fortement.

 

Note :              

 

16/20