Pépé le Moko (1937) de Julien Duvivier

par Selenie  -  18 Octobre 2016, 07:35  -  #Critiques de films

Adapté du roman éponyme (1931) de Pierre Ashelbé (Henry La Barthe de son vrai nom) à qui on doit aussi "Dédée d'Anvers" (1939) qui sera aussi porté à l'écran par Yves Allégret en 1948. Moko est à l'origine un mot d'argot désignant un marin de la marine Nationale basé à Toulon et plus souvent orthographié "moco". Si le film fut d'abord proposé à Jean Renoir qui tournait cette même année "La Grande Illusion" (1937) avec Jean Gabin, il refusa le projet qui revint alors à Julien Duvivier. Ce dernier tourne là alors son 5ème film avec la star française sur les 7 qu'ils feront ensemble avec "Maria Chapdelaine" (1934), "La Bandera" (1935), "Golgotha" (1935), "La Belle Équipe" (1936), "L'Imposteur" (1944) et "Voici le temps des assassins" (1956)... Autant dire que Gabin est alors dans sa période la plus faste avec des films majeurs non stop entre 1935 et 1939. Pour partager l'affiche on lui octroie l'actrice Mireille Balin (star éclair qui subira les foudres de l'épuration en 1945) qui devient une star avec ce film où elle connait une brève liaison avec Gabin qui se concluera avec un second film dans la foulée avec "Gueule d'Amour" (1937) de Jean Grémillon.

18465096.jpg (600×800) pepe-le-moko-1936-06-g.jpg (1200×901) On reconnaitra aussi Marcel Dalio et Fernand Charpin acteur fétiche de Marcel Pagnol. En prime une des rares apparitions au cinéma de la chanteuse Fréhel qui joue une chanteuse oubliée du public (ce qu'elle était alors !) et qui interprète la chanson nostalgique "Où est-il donc ?", instant émotion particulièrement touchant. Cette scène courte mais marquante de Fréhel est d'autant plus magnifique qu'elle est clairement la plus sincère. En effet, comparé aux autres scènes du film Fréhel ne joue pas. Le soucis pour les autres acteurs c'est qu'il y a des scènes qui manquent de vraisemblance, on frôle trop souvent la tragédie grecque comme ce final grandiloquant (mais que Duvivier a dû faire ainsi en ayant une pensée pour la fin de "La Grande Équipe"). Et pourtant "Pépé le Moko" est de ces films aux charmes certains typique des années 30 où le romantisme exacerbé se cogne aux héros machistes avec une bonne dose d'exotisme. La reconstitution d'Alger en studio est inspirée avec les méandres de ses ruelles et une Casbah comme cour des Miracles. Mireille Balin est trop peu expressive tandis que Gabin est survolté dans un personnage de caïd qui perd pied un peu trop vite et trop passionnellement. "Pépé le moko" inspirera "Casablanca" (1942) de Michael Curtiz et connaitra de remake avec "Casbah" (1938) de John Cromwell et "Casbah" (1948) de John Berry. Ce film est un mixte parfait entre polar exotique et drame romantique, il est juste dommage que le scénario manque un peu de nuance. Un grand et beau film mais sans doute un peu surestimé.

 

Note :            

 

15/20