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Selenie

La Fille de Brest (2016) de Emmanuelle Bercot

1 Décembre 2016, 06:19am

Publié par Selenie

Emmanuelle Bercot revient après une année 2015 riche en émotion, d'abord en tant que réalisatrice avec "La Tête Haute" (2015 - Césars du second rôle pour Benoit Magimel et de l'espoir pour Rod Paradot !) et en tant qu'actrice (prix d'interprétation à Cannes !) sur "Mon Roi" (2015) de Maïwenn. Comme elle l'a déjà prouvé, la réalisatrice a toujours été attirée par les faits d'actualité et cette fois elle signe un film sur l'affaire du Mediator. Salutaire à bien des égards, ce projet est d'autant plus audacieux que l'affaire est encore récente (2009-2011) et que rarement les cinéastes français s'attaquent à des faits aussi rapprochés à contrario des américains entre autres. En vérité à l'origine du projet on trouve d'abord les productrices de Haut et Court, Caroline Benjo et Carole Scotta (déjà fait leur preuve sur des films comme "Coco avant Chanel" en 2008 de Anne Fontaine et "Foxfire" en 2012 de Laurent Cantet) qui ont proposé le film à Emmanuelle Bercot qui a dit oui après avoir rencontré la vraie Irène Frachon.

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Le scénario se base essentiellement sur le livre "Mediator 150mg" (2010) de Irène Frachon enrichi des entretiens que l'auteur a eu avec la réalisatrice-scénariste. La première question a rapport avec le casting. En effet, le film retrace une histoire vraie de façon réaliste et fidèle aux évènements, alors pourquoi inventer une origine danoise à Irène Frachon ?! Obligation puisque le rôle a échu à l'excellente actrice danoise Sidse Babett Knudse, et si on a rien contre ses talents et sa performance sur le film, on se demande pourquoi le choix ne s'est pas porté simplement sur une actrice française ?! Pour l'anecdote, il semble que c'est Catherine Deneuve (suite au tournage de "La Tête Haute") qui ait suggéré ce choix... Outre ce détail le film démarre bien en nous évitant un prologue à la fois trop en amont (la revue Prescrire dénonce une première fois en 1997, Irène Frachon alerte dès 2007 mais le film démarre en 2009) et sans entrer trop dans des considérations technico-médicales trop complexes pour le commun des mortels. On entre vite dans le sujet et dans le combat du docteur Frachon et donc on est pris dans la tempête des coulisses administratives très lourdes entourant les labos et la commercialisation des médicaments.

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Avec deux opérations chirurgicales marquantes (surtout la seconde) tournées avec de vraies équipes du CHU de Brest, la réalisatrice enfonce le clou pour, aussi, rappeler qu'il y a effectivement des conséquences médicales réelles et non pas qu'une question de paperasse interservices que la majorité des scènes montrent (effectivement le combat de Irène Frachon s'est surtout déroulé dans des bureaux sourds à ses revendications). L'autre bon point c'est que le scénario n'oublie jamais que Irène Frachon n'était pas seule dans ce combat même si les seconds rôles restent particulièrement sous-employés, à l'exception notable de la star du casting Benoit Magimel. La narration est excellente et on suit avec attention et intérêt l'affaire même quand on est passé à côté à l'époque, car oui finalement c'est une affaire qui est restée et reste trop discrète (rappelons que les laboratoires Servier n'ont pas encore rendu compte auprès de la justice !). Par contre on comprend mal les chiffres parfois (500 morts sur quelle période ?!) alors que les victimes autres que décédées semblent juste oubliées ?!... Néanmoins Emmanuelle Bercot signe un film engagé et fort, bien troussé, prenant et parfois émouvant sans jamais tomber dans le pathos. Un bon film.

 

Note :               

14/20

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