Le Client (2016) de Asghar Farhadi

par Selenie  -  10 Novembre 2016, 08:56  -  #Critiques de films

Après avoir abordé les problèmes conjugaux avec les magnifiques "Une séparation" (2011) et "Le Passé" (2013), le réalisateur iranien signe ce film qui s'apparente plus à un thriller dans un genre qu'il a déjà exploré dans le pas moins excellent "À propos d'Elly" (2009). À l'origine, Asghar Farhadi devait réaliser un film en Espagne co-produit par Pedro Almodovar et le français Alexandre Mallet-Guy mais, malgré un scénario terminé, il a appris qu'il y avait un contretemps. Du temps, le cinéaste n'en perd pas et repart en Iran pour tourner "Le Client" dont il signe le scénario aussi et qu'il co-produit tout de même avec Alexandre Mallet-Guy avec qui il avait déja collaboré sur "Le Passé" et ce, avec succès.

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Si "Le Client" est tourné comme un thriller, le réalisateur iranien n'en perd pas moins ses sujets de prédilection. Il s'agit aussi, une nouvelle fois, d'une histoire de couple qui traverse une crise tandis qu'en arrière plan Farhadi nous montre une société iranienne en pleine mutation, engoncée entre traditions sociales et culturelles et un modernisme occidental qui s'immisce doucement. La grande idée du réalisateur-scénariste reste le parallèle judicieux et subtil entre l'histoire de Emad et Rana et la pièce de théâtre "Mort d'un commis voyageur" de Arthur Miller qu'ils jouent le soir. En effet, Emad et Rana jouent sur scène un vendeur et son épouse en proie à la crise et à une modernisation inéluctable alors même qu'ils vont bientôt être confrontés à un vendeur et sa famille. Précisons d'ailleurs que le titre original "Forushande" signifie "employé de commerce" (titre anglais repris "The Salesman", faisant référence à la pièce, no comment ne ce qui concerne le titre en VF). Asghar Farhadi précise même que "Les choses évoluent très vite et ceux qui ne peuvent pas s'adapter à cette course effrénée sont sacrifiés. La critique sociale au coeur de la pièce reste valable en Iran aujourd'hui". Si on comprend la démarche du cinéaste dans un processus qu'il manie à la perfection comme on a déjà pu le voir dans ses films précédents, cette fois pourtant il manque un peu sa cible. En effet, la modernisation galopante qui joue un rôle sur les actions des personnages est loin d'être probante.

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Outre un contexte politico-économique quasi absent du récit, comment nous faire croire qu'une telle agression criminelle ait une quelconque circonstance atténuante en rapport ?! Sans doute trop en filigrane (Farhadi est un habitué de la censure), le lien de cause à effet vis à vis de l'intrigue est trop omise pour convaincre pleinement cette fois-ci. Néanmoins Farhadi impose quelques jolis moments comme lors de la pièce où la comédienne doit interpréter une prostituée dénudée en étant elle-même couverte entièrement, et où, surtout, les protagonistes (personnages principaux comme les proches et les voisins) sont tous engoncés dans des préjugés sociaux dont l'humiliation publique semble un jugement des plus terribles à tel point que les victimes seraient presque plus honteuses que l'agresseur. Des personnages magnifiquement interprétés par un casting fidèle au réalisateur. Dans les rôles principaux on reconnaitra donc Babak Karimi (vu dans "Une séparation" et "Le Passé"), et surtout l'acteur Shahab Hosseini (vu dans "À propos d'Elly" et "Une séparation") et l'actrice Taraneh Alidoosti (dans son 4ème film sur les 7 qu'a tournés le réalisateur). "Le Client" a connu la reconnaissance en étant doublement primé au dernier Festival de Cannes du Prix du Scénario et du Prix d'Interprétation pour Shahab Hosseini. Un thriller social qui offre une tension toujours palpable avec différents niveaux de lecture bien qu'on aurait aimé un lien entre intrigue et société iranienne bien plus forte et assumée.

 

Note :            

14/20

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