Quelques minutes après minuit (2017) de Juan Antonio Bayona

par Selenie  -  5 Janvier 2017, 07:53  -  #Critiques de films

Troisième long métrage pour le réalisateur Juan Antonio Bayona qui s'était fait remarqué avec le succès du film d'horreur "L'Orphelinat" (2007) avant de confirmer son talent avec le plus conformiste drame "The Impossible" (2012). Cette fois il revient avec un conte pour enfant qui surprend par le parti pris plutôt "adulte" du traitement de fond. Adapté du roman éponyme de Patrick Ness (qui a repris le travail initial de la défunte Siobhan Dowd en 2007) et qui signe lui-même le scénario (blacklisté dans les meilleurs scénarios 2013), le film se place dans le sous-genre où un enfant se lie avec un monstre comme on a déjà pu le voir en 2016 avec "Peter et Elliot le dragon" de David Lowery et "Le Bon Gros Géant" de Steven Spielberg. Cependant cette fois nous ne sommes pas dans une histoire d'amitié telle qu'on peut s'imaginer avec une belle aventure humaniste. Comme le dit lui-même Bayona, il a voulu réaliser ce film parce qu'il y reconnaissait des thématiques similaires à ses deux premiers films à savoir : "des personnages se retrouvent dans une situation anxiogène, avec le spectre de la mort qui se profile à l'horizon". Effectivement s'il s'agit bien d'un conte, le cinéaste espagnol n'oublie jamais qu'un conte peut être tragique et ancré dans le monde réel.

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Car oui, "Quelques minutes après minuit" est un conte mature qui ose éviter la démagogie inhérente au conte en général. On suit donc un enfant dont la mère se meurt (ou pas !?) et qui fait donc appel à l'esprit d'un arbre qui se matérialise et qui dit être prêt à l'aider. Sauf que l'enfant ne s'attend pas à être aidé de cette façon... Le jeune Conor est interprété par Lewis MacDougall (vu dans un second rôle dans "Pan" en 2015 de Joe Wright), ses parents sont interprétés par le duo Felicity JOnes et Toby Kebbell qui sortent tous deux de blockbusters, respectivement de "Rogue One" (2016) de Gareth Edwards et "Warcraft" (2016) de Duncan Jones. Sa grand-mère est interprétée par Sigourney Weaver qui joue et assume là son premier vrai rôle de grand-mère tandis que le monstre est joué par Liam Neeson (qui se prête au jeu de la CGI). En prime la guest star Geraldine Chaplin qui tourne ainsi pour la 3ème fois avec Bayona. Malgré la CGI nécessaire au monstre, le réalisateur a voulu insister sur le réalisme et donc a limité au maximum les effets spéciaux usant de l'animatronique ("King Kong" en 1933 de Merian C.Cooper n'a pas été qu'une source d'inspiration pour ce film !) et reconstituant un décor qui se devait de rappeler le passé de la Révolution Industrielle ("il y a 150 ans, cette contrée était devenue un pays industriel...") d'où le choix de tourner dans des régions comme Manchester. Mais la vraie force du film réside en son scénario, issu lui-même d'un roman riche et qui a su détourner les codes du conte.

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Pas d'amitié enfant-monstre semblable à un véritable ami et pas de morale démago, évidente et facile. Ici le monstre s'explique et existe comme un esprit bénéfique ou un gentil génie qui n'est là que pour montrer le chemin ou du moins faciliter ce passage de l'enfance à l'âge adulte. La morale existe mais elle est ambivalente et moins unilatérale qu'à l'accoutumé car oui, le monde n'est pas noir ou blanc mais il est d'une multitude de nuances de gris. La morale à la Disney connaît avec ce film son antithèse idéale. La morale est matérialisée par trois contes animés de jolie façon, trois contes jamais manichéens pour que Conor grandisse. Néanmoins, le récit est difficile émotionnellement (à la limite du pathos trop appuyé) et les jeunes enfants comme les jeunes ados risquent fort de décrocher. Il y manque un soupçon de légèreté (notamment entre le monstre et l'enfant surtout au début, plus de complicité entre Conor et ses parents) car là aussi, il ne faut pas oublier qu'un enfant rit et s'amuse même en période plus ou moins dure. En tous cas Juan Antonio Bayona (et dire malheureusement qu'il a accepter de réaliser les suites "World War Z 2" et "Jurassic Wold 2") signe là un sublime film sur le rapport deuil et enfance. A voir et à conseiller.

 

Note :            

16/20

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