The Birth of a Nation (2017) de Nate Parker

par Selenie  -  11 Janvier 2017, 16:08  -  #Critiques de films

Film ayant fait sensation en remportant le Grand Prix du Jury au festival de Sundance 2016, ce film est le premier long métrage de Nate Turner, lutteur de haut niveau et acteur encore peu connu. Ce film qui lui tient à cœur depuis 2009,   il   en   est    également    producteur  (il a investi 100 000 dollars personnellement) et scénariste (avec son ami Jean Celestin, voir plus bas). Le film retrace le destin de Nat Turner (voir bio ICI), meneur d'une révolte d'esclave sanglante en 1831 dans l'état de Virginie. Evidemment le film fait penser à d'autres, notamment par son titre qui fait référence au monument "Naissance d'une Nation" (1915) de D.W. Griffith, un film qui a fait polémique donnant une vision raciste (le héros est le fondateur du Ku Klux Klan). Comme le souligne l'acteur-réalisateur lui-même : "Pour moi, intituler ce film "The Birth of a Nation" était une manière de me réapproprier ces mots, de réparer une injustice et de transformer ce titre en source d'inspiration"... Plus directement on pense aussi au très bons films récents sur des thèmes similaires comme "12 years a slave" (2014) de Steve McQueen et "Free State of Jones" (2016) de Gary Ross. Pour son projet Nate Parker s'est beaucoup documenté auprès de livres références sur le sujet dont "The Southampton Insurrection" (1900) de William Sidney Drewry livre rare qui regroupe plusieurs entretiens de témoins ayant vécu les évènements.

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Afin de s'assurer un maximum de la bonne direction à prendre, Nate Parker a également reçu des conseils de grands réalisateurs comme Steven Soderbergh, Spike Lee et Mel Gibson, avouant par ailleurs s'inspirer du film de ce dernier "Braveheart" (1995). Jouant lui-même l'esclave, Nat Turner s'est choisi un joli casting avec le bon Armie Hammer en propriétaire de la plantation piégé à l'insu de son plein gré par ses amis qui le rappellent à ses "responsabilités", Penelope Ann Miller en matriarche blanche mais bienveillante et Jackie Earle Haley en chasseur d'esclave impitoyable. Ces trois acteurs blancs ont des rôles importants laissant les autres personnages (et donc acteurs) blacks étonnamment sous-exploités comme le très bon Colman Domingo (vu dans "Selma" en 2015 de Ava DuVernay). Tourné en seulement 27 jours en maintenant une pression à son équipe afin d'être le plus réaliste possible (portable interdit sur le plateau, tournage dans de vraies plantations d'époque afin de s'imprégner des fantômes du passé...) l'acteur-réalisateur s'est véritablement donné les moyens pour signer un film fort, solide et instructif. Malheureusement le scénario prend des libertés et des raccourcis importants, par exemple sur le fait que l'esclave Nat Turner est montré comme avoir été toute sa vie sur le domaine de Samuel Turner (Armie Hammer) alors qu'il a connu plusieurs plantations et propriétaires différents.

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Par contre il y a des très bonnes idées comme insérer des scènes de cérémonie chamanique faisant écho aux fantômes du passé et sur l'importance de la Bible. L'esclave Nathaniel Turner étant aussi prêcheur, il est aussi nécessaire et évident qu'il a su utiliser le livre sacré pour argumenter ses actions et retourner le livre saint contre ses tortionnaires blancs. Le film n'occulte pas pour autant les faces "sombres" du meneur Nat Turner. En effet, il réagit longtemps après bien des faits et que le déclencheur reste avant tout un esprit de vengeance bien personnelle et non pas la situation de ses semblables. En outre, à titre posthume, rappelons que cette révolte eue pour conséquence ultime que les lois esclavagistes furent encore plus restrictives et durcies ! Le film, qui était pressenti comme un favori à venir pour les Oscars, eu un contrecoup fatal suite à une polémique réveillant une affaire vieille de 19 ans où l'acteur-lutteur-réalisateur Nate Parker a été accusé de viol sur mineure alors qu'il était étudiant. Bien qu'ayant été innocenté à l'époque, son ami co-accusé Jean Celestin fut lui condamné et se retrouve sur le film comme co-scénariste. Ce rappel de l'affaire (et que la victime se soit suicidée en 2012 !) a compromis fortement le succès du film à tel point que l'Académie des Oscars a retiré "The Birth of a Nation" de sa liste !... Outre les allégations, rumeurs fondées ou non (nous ne saurons jamais !) l'important reste l'oeuvre et ses qualités intrinsèques. Si le film ne réinvente rien avec entre autres un traitement basique pour le genre, Nate Parker signe un vrai bon film, bien écrit, qui va à l'essentiel (peut-être trop). Un film fort, dur et efficace auquel il manque un peu plus d'émotion et une approche moins "percutante". A voir néamoins.

 

Note :             

14/20