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Selenie

Les Chaussons Rouges (1948) de Emeric Pressburger et Michael Powell

4 Juillet 2017, 07:32am

Publié par Selenie

Réalisateurs-scénaristes-producteurs, Emeric Pressburger et Michael Powell forment un des plus talentueux duos du cinéma ils sont notamment connus pour leurs films d'auteurs prestigieux comme "Colonel Blimp" (1943), "Le Narcisse Noir" (1947) et "Les Contes d'Hoffmann" (1951)... Pour ce projet Pressburger avait d'abord écrit un premier jet en 1937 pour le réalisateur-producteur Alexander Korda pour son épouse Merle Oberon avant que ce dernier n'apprenne que sa femme le trompait avec David Niven. Plus tard, Pressburger et son acolyte surent plus ou moins ruser pour obtenir les droits de cette adaptation libre du conte (1845) de Hans Christian Andersen. Le ballet ayant une importance capitale c'est Powell qui insista pour offrir le rôle à une danseuse plutôt qu'à une actrice connue. Le choix fut donc Moira Shearer, étoile montante du ballet britannique qui avait aussi l'avantage d'une cascade de cheveux roux, à une époque où nombres de stars étaient rousses (la plus connue étant Rita Hayworth) et surtout qui faisait un renvoi naturel aux chaussons rouges.

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A ses côtés pas de stars mais des acteurs dont la carrière devra beaucoup à ses mêmes chaussons. Anton Walbrook qu'on verra dans "La Ronde" (1950) et "Lola Montès" (1955) de Max Ophüls, ainsi que Marius Goring qui sera partenaire de Ava Gardner dans "Pandora" (1951) de Albert Lewin et "La Comtesse aux Pieds Nus" (1954) de J.L. Mankiewicz, tous deux d'ailleurs photographiés par l'omniprésent Jack Cardiff. Ce dernier est alors un des plus prestigieux directeur Photo du 7ème Art et après "Le Narcisse Noir" retrouve Presburger-Powell pour "Les Chaussons..."... Cardiff est d'une importance capitale tant la beauté plastique du film est éblouissante avec un des technicolor les plus sublimes du cinéma. Fresque magique qui allie peinture et musique pour un morceau de 7ème Art somptueux, en témoigne notamment les choix des deux cinéastes qui, déçus par la musique de ballet, licencièrent leur fidèle compositeur Allan Gray et le remplacérent par Brian Easdale tandis qu'ils congédièrent le chef décorateur Alfred Junge pour le remplacer par le peintre Hein Heckroth ! Choix sévères peut-être mais coups de génie judicieux avec deux Oscars respectif à la clef ! On suit donc trois personnages, un producteur de ballet mégalo qui découvre une danseuse et un compositeur avec qui il veut créer le ballet "Les Chaussons Rouges", mais c'est sans compter les sentiments et surtout les ambitions et les visions respectives sur l'Art. Si le film met du temps à démarrer il s'avère vite idéalement écrit, le début étant finalement nécessaire à l'évolution des personnages.

05.jpg (598×437)  Saga mélomane et tragique on reste pourtant assez éloigné du conte originel de Andersen (pas de pieds amputés ici !) et surtout il manque le côté "fantastico-magique" du conte (rappelons que es chaussons rouges obligent à danser sans s'arrêter !). Le récit monte crescendo jusqu'à la séquence dantesque du ballet, soit 17mn d'un ballet dans le film qui inspirera sans aucun doute la scène finale de 17 mn (!) du célèbre "Un Américain à Paris" (1951) de Vincente Minnelli ! Scéne centrale le ballet est aussi une scène qui crée une césure, la création et l'Art avant tout avant et après la passion et le sacrifice ensuite. "Les Chaussons Rouges" a été restauré, notamment avec un certain Martin Scorcese en consultant artistique pour celui dont c'est un des films préférés. Film classé 9ème meilleur film britannique par le British Film Institute. Pour l'anecdote, l'actrice-danseuse Moira Shearer aura une très courte carrière ciné mais deviendra une star dont la filmo s'arrête essentiellement au duo Pressburger-Powell puisqu'elle jouera dans "Les Contes d'Hoffmann" (1951) et dans "Le Voyeur" (1960) signé de Powell seul. Un grand drame musical sur la création et ses sacrifices.

 

Note :

17/20

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