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Selenie

Une femme dans la tourmente (1964) de Mikio Naruse

13 Juin 2017, 08:21am

Publié par Selenie

Le titre français manque de nuance, le titre original est "Midareru" un verbe qui veut dire se troubler ou être en désordre, tandis que le titre en anglais est "Tourments". Car si le personnage principal est bel et bien une femme le trouble émotionnel dont parle le film est tout aussi bine celui du beau-frère voir même de la belle-mère à différents niveau. Ce film est un des derniers du réalisateur Mikio Naruse, peu connu chez nous il connait un regain d'intérêt aujourd'hui et est même placé parmi les réalisateurs japonais les plus fameux à l'instar de Akira Kurosawa, Kenji Mizoguchi et Yasujiro Ozu. Ozu avec qui il partage d'ailleurs sa préférence pour le genre "shomingeki", des comédies dramatiques dans le milieu salarié et/ou modeste.

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Lors du tournage le réalisateur est en fin de carrière (89 films entre du muet en 1930 à son dernier film en 1967) et pour son duo vedette il choisit la star Hideko Takamine (méga star japonaise, surnommée la "Shirley Temple japonaise" dans les années 30 et première star à avoir l'honneur d'une conférence de presse pour annoncer son mariage en 1955), actrice fidèle puisqu'elle tournera 10 films avec Naruse de "Hideko, receveuse d'autobus" (1941) à "Délit de fuite" (1966). Pour son partenaire le cinéaste a fait appel à l'acteur Yuzo Kayama surtout connu pour "Sanjuro" (1962) et "Barberousse" (1965) de Akira Kurosawa et qui retrouvera Naruse pour l'ultime film "Nuages épars" (1967). On suit donc le quotidien d'un petit commerce tenu par une jeune femme, veuve depuis 18 ans, et qui tient le commerce familial pour soulager sa belle-mère. Alors que ses deux belles-soeurs font tout pour qu'elle parte son jeune beau-frère lui avoue son amour et sa belle-mère ne sait plus franchement ce qu'elle doit prendre comme décision.

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Reiko, jeune veuve est engoncé dans son éducation nipponne à une époque où les traditions et les convenances empêchent tout simplement l'idée même de se remarier avec le frère de son défunt mari. Koji, jeune homme de 25 ans vit dans la douleur de ne jamais obtenir l'amour de sa belle-soeur tandis que l'oisiveté devient son quotidien malgré les appels du pied de sa famille. La belle-mère est âgée, elle veut faire plaisir à ses filles, aimerait que son fils réagissent, aimerait ne pas vieillir seule et être assez honnête avec elle-même comme avec Reiko. Tous ses tourments sont surtout ceux d'une société en pleine mutation (symbolisé par la concurrence du supermarché), et par le conflit inter-générationnel (avant-guerre et post-1945). Le scénario est classique dans son évolution mais est d'une richesse inouïe dans la subtilité des émotions et par la densité presque imperceptible des détails du quotidien (conséquences du supermarché voisin, le jeu des deux soeurs, la belle-mère seule réellement partagée entre tous, illusion d'être aux commandes...). Mikio Naruse signe un drame familial plein de finesse, intelligent et jamais larmoyant malgré la tragédie qui se dessine. En prime des acteurs d'une grande justesse et la beauté diaphane de Hideko Takamine. Un grand et beau film.

 

Note :                 

17/20

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