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Selenie

La Liste de Schindler (1993) de Steven Spielberg

24 Juillet 2017, 07:46am

Publié par Selenie

Chef d'oeuvre du 7ème Art et monument historique ce film est classé 8ème des plus grands films de l'American Film Institute et 6ème meilleurs films de tous les temps sur le site de référence IMDB avec en prime 7 Oscars parmi la multitude de prix et récompenses... Le réalisateur Steven Spielberg a déjà montré son attachement à l'Histoire et à la période 39-45 en particulier avec les films "1941" (1980) et "Empire du Soleil" (1987) et qu'il revisitera plus tard avec "Il faut sauver le soldat Ryan" (1998) et "Cheval de Guerre" (2012). Mais, il faut savoir que Spielberg n'arrive que bine longtemps après les prémices du projet. Outre Itzhak Stern qui chercha incessamment à ce que Oskar Schindler ait une pension par le gourvernement ouest-allemand, c'est un autre survivant juif de la Liste, Poldek Pfefferberg qui qui a poussé pour tenir sa promesse tenue à Schindler lui-même de faire connaitre son histoire et de le rendre célèbre. Il avait tenter dans un premier temps de raconter la vie de son sauveur en tournant lui-même un film en 1963 par la MGM avec un scénario de Howard Koch (un des grands de l'Âge d'Or, on lui doit "Casablanca" en 1943 de Michael Curtiz) mais le projet échoua. Il y réussit pourtant en persuadant le romancier Thomas Keneally d'écrire un roman biographique, "La Liste de Schindler" (1982), mais dont le titre original est "Schindler's Ark" en hommage à l'Arche de Noé. Vu le succès du livre c'est Sid Sheinberg (producteur et patron de Universal) qui envoya une critique du livre par le New-York Times à Spielberg et ce dernier demanda si c'était vraiment une histoire vrai !

Le cinéaste rencontra Pfefferberg dès 1983 mais le cinéaste ne se voyait pas réaliser un tel film et le proposa d'abord à Roman Polanski qui refusa car trouvant que ça le touchait de trop près (survivant lui-même...). Il engagea le scénariste Kurt Luedtke ("Out of Africa" en 1985 de Sydney Pollack) mais laissa tomber après 4 ans de travail. Après quelques temps Spielberg proposa le film à Martin Scorcese qui accepta dans un premier temps et choisit le scénariste Steven Zaillan (qui s'était fait un nom avec le film "Le Jeu du Faucon" en 1985 de John Schlesinger et qui deviendra un grand avec ensuite des films comme "Gangs of New-York" en 2003 de Martin Scorcese et "American Gangster" en 2007 de Ridley Scott) qui écrit alors un premier jet de 115 pages. Au fur et à mesure Scorcese décida finalement de refuser, dans une période où l'Histoire et l'actualité bougeaient énormément, entre le Génocide de Bosnie et la chute du mur de Berlin Steven Spielberg se retrouva dans une situation qu'il ne pouvait plus feindre et décida de réaliser le film. Il fallu encore convaincre Sid Scheinberg qui accepta à la condition que Spielberg tourne le film "Jurassic Park" (1993) avant "La Liste de Schindler". Spielberg accepta et plus tard précisa : "Il savait qu'une fois que j'aurais tourné "La Liste de Schindler", je n'aurais pas été capable de faire "Jurassic Park"." ... Il en profita pour demander à Zaillan d'étoffer son scénario à 195 pages en insistant notamment sur les juifs eux-mêmes et sur la liquidation du ghetto de Varsovie. Le tournage eut lieu au printemps 1993 en Pologne, parfois sur les lieux même des faits (appartement de schindler et prison par exemple) et parfois pas, ou à proximité comme pour Auschwitz, dont une partie du camp a dû être reconstruit à l'identique. Pour ce film ambitieux et si important, Spielberg (qui refusa d'être payé pour ce film et qui affirmera que ce fut son tournage le plus difficile à tous points vue et surtout psychologiquement et émotionnellement) a pu avoir confiance avec une équipe technique composée de la plupart de ses fidèles collaborateurs comme le compositeur John Williams (pratiquemment tous les films depuis "Les Dents de la Mer" en 1975), le directeur de la photographie Januzs Kamiski (1er film avec Spielberg mais qui fera tous les suivants) et le monteur Michael Khan (de tous ses films depuis "Rencontre du Troisième Type"  en 1977). Pour le casting Spielberg a refusé plusieurs stars (Kevin Costner, Mel Gibson, Bruno Gantz, Stellan Skarsgard...) en insistant sur le fait qu'il fallait un acteur encore assez méconnu pour qu'il puisse s'effacer derrière le personnage de Oskar Schindler, mais aussi derrière les autres personnages, l'acteur ne devant pas prendre le pas sur l'individualité des protagonistes.

Le rôle de Oskar Schindler est donc joué par Liam Neeson (déjà vu pourtant dans des rôles importants notamment dans "Mission" en 1986 de Roland Joffé et "Darkman" en 1990 de Sam Raimi), son sécrétaire juif est incarné par l'excellent Ben Kingsley (dont le titre de gloire est "Ghandi" en 1982 de Richard Attenborough) et enfin, le rôle du commandant nazi du camp de Plaszow l'acteur Ralph Fiennes (acteur de théâtre alors juste connu pour "Les Hauts de Hurlevent" en 1992 de Peter Komisky). Le reste du casting réunit une majorité d'inconnus et/ou de débutants. Ce trio d'acteurs offre des performances exceptionnelles, tellement juste. Spielberg travailla en amont avec ses acteurs pour préciser les personnalités de leur rôle. Notamment Schindler a été vu comme un bon-vivant façon bouffon du roi, Neeson précise ainsi : "Ils ne le prennent pas assez au sérieux et il s'en sert pour arriver à ses fins.". Car effectivement au final ce qui reste particulièrement intéressant c'est toute l'ambiguité du nazi Schindler qui reste un profiteur de guerre et qui ne sauve des juifs que pour son propre intérêt (il doit sa fortune aux juifs, et finalement les rachètent aux nazis avec leurs propres investissements !). Le film, en majorité en Noir et Blanc, s'offre un tournant "coloré", en la personne d'une fillette en manteau rouge, couleur symbolisant le déclic par lequel Oskar Schindler va petit à petit changer et prendre conscience du rôle différent qu'il peut avoir. Pour l'anecdote, cette petite survivante nommée Roma Ligoka a publié ses mémoires, "La petite fille au manteau rouge" (2002), et s'avère être une cousine du cinéaste Roman Polanski... L'acteur Ralph Fiennes, lui, devait insister sur son  profil psychopathe (son personnage, le tortionnaire Amon Göth sera d'ailleurs transféré dans un sanatorium pour troubles mentaux !), déjà semble-t-il prédestiné à un tel rôle puisque Spielberg choisit l'acteur sur audition en lui trouvant une expression de "sadisme sexuel" ! Un rôle qui aura marqué les esprits, la survivante Mila Pfefferberg en trembla de peur lorsqu'elle rencontra l'acteur en tenue d'uniforme nazi...

Tourné à 40% en caméra à l'épaule, ainsi que le Noir et Blanc, Spielberg voulu en faire un film de fiction certe (quelques passages forcément romancé, comme le fait que ce ne soit par Stern qui eût ce poste et cette responsabilité de la Liste mais Marcel Goldberg, mais ce dernier est un homme controversé car aurait usé de sa position pour obtenir divers pots-de-vin de ses compatriotes) mais en insistant sur un style documentaire, à l'image de ce qu'aurait pu être un film d'époque. Un des critères qui fut d'ailleurs reproché à Spielberg dont Claude Lanzman, réalisateur du sublime documentaire "Shoah" (1985) qui insiste sur le fait que réaliser une oeuvre de fiction sur un tel sujet est une transgression. A l'instar d'ailleurs des Cahiers du Cinéma (n°482) qui écrivirent sur ce film : "Un tel débordement de vertus positives ne peut conduire qu'à l'accablement, à l'écoeurement, à la lassitude, surtout que ça dure plus de trois plombes."... Une position des Cahiers qui ne change pas depuis leur diatribe, signé Jacques Rivette pour le film "Kapo" (1960) de Gillo Pontecorvo, plus d'une génération après les Cahiers restent des réacs sous couverts de révolutionné le 7ème Art... Magré les polémiques (dont la scène de la douche qui serait pompé au film Zastihla me noc" en 1986 de Juraj Herz, qui ne put aller au bout de la procédure par manque de fons) Spielberg signe 03h15 terrifiantes et aux larmes purificatrices, un drame de guerre magnifiquement mis en scène, montrant les horreurs de cette Solution Finale sans pour autant tomber dans la démonstration et l'horreur facile. Des acteurs touchants et investis, une reconstitution minutieuse pour une oeuvre immense. Un film qu'aurait aimé filmé le grand réalisateur Billy Wilder  qui a joint Spielberg pour se proposer (rêvant que ce film soit le denrier de sa carrière) à une période où le film était déjà lancé. Pour se faire "pardonner" Spielberg montra le film fini au réalisateur en exclusivité et en premier. La vraie Liste de Schindler a été retrouvé seulement en 1999 dans un coin du grenier de la maison du couple Schindler à Hildesheim (Allemagne) dans uen valise qui contenait également plus de 7000 photos et documents. La totalité de cette valise se trouve désormais au musée de l'Holocauste de Yad Vashem en Israël. "La Liste de Schindler" est définitivement un chef d'oeuvre. Un chef d'oeuvre qui fera que Stanley Kubrick refusera de terminer son projet "Aryan Paper" affirmant qu'il était inutile "d'enfoncer des portes ouvertes"...

 

Note :              

20/20

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