Shining (1980) de Stanley Kubrick

par Selenie  -  10 Septembre 2018, 09:16  -  #Critiques de films

11ème film du maestro et génial Stanley Kubrick, entre le drame historique "Barry Lyndon" (1975) et le film de guerre "Full Metal Jacket" (1987). A l'origine le cinéaste voulait réaliser un film d'horreur où le Diable n'est pas en cause, le genre était alors très marqué par "Rosemary's Baby" (1968) de Roman polanski et "L'Exorciste" (1973) de William Friedkin. Au début il s'intéresse au roman "The Shadow Knows" (1975) de Diane Johnson, avant que la production lui fasse parvenir le roman "Shining, l'enfant-lumière" (1977) de Stephen King en appuyant sur le fait que le financement serait plus aisé avec un auteur à succès. Kubrick choisit donc le livre de King mais tout en travaillant au scénario avec la romancière Diane Johnson. Les deux scénaristes vont modifier profondément le roman. En effet, le scénario va mélanger psychanalyse, schizophrénie et gothique (spécialité de Diane Johnson) alors que Stephen King base son histoire sur le social (désintégration de la cellule familiale, alcoolisme) et le fantastique (surnaturel assumé, explosion, fantômes... etc...). La différence notable est que Kubrick impose beaucoup plus de suggestions, insinuations et/ou évocations là où King choisit de matérialiser le Mal, l'hôtel est montré comme maléfique alors que chez Kubrick on peut tout aussi bien supposer que le Mal est avant tout chez Jack Torrance. Quoi qu'il en soit, Stephen King déclarera qu'il trouve le film excellent dans sa valeur intrinsèque d'oeuvre cinématographique mais qu'il déteste le film comme adaptation de son roman trouvant que Kubrick a occulté l'esprit même du roman notamment sur les questions de la désintégration de la famille et l'alcoolisme du père. Le romancier ira jusqu'à produire et adapter lui-même une série TV (1997) ...

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On suit donc Jack Torrance et sa famille qui vont vivre dans un hôtel déserté durant l'hiver, Jack devenant ainsi gardien ce qui doit lui permettre d'avoir du temps pour écrire son roman. Mais très vite, Jack semble perdre pied et s'enfonce petit à petit dans la paranoïa et la folie... Au casting, la petite famille est incarnée par Jack Nicholson qui est alors une star renommée depuis ses performances dans "Chinatown" (1974) de Roman Polanski et "Vol Au-Dessus d'un Nid de Coucou" (1975) de Milos Forman, son épouse est jouée par Shelley Duvall fidèle du réalisateur Robert Altman pour qui elle sera Olive dans le film plus léger "Popeye" (1980), le fils est joué par le jeune Danny Lloyd qui fut choisi pour sa capacité de concentration ; pour l'anecdote, c'est le jeune acteur qui eut l'idée du petit doigt incarnation de Tony. On notera la présence de l'acteur Scatman Crothers qui était un des comparses de Nicholson dans "Vol Au-Dessus..."... Kubrick a fait appel à plusieurs compositeurs pour la musique, dont Wendy Carlos avec qui il avait déjà travaillé sur "Orange Mécanique" (1971) ainsi que Krzysztof Penderecki qui était parmi ceux qui ont oeuvré sur "L'Exorciste" (1973) de William Friedkin. Le génie de Kubrick est justement (pourtant !) de retranscrire l'esprit du roman en ne cherchant pas la facilité dans l'incarnation "physique" du Mal, s'éloignant donc du sanguinaire, de l'effroi et du gore pour plus de focaliser sur les phénomènes psychologiques et cauchemardesques. Ainsi jamais le réalisateur n'aiguille le spectateur, que ce soit l'hôtel qui soit hanté et/ou Jack Torrance qui est fondamentalement cinglé, voir même le fils Danny, Kubrick laisse assez de zone d'ombres pour intriguer. On revient aux différences entre roman et film... Par exemple, dans le livre le labyrinthe n'existe pas, King préférant réveiller des animaux de buis. Danny rencontre les jumelles (inspirées du célèbre portrait "Identical Twins" en 1967 de Diane Arbus), pas dans le livre. Danny parle à Tony à travers sa bouche et son doigt alors que Tony se matérialise dans le livre. Jack recopie toujours la même phrase ce qui laisse préjuger d'un soucis mental alors qu'il travaille normalement dans le livre. L'ascenceur déverse des litres de sang alors qu'il devient "vivant" dans le livre... etc...

Qu'importe les reproches de Stephen King, à y regarder de plus près Kubrick place bel et bien le problème d'alcoolisme au centre du film puisque le film bascule à l'instant même où son épouse lui rappelle un souvenir douloureux qui le pousse à renouer avec le bar, et par ricochet avec son passé. Tout le génie de Kubrick est là. Un scénario pointilleux, libre de toute interprétation tout en distillant assez d'indice pour que le récit soit aussi prenant que fascinant. Une fascination de tous les instants parfaitement mise en image par une mise en scène inspirée et originale. On perçoit l'incroyable symétrie omniprésente à chaque plan et on salue la confiance du maitre au système Steadicam. Système breveté en 1977 de Garrett Brown qui, s'il l'a déjà expérimenté sur d'autres films, voit pour la première fois son outil utilisé au maximum de ses capacités dans des plans-séquence inouïs à travers l'hôtel. Le film est parsemé de scènes marquantes, de plans iconiques qui s'inscrivent et hantent pour longtemps nos mémoires comme les flots de sang de l'ascenceur, l'apparition des jumelles, le regard halluciné de Nicholson, Danny déambulant dans les couloirs, évidemment le labyrinthe enneigé... etc... Chef d'oeuvre incontestable du 7ème Art qui connaitra une exploitation difficile ce qui amènera à deux versions du film. Une version de 01h59 pour l'Europe et une version de 02h26 pour les Etats-Unis (la seule et unique s'il faut faire un choix), les scènes supprimées concernent surtout les évènements du début avant l'arrivée à l'hôtel, puis le lien entre Danny et Tony. Après un début laborieux le film sera finalement un succès commercial avec plus de 44 millions au box-office nord-américain (pour 19 millions de budget) tandis que le film engrange près de 2,4 millions d'entrées France. Le film est devenu un film culte, souvent classé parmi les plus grands films de son genre. A voir, à revoir et à conseiller.

 

Note :                 

 

20/20

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