Les Amants du Capricorne (1949) de Alfred Hitchcock

par Selenie  -  28 Octobre 2019, 09:47  -  #Critiques de films

Après avoir expérimenté un film entier en un long plan-séquence (presque !) avec "La Corde" (1948), le maître Alfred Hitchcock revient avec un film en costume, son troisième et ultime du genre après s'y être déjà essayé avec "Le Chant du Danube" (1934) et "La Taverne de la Jamaïque" (1939). C'est également son second film auto-produit (après "La Corde") en indépendant via sa société Transatlantic Pictures. Pour ce nouveau projet Hitchcock adapte le roman "Under Capricorne" (1937) d'une certaine Helen Simpson qui a auparavant été scénariste pour le cinéaste sur des films comme "Mary" (1930) et "Agent Secret" (1936). Pour l'adaptation et le scénario le réalisateur collabore avec plusieurs scénaristes dont James Bridie qui a signé "Le Procès Paradine" (1947) et qui suivra avec "Le Grand Alibi" (1950), puis Hume Cronyn qui après avoir été acteur dans "L'Ombre d'un Doute" (1943) et "Lifeboat" (1944) de Hitch il devient scénariste sur "La Corde"...

En 1831, Charles Adare arrive en Australie en accompagnant son cousin, nouveau gourverneur de cet île-continent où les premiers colons s'avèrent être les bagnards. Il devient un proche du coupe Flusky, lui étant un ancien bagnard ayant fait fortune, elle s'avérant une cousine de Adare et qui est tombée dans l'alcoolisme encouragé par la gouvernante. Adare tombe amoureux de sa cousine... Le couple Flusky est incarné par la grande star Ingrid Bergman qui retrouve Hitchcock après "La Maison du Docteur Edwards" (1945) et "Les Enchaînés" (1946), puis Joseph Cotten qui retrouve aussi Hitch après "L'Ombre d'un Doute" (1943) tandis que les deux partenaires se retrouvent après avoir joués dans "Hantise" (1944) de George Cukor. Adare est lui interprété par Michael Wilding vu dans "Ceux qui servent en Mer" (1944) de David Lean mais il est surtout connu pour avoir été un des maris de Liz Taylor, puis plus tard épousera également Margaret Leigton, sa partenaire dans ce film qui joue justement la gouvernante... Ce que cherche avant tout Hitchcock est de continuer à expérimenter ses techniques de mise en scène après déjà l'expérience de "La Corde" (et malgré l'échec au box-office). Ainsi, si l'histoire se déroule en Australie, le tournage lui se passa en Angleterre pour des raisons techniques, notamment à cause de tout le dispositif technique et mécanique nécessaire à Hitchcock pour pouvoir mettre ne place ses plan-séquences ; trappes, cloisons et plafonds escamotables, le lit de Ingrid Bergman est inclinable et même la table de salle à manger et découpée et mobile ! Des dispositifs qui ont mis à rude épreuve les nerfs de la star paraît-il...

Mais ce qui compte c'est aussi l'histoire, Hitchcock signe ici un véritable drame historico-romanesque démontrant par là même qu'il fait parfois autre chose que des films à suspense ou des thrillers qui ont fait sa gloire. Si la trame reste assez classique, au premier abord (un couple dont l'homme semble impitoyable et son épouse victime psychologique, puis le troisième protagoniste galant samaritain qui tombe amoureux) il s'avère que la force du film est que rien n'est moins simple. En effet, la réussite du film réside dans l'ambiguité des personnages. Monsieur Flusky est-il si impitoyable ?! Le couple Flusky s'aiment-ils ?! Monsieur Adare est-il si vertueux ?! Le gouverneur ou la gouvernante, bien qu'en seconds rôles ne sont pas moins intéressants. Toute la réussite du film repose finalement sur ces personnages plus complexes, évidemment mis en valeur par la photographie signée d'un des génies dans le domaine, Jack Cardiff qui venait de signer les sublimes photos des chefs d'oeuvres "Le Narcisse Noir" (1947) et "Les Chaussons Rouges" (1948) tous deux du duo Pressburger-Powell. Par contre, le rythme manque d'un petit quelque chose, sans doute un peu plus de tension que ce soit dans les passions sentimentales ou dans l'angoisse de la potence. Malgré ses qualités Hitchcock ne sera pas récompensé puisque ce second échec au box-office d'affilée aura définitivement mis fin à Transatlantic Pictures, une déception qui fera dire au cinéaste qu'il regrette de l'avoir tourné. Ce sera le dernier film avec Ingrid Bergman qui partira peu de temps après en Italie pour rejoindre le tournage (et son amant !) de "Stromboli" (1950)  de Roberto Rosselini qui sera aussi le départ pour un exil auquel elle ne s'attendait sans doute pas. Mais c'est une autre histoire... Pour l'anecdote, Hitchcock effectue non pas un mais deux caméos dans ce film, à 2mn47 et à 12mn53... En conclusion, si ce n'est pas un des meilleurs du maestro ce film reste un merveilleux drame, auquel il manque juste un peu plus de souffle passionnel pour convaincre pleinement. Un film qui mérite qu'on s'y attarde.

 

Note :                  

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17/20

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