Dangereuse Alliance (1996) de Andrew Fleming

par Selenie  -  16 Novembre 2020, 10:19  -  #Critiques de films

L'idée du film est dû à la rencontre du producteur Douglas Wick et le scénariste Peter Filardi. Le premier a déjà produit "Working Girl" (1988) et "Wolf" (1994) tous deux de Mike Nichols et on lui devra plus tard des films comme "Gladiator" (2000) de Ridley Scott, "Jarhead" (2005) de Sam Mendes ou encore "Gatsby le Magnifique" (2013) de Baz Luhrmann. Le second est surtout connu alors pour avoir signer le script du succès "L'Expérience Interdite" (1990) de Joel Schumacher. Le film sera un succès surprise (un "sleeper hit" en US) à tel point qu'il est devenu particulièrement culte outre-Atlantique, devant un film qui serait considéré comme un "rite de passage" pour les adolescentes. le film est souvent source d'inspiration, encore récemment notamment pour le clip de la chanson "Dark Horse" de Katy Perry, et surtout ce film n'est pas pour rien sur la mode de certaines séries TV à succès à venir comme "Charmed" (1998-2006). Le film connaît une suite/reboot/remake avec "The Craft" (2020) de Zoé Lister-Jones. À l'origine le producteur voulait un film centré sur les expériences ésotériques au lycée, tandis que le scénariste effectuait justement des recherches sur ce même sujet. Plus tard, le réalisateur Andrew Fleming est choisit pour finaliser le projet après avoir signer les films "Bad Dreams" (1988) et "Deux Garçons, Une Fille, Trois Possibilités" (1994)... Sarah emménage et entre dans un nouveau lycée. Malgré quelques soucis d'intégration elle devient amie avec trois autres filles, marginales et qui sont à l'écart des autres. Elles lui annoncent qu'elles s'essaient à la sorcellerie et qu'elles décèlent en elle une des leurs. Elles deviennent vite des initiées, et vont devenir de plus en plus dépendantes à leurs nouveaux statuts et pouvoirs, découvrant sans doute trop tard les répercussions qui vont avec...

La quatrième et nouvelle sorcière est joué par Robin Tunney, vu dans deux précédents films "California Man" (1992) de Les manfield et "Empire Records" (1995) de Allan Moyle, si elle tourne ensuite régulièrement elle ne retrouvera que très rarement le haut de l'affiche comme dans "Vertical Limit" (2000) de Martin Campbell. Les trois autres sorcières sont incarnées par Rachel True, sans doute la moins connue, qui tourne là entre ses deux films les plus fameux "L'Etreinte du Vampire" (1995) de Anne Goursaud et "Nowhere" (1997) de Gregg Araki, Fairuza Balk remarquée dans "Valmont" (1989) de Milos Forman et ensuite dans "American History X" (1998) de Tony Kaye, et enfin Neve Campbell déjà populaire grâce à la série TV "La Vie à Cinq" (1994-2000) et qui va connaître une période faste avec des films comme "Scream" (1996) de Wes Craven, "Sexcrimes" (1998) de John McNaughton et "Company" (2003) de Robert Altman. Parmi les autres lycéens citons Skeet Ulrich beau gosse prometteur de "Dernière Danse" (1995) de Bruce Beresford à "Chevauchée avec le Diable" (1999) de Ang Lee en passant par "Scream" où il retrouvera Neve Campbell, mais malheureusement il aura une carrière finalement très en-deça de ce qu'il pouvait espérer malgré un retour via la petite lucarne avec la série TV "Riverdale" (2017-...). Citons aussi Christine Taylor future madame Ben Stiller avec qui elle tournera entre autre "Zoolander" (2001) et "Tonnerre sous les Tropiques" (2008), puis Breckin Meyer vu dans "Clueless" (1995) de Amy Heckerling, qui retrouevera également Neve Campbell dans "Studio 54" (1998) de Mark Christopher avant de jouer dans le délire "Road Trip" (2000) de Todd Philipps. Pour finir, citons le père de l'héroïne Cliff De Young, second couteau prolifique qui a joué son rôle le plus important dans "Les Prédateurs" (1983) de Tony Scott, puis la libraire ésotérique incarné par Assumpta Serna révélée par les films espagnols "Pepi, Luci, Bom et autres Fille du Quartier" (1980) et surtout "Matador" (1986) tous deux de Pedro Almodovar... Pour l'anecdote, l'actrice Robin Tunney porte une perruque ayant encore le crâne rasé suite au tournage de "Empire Records", ce qui se voit malheureusement sur quelques plans. En 1996, on a encore en tête les sorcières d'âge mûr qui nous ont rire ou sourire dans "Les Sorcières d'Eastwick" (1987) de George Miller et "Hocus Pocus" (1994) de Kenny Ortega. Cette fois donc, il s'agit d'apprenties sorcières, qui s'amusent d'abord à appeler les esprits (petits souvenirs collégiens en passant !) avant d'y croire et de trouver les clefs qui mènent aux pouvoirs. Le film est calibré pour un public cible clairement identifié, les adolescents, voir surtout les adolescentes.

Depuis la nuit des temps les sorcières sont les rebelles par excellence contre l'ordre établi, surtout contre l'ordre patriarcal et contre le diktat qui en découle. Ainsi les quatre sorcières du bahut sont-elles représentatives du mal être que peut vivre une adolescente : la mort d'un proche, un défaut physique, un complexe, le racisme, le viol, le sexisme... etc... Autant de thème abordé, assez pour parler au plus grand nombre, pas trop pour rester dans une fiction divertissante et non moralisatrice. Des apprenties sorcières qui tombent dans la dépendance (certains y verront un parallèle avec la drogue, euphorie suivi de la descente) au pouvoir malgré les avertissements de la libraire ésotérique (normal, des gamines immatures qui jouent avec le feu et qui n'écoutent pas les "adultes") et pour qui la vengeance primaire suffit (toujours aussi logique, gamine ne voit que son petit univers). Le bon point est celui des quatre héroïnes, traitées à égalité, bien écrites, chacune nous sont présentées dans leur intimité et leur secret. Toutes sauf une malheureusement, en effet si Sarah/Tunney, Nancy/Balk et Bonnie/Campbell sont montrées chez elle, sans leurs acolytes parfois, ce n'est pas le cas de Rochelle/True dont on n'apprend jamais rien hors de l'école ; si le racisme est abordé dans le film on peut se poser la question en coulisse ?! Ainsi il est étonnant de devoir remarqué une telle différence de traitement, mais aussi elle reste donc la seule dont on ne peut rien savoir sur ses failles et/ou ses raisons qui auraient pu la pousser à devenir une sorcière. Par là même, le personnage de la libraire ésotérique paraît plutôt importante durant tout le récit jusqu'à ce dernier acte où, soudain, une scène qui semble centrale devient également une césure peu compréhensible puisque le personnage disparaît comme par... magie ! (oui je sais !)... On apprécie également la partie finale avec sa sorcellerie "réaliste", sans esbroufe, qui reste dans des proportions "palpables" plutôt que de jouer le heroic fantasy dans une partie finale de grand combat comme le font la grande majorité des films. Sur ce point, on peut saluer la production qui a judicieusement engagée une certaine Pat Devon, consultante sur le tournage comme une pratiquante de sorcellerie, plus précisément du wiccanisme (Tout savoir ICI !). Même si on y croit pas, le fait que cette dernière ait insisté sur la véracité des incantations par exemple, à intégrer la notion de la Loi du Triple Retour ("tout ce que l'on fait sera rendu trois fois, peu importe que cela soit positif ou négatif") ne peut que donner du crédit au film. Ainsi donc, la fin se base plus sur un thriller fantastique plutôt que dans une démonstrations de force maléfique. Néanmoins, on peut trouver que certaines comédiennes surjouent (surtout Fairuza Balk carrément en roue libre), en règle générale les lycéens sont tous un peu trop caricaturaux (comme trop souvent), et surtout incompréhensible que les personnages de Rochelle/True et Lirio/ Serna soit si mal exploités. Au final, le film est plaisant, intéressant, amusant, divertissant, tout ça parfois et avec parcimonie. 

 

Note :            

 

12/20

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