Le Code Hays : fin de la censure ?!

par selenie  -  12 Avril 2010, 11:09  -  #Le cinéma par thèmes

Les règles mises en place par le Code Hays sont des barrières mais qui n'ont pas été infranchissables. Pour rester maitre de leur propos les artistes, réalisateurs comme scénaristes, ont souvent trouvés des subterfuges, des métaphores pour faire passer leur message. Le Code Hays a été une censure énorme mais il a aussi permis aux monde du cinéma de se surpasser...

Des réalisateurs comme Hitchcock par exemple, avec le culot et le génie qui le caractérisait, prouvait que le Code était ridicule. Des scènes comme la douche dans "Psychose" par exemple montrait bien que le Code ne pouvait pas tout interdire. L'exemple de ce film démontre surtout à tous, aux studios et aux censeurs qu'un film sombre et sexualisé n'est pas obligatoirement un scandale si il mène au sommet du box-office... Le pognon va donc être un des paramètres de la liberté...

La Poupée de chairhttp://billsmovieemporium.files.wordpress.com/2009/10/lol.jpg


Petit à petit les films osent plus, surtout en ce qui concerne le sexe... Rappelons-nous "Baby Doll" (1956) de Elia Kazan (photo ci-dessus à gauche) ou "Lolita" (1962) de Stanley Kubrick (phot ci-dessus à droite)... Je n'argumenterais pas sur l'étonnante ressemblance des deux scènes :) ...Bizzarement les effets du Code s'estompent progressivement à peu près en même temps qu'émerge le rock'n roll et aussi après la fin du maccarthysme. La société change beaucoup et les grands studios doivent faire face également à l'émergence de la télévision.

Le Code Hays est donc de plus en plus dénoncé, la nouvelle génération émerge avec James Dean, le rock, la télé, qui commence les années 60 avec les décès de Marylin Monroe, JFK et le réveil des minorités... Le Code Hays se meurt avant d'être abandonnée en 1966.

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En 1966 le président de la MPPA Willima Hays laisse la place à Jack Valenti (photo ci-dessus) qui quitte son poste de Conseiller à la Maison Blanche pour cette nouvelle fonction. Dès 1968 Valenti mis en place un système de classement des films qui avait pour premier but de remplacer le Code hays devenu obsolète. A l'origine il existait 4 catégorie : G, M, R et X.

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La catégorie X fut mal gérée car libre de droits l'industrie pornographique en fit rapidement son symbole alors que dans un même temps des films comme "Macadam cow-boy" (1969) de John Schlesinger et "Orange mécanique" (1971) de Stanley Kubrick avait droit au même classement X !!!
Officiellement il n'y a plus d'interdit, on se contente de mettre une restriction d'âge... Ce qui correspond pour beaucoup à la parenthèse enchantée, les années 70 étant souvent considérés comme la décennie la plus prolifique et la plus libre du cinéma même si quelques loupés il y a comme on l'a vu juste avant.

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Par contre certains films obtiennent des choses... Par exemple "La planète des singes" (1967) de Franklin J. Schaffner est le premier film comportant de la nudité (homme vu nu de dos !) a avoir droit au classement G soit Grand public (sans compter l'évidence des sentiments entre le héro et la guenon) !

Il est marrant de noter que en 1953 la Cour Suprême ouvra une petit porte en proclamant que la censure PREALABLE instaurée par l'Etat ou par une autre institution constituait une atteinte grave à la liberté d'expression sans circonstances exceptionnelles... Il est encore plus amusant de voir que la Cour Supreme revint sur sa décision à cause de l'accroissement des films "obscènes" et décida qu'on "pouvait prendre en compte des critères dominants au sein des collectivités locales plutôt que de la considérer sur le plan national"... Ce revirement se fit en... 1973 !

Ce classement en seulement 4 catégories se révèlera trop drastique et sera revu... Le classement actuel est donc :
- G (general audience) : tout public.
- PG (parental guidance suggested) : accompagnement parental recommandé.
- PG 13 (parents strongly cautioned) : accompagnement parental recommandé, déconseillé au moins de 13 ans.
- R (restricted) : les mineurs de 17 ans et moins doivent être accompagnés d'un adulte.
- NC-17 (no one 17 and under admitted) : interdit aux 17 ans et moins même accompagnés... remplace le classement X originel qui était mal compris.
- Unrated : film n'ayant pas fait l'objet d'une classification.

Pour cette dernière catégorie il faut préciser qu'il n'est nullement obligatoire de présenter son film à l'homologation, les films non classés sont donc UNRATED. Cependant il faut savoir que c'est très rare car c'est le risque de voir son film non distribué ou dans un circuit confidentiel.

Ce classement MPPA donne une sensation de liberté et de renouveau, il est vécu en départ comme une victoire sur le puritanisme et le conservatisme... En apparence !

En effet le nouveau système a sournoisement changé la donne... Plus le film a un large public et plus le succès au box-office est possible. Ca donne donc envie aux Studios d'édulcorer leurs films afin de ne pas être trop limité dans la diffusion ; il faut toucher le public le plus large possible. Bizzarement une certaine censure existe toujours...
Par exemple, aujourd'hui fumer dans un film est le risque d'être interdit au moins de 17 ans... Bogart et sa clope mythique ne serait plus...

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D'ailleurs depuis peu le studio Warner a annoncé qu'il ne produirait plus de blockbusters classé R, plus de blockbusters destiné à un public adulte... Ils seront donc ouvert à tous publics !... On peut se demander si le Code Hays est vraiment mort...

Surtout que ce classement na jamais stoppé la censure effective des oeuvres par des coupes et des suppressions... Exemples connus :

"Alien le huitième passager" (1979) de Ridley Scott devait à l'origine avoir une scène d'amour entre Ripley et Dallas.

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"Basic Instinct" (1992) de Paul Verhoeven a vu 42 secondes supprimés, manquent quelques coups de pics à glace, quelques secondes d'étreintes et évidemment la scène culte de la "sans culotte".

Idem pour la trilogie "Le seigneur des anneaux" (2000-2003) de Peter Jackson ; en effet pour éviter un classement sévère Peter Jackson a du créer un sang noir pour les monstres maléfiques, car trop de rouge aurait vu une interdiction.

Bien sur les grands réalisateurs trouveront toujours le moyen de s'exprimer mais ces catégories, si elles existent aussi en France par exemple, sont déterminées de façon beaucoup plus drastique à Hollywood et on peut se demander si cette nouvelle censure n'est pas pire que le Code Hays... Avec ce Code pas de classement de films, juste des règles qui aux final permettait aux artistes de se sublimer pour les contourner alors que la sévérité de ces catégories placent des murs plus infranchissables ; le règne du billet vert fait que l'enfant-roi a droit à son cinéma alors que les adultes sont laissés sur la bas côté.

Heureusement il n'y a pas que Hollywood...


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Knorc 06/05/2010 14:48

Très intéressant ! Je n'avais jamais entendu parler du Code Hays avant...

princécranoir 13/04/2010 11:42

pauvre warnerJadis le fleuron des productions ambitieuses et engagées, le studio Warner a commencé son travail de sape de blockbusters débilisants. on se demande à quel âge s'adresse en effet "le choc des titans" : des monstres susceptibles d'effrayer les plus petits, un scénario débile et des dialogues ineptes a destination des adultes. Restent les ados que l'on va continuer à décérébrer a qui mieux mieux. Pauvre jeunesse.