White God (2014) de Kornél Mundruczo

par Selenie  -  14 Juillet 2017, 08:14  -  #Critiques de films

Petit film qui a tout du grand, qui a fait son petit buzz lors du Festival de Cannes 2014 où il a obtenu le Prix Un Certain Regard. Une belle reconnaissance pour le réalisateur-scénariste hongrois Kornél Mundruczo qui avait déjà été remarqué pour ses films "Pleasant Days" (2005) et "Delta" (2009). D'ailleurs sur ce film il travaille de nouveau avec sa productrice et co-scénariste Viktoria Petranyi pour ce qui est leur 8ème film en collaboration. Le duo signe là un thriller ambitieux et déroutant qui mélange les genres et qui ose des partis pris de fond comme de forme qui ajoute à la fascination. Où comment des chiens errants, des bâtards, sont mis au ban de la société dans un pays qui n'accepte plus que les chiens de race. Ces chiens sont donc pourchassés, maltraités, tués, jusqu'au jour où ils décident de se venger ou plutôt jusqu'au jour où un des leurs s'impose comme le leader qui va se servir de ses semblables pour se venger.

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Outre les chiens les deux rôles principaux sont interprétés par la jeune Zsafia Spotta qui est Lili la jeune ado de 13 ans, et le père joué par Sandor Zsoter, déjà vu dans le remarqué "Le Fils de Saul" (2015) de Lazslo Némès. Le chien Hagen appartient à Lili 13 ans dont le père qui supporte mal l'animal s'en débarasse à l'insu de sa fille qui étudie la musique dans un orchestre (ça a son importance !). Hagen est joué par deux chiens, deux en raison des deux facettes de l'animal, doux et agressif. Précisons que le chien principal nommé Buddy a reçu la Palm Dog, prix animalier remis par les journalistes anglais depuis 2001 en marge de la sélection du festival de Cannes... Un chien "héros" parmi une horde de 250 chiens qu'il a fallu dressé et gérer sur un tournage qu'on devine bien singulier ! On reste impressionné par le travail qu'on imagine dantesque et par l'effet de meute à la fois fascinant et terrifiant lorsqu'ils traversent la ville. D'ailleurs la scène d'ouverture est aussi judicieuse qu'idéalement glaciale, qui instaure d'emblée un film tragique avec ce qu'il faut de fantasmagorique.

Une sensation de fantastique qui est d'autant plus forte que le film est réalisé dans un réalisme social tout aussi présent (papa qui semble avoir perdu son position sociale, société qui semble dans un futur proche sclérosé...). Malgré un début puissant pourtant le film est un petit peu plombé par deux choix. Le premier le scénario dévie vers un récit trop disneyien, dans le sens où Hagen vit une sorte de passage à la "Croc-Blanc" où pas de chance il tombe que sur des hommes violents tandis qu'en parallèle Lili a sa chronique adolescente. Le second c'est que le paramètre, pourtant essentiel, de cette loi anti-bâtard n'est jamais approfondi ni même exploité réellement (rien sur les origines de cette loi, pourquoi où comment ?!). Néanmoins le parallèle politico-social entre Hagen et sa horde avec la situation actuelle de la Hongrie (montée du fascisme surtout) est évident et la mise en scène de Mundruczo s'impose d'elle-même pour un thriller d'anticipation particulièrement efficace et prenant. La fin poétique est juste assez ouverte pour créer un malaise et/ou un ouf (de soulagement ou pas !) même si elle manque peut-être d'un réel parti pris (le seul manque sur ce point dans ce film qui mérite un détour. A voir et à conseiller.

 

Note :                

16/20