Le Souffle (2015) de Alexander Kott

par Selenie  -  12 Juin 2015, 12:29  -  #Critiques de films

Après des années à réaliser pour la télé et tourner des courts métrages, le réalisateur russe Alexander Kott s'est fait remarquer avec le long métrage de guerre "Battle for honor" (2010). Pour "Le Souffle" il est arrivé bien après le lancement du projet qui est tombé à l'eau avant que le producteur Igor Tolstunov ne lui demande de reprendre le projet à son compte. Un producteur audacieux puisqu'il a donné carte blanche au réalisateur et notamment accepté le choix d'en faire un film muet !... "Le Souffle" est donc un film de Alexander Kott, le scénario d'origine n'a plus grand chose à voir et le réalisateur a suivi à la lettre son story-board qu'il a conçu avec le chef opérateur Levan Kapanadze (déjà collaboré ensemble sur une série, "La face cachée de la Une"). Et quel travail !

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Immersion fascinante dans les steppes kazakhes en usant d'une sorte de huis clos dans l'immensité des plaines battues par les vents. Romances sans paroles au sein des steppes, de la poésie à chaque scène, chaque plan offrant un instant magique. Un rythme lancinant pour une succession de plans comme autant de succession de tableaux vraiment sublimes. Nous sommes en août 1949, un fermier vit seul avec sa fille adolescente, une jeune fille courtisée par un jeune éleveur des steppes et un jeune moscovite. Les visites sont rares, le quotidien est une routine qui mine de rien évolue subrepticement. Souffle des vents, souffle d'amour, souffle des steppes, souffle de lassitude... Le souffle donne son titre à un film qui nous amène vers une fin presque inattendue, le souffle ultime... La toute fin est à la fois le vers nécessaire et la rime qui fait mal, presque hors sujet devant la beauté inouïe du reste du film. Une fin choc qu'on finit par accepter tant le film est magnifique de bout en bout. Porté surtout par le personnage de Dina (là on le sait par le générique, le film étant muet) qui est interprété par la débutante Elena An, une russo-coréenne jolie comme un coeur, qui survit avec son père et se voit à la fois grandir trop vite et à la fois rester l'éternelle jeune fille. Magnifique travail sur le son également, le souffle des vents est omniprésent mais la musique parfois se mêle aussi aux sentiments sans être intrusive. Si l'image et la photographie sont sublimes, on remarque également le soin apporté au cadrage, notamment sur la symétrie sans pour autant que le réalisateur en soit esclave. On regarde ce film comme un poème où on voit un avion s'inviter sur la steppe, des petites flammes devenir de petits oiseaux, de voir manger un soleil ou de sourire devant deux chemises s'enlacer... Finalement on aime le film comme on aime ses personnages, on aime la steppe et l'épure qu'elle offre, on aime moins la fin mais on l'accepte car elle est finalement celle qui doit être. Un des plus beaux films de l'année, un film à couper... le Souffle...

 

Pour un peu plus de poésie... Le distributeur du film ZED Films fait un clin d'oeil à un autre !

 

Note :             

 

18/20