Juge et Hors-la-loi (1972) de John Huston

par Selenie  -  8 Août 2017, 04:35  -  #Critiques de films

Ce film est une sorte de biopic très libre, très romancé pour lequel finalement John Huston a repris à son compte et remis à son goût une célèbre réplique du chef d'oeuvre "L'Homme qui tua Liberty Valance" (1962) de John Ford, soit : "Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende !"... Et donc avec ce film le réalisateur retrace la vie du Juge Roy Bean, peu connu chez nous mais aussi légendaire que Davy Crocket ou Jesse James outre-Atlantique, ce personnage digne d'une fiction a pourtant bel et bien existé (Tout savoir ICI !), et il est même étonnant qu'il n'y ait pas connu plus d'adaptation de sa vie. A ce jour "Juge et Hors-la-loi" reste le troisième et dernier film sur cet homme après "Le Cavalier du Désert " (1940) de Wylliam Wyller et le surprenant "Le Juge" (1971) de Jean Girault, adapté d'une BD de Lucky Luke avec Pierre Perret en Roy Bean !

Le cinéaste a fait appel à John Milius pour le scénario, Miulius alors tout jeune scénariste qui venait de se faire un nom après les succès de "L'Inspecteur Harry" (19711) de Don Siegel et "Jeremiah Johnson" (1972) de Sydney Pollack. Huston réuni un casting prestigieux et étonnament. Outre Paul Newman, la plupart des stars n'ont que quelques minutes à l'écran pour ne pas dire qu'ils ne sont venus que pour un caméo. Ainsi  Ava Gardner (qui a déjà tourné pour Huston dans "La Nuit de l'Iguane" en 1964 et "La Bible" en 1966), Anthony Perkins (éternel Norman Bates dans "Psychose" en 1960 de Alfred Hitchcock) et Stacy Keach (pas encore Mike Hammer) ne passent quasiment qu'en coup de vent mais avec une importance capitale dans le récit. Mention spéciale au look assez unique de Stacy Keach ! Sinon on notera un second rôle pour Steve Kanaly et le rôle féminin principal dévolue à la débutante et sublime Victoria Principal, ces deux acteurs se retrouveront quelques années plus tard dans la série culte "Dallas" (1978-1991). L'autre rôle féminin important est jouée par Jacqueline Bisset, qui retrouve ainsi son réalisateur de "Casino Royale" (1967)... D'un point de vue historique le duo Huston-Milius prend des libertés importantes dont la plus flagrantes, la chronologie (né en 1825, marié en 1866, aurait été juge de 1882 à 1896 alors que le film se déroule environ de 1890 à 1920).

Pour les personnages il semble que les seuls ayant vraiment existé sont Roy Bean, Lillie Langtry et un ebrève apparition de Billy The Kid. Lillie Langtry, personnage à la fois très secondaire et ligne directrice du récit a réellement été une sorte de muse et/ou d'amante platonique pour Roy Bean et le film a été tourné sur les lieux mêmes des faits, soit la ville de Langtry ! Mais si historiquement le film est beaucoup trop romancé, si John Huston en fait une fable de l'Ouest en créant son propre fantasme du bonhomme il faut avouer que Huston tracé un portrait succulent de Roy Bean, à un tel point qu'on s'imagine bien le personnage et qu'on finit par se dire que, tout du moins, John Huston a su saisir l'esprit de ce juge hors norme. Sans occulter la violence de l'Ouest et les zones d'ombre du personnage (rustre, appât du gain, égoïsme,...) le cinéaste y instille un humour certe viril mais non dénué d'émotion et d'un appétit pour la légende qui n'est pas dénué d'envie. Un western dans la veine de "Un nommé Cable Hogue" (1970) de Sam Peckinpah et "John McCabe" (1971) de Robert Altman.

 

Note :                 

16/20

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