Mort de la plus grande star française, Danielle Darrieux

par Selenie  -  19 Octobre 2017, 13:39  -  #Décès de star - Bio

Quelle tristesse... Peu de temps après Jean Rochefort et rejoignant par là même Gisèle Casadesus autre centenaire du cinéma, l'hexagone perd son étoile aux 8 décennies de cinéma. Danielle Darrieux est morte hier, 18 octobre 2017, alors qu'elle avait fêté ses 100 ans le 1er mai dernier.

Née en 1917 à Bordeaux, au sein d'une famille amoureuse de musique classique qui part très vite à Paris où la jeune Danielle Yvonne Marie Antoinette Darrieux passe on enfance. Son père est ophtalmologiste et sa mère est cantatrice. Elle perd son père alors qu'elle n'a que 7 ans, ce qui force sa mère à donner des cours de chant pour subvenir aux besoins de la famille, dont le frère cadet, Olivier (1921-1994) qui sera également acteur. La petite Danielle en profite et prend également des cours de violoncelle et de piano. Elle poursuit ses études au Conservatoire de Musique où elle approfondie le violoncelle.

 

C'est à cette époque, que le mari d'une élève de sa mère lui parle de producteurs qui recherchent une adolescente pour leur prochain film. C'est ainsi que la jeune Danielle, alors âgée de 14 ans, se présente aux Studios d'Epinay où elle est remarquée et choisie pour jouer le rôle principal du film "Le Bal" (1931 - ci-dessous) de Wilhelm Thiele. Sa spontanéité séduise les producteurs qui lui signent aussitôt un contrat de 5 ans.

Elle enchaîne les films où elle excelle dans les personnages de gamine facétieuse aux côtés des grandes stars de l'époque comme Jean-Pierre Aumont ou Albert Préjean. Dans la plupart de ses films elle pousse la chansonnette qui deviennent des succès.

Après plusieurs films, pour la plupart tournés en Allemagne, Bulgarie ou Tchécoslovaquie, elle passe des rôles de gamines à jeunes femmes. Elle a la chance de tourner dans le premier long métrage d'un réalisateur qui fuit l'Allemagne Nazie, et qui reste son seul film français, ce sera "Mauvaise Graine" (1934 - ci-dessus) de Billy Wilder. Expérience réitérée avec un autre cinéaste pour le film "La Crise est finie" (1934) de Robert Siodmak.

 

Elle tourne déjà pour d'autres réalisateurs étrangers comme "Mon coeur t'appelle" (1934) de l'italien Carmine Gallone, "L'Or dans la rue" (1934) de l'allemand Curtis Bernardt et surtout son premier grand rôle dramatique dans "Mayerling" (1936 - ci-dessous) de l'ukrainien Anatole Litvak (pas encore américanisé). C'est à cette époque qu'elle gagne le surnom de "la Fiancée de Paris"

Entre temps, elle rencontre Henri Decoin alors scénariste du film "L'Or dans la rue". Elle l'épouse en 1935 (ensemble ci-dessous) et tourne pour lui dans les comédies "J'aime toutes les femmes" (1935), "Le Domino Vert" (1935), "Mademoiselle ma mère" (1937) et "Abus de Confiance" (1937 - ci-dessous).

Le succès est au rendez-vous et Danielle Darrieux devient une véritable star populaire : "... Le public plébiscite, ovationne Danielle Darrieux. Les femmes portent à son instar des cravates, des jupes souples, les cheveux ondulés et libres sur les épaules... N'est-elle pas (sondage de La Cinématographie française) la plus populaire des vedettes ? N'est-elle pas copiée par toutes les jeunes femmes et jeunes filles qui voudraient posséder son aisance, sa joyeuseté, son élégance jamais tapageuse, toujours dans le vent ?".

 

Elle joue pour la première fois sur les planches en 1937 sur une pièce de son époux, "Jeux Dangereux". Elle ne reviendra au théâtre qu'après la guerre. Le cinéma sera toujours sa priorité mais elle jouera de plus en plus au théâtre au fil des années.

 

Avec "Mayerling" où elle joue aux côtés de Charles Boyer alors immense star, le film est un succès mondial qui lui ouvre les portes de l'international. Elle signe un contrat de 7 ans avec Universal et embarque aux Etats-Unis dès 1938 avec son époux Henri Decoin.

Elle tourne alors son premier film hollywoodien, "La Coqueluche de Paris" (1938) de Henry Koster avec Douglas Fairbanks Jr. aussitôt suivi de "Katia" (1938 - ci-dessus) de Maurice Tourneur. Malgré le succès, Danielle Darrieux s'ennuie à Hollywood et préfère casser son contrat pour faire son retour en France - où est-ce le "chômage technique" outre-Atlantique de son mari Henri Decoin qui l'a décidé ?!... 

De retour en France, le couple Darrieux-Decoin se met au travail et tourne coup sur coup les films "Retour à l'Aube" (1938), "Battement de cœur" (1940 - ci-dessus) et "Premier rendez-vous" (1941 - ci-dessous) qu'elle tourne après leur divorce pour la Continental, société de propagande allemande. Danielle Darrieux dira de Henri Decoin : "... J'ai toujours eu une absolue confiance en lui et je lui ai obéi en tout. Sans ses conseils, son flair et son appui, je serais sans aucun doute restée une jolie fille chantant et bêtifiant dans des productions mineures et j'aurais probablement quitté le métier assez rapidement. Il a su me mettre en valeur et me persuader que je pouvais jouer les grands rôles dramatiques. Il a même écrit pour moi, m'imposant ainsi dans un emploi où personne ne m'imaginait et ne me voulait. Il m'encourageait quand je perdais confiance ou quand je voulais abandonner. C'est à lui et à lui seul, que je dois d'être ce que je suis devenue."

Elle se remarie dès 1942 avec Porfirio Rubirosa, ambassadeur de la République Dominicaine (et séducteur invétéré aux conquêtes innombrables), rencontré dans le Midi de la France. Ce dernier, soupçonné d'espionnage, sera interné par les allemands. Cette affaire permet à Alfred Greven, directeur de la Continental, de faire pression sur Danielle Darrieux pour qu'elle accepte de jouer dans les films "Caprices" (1942) de Leo Joannon et "La Fausse maîtresse" (1942) de André Cayatte.

Toujours sous pression, elle participe au désormais célèbre voyage à Berlin en compagnie d'autres vedettes de l'époque (Albert Préjean, Suzy Delair, Viviane Romance...). Après la libération de Rubirosa (ci-dessus), Danielle Darrieux quitte la Continental, part à Mégève en résidence surveillée avant de revenir à Paris sous un nom d'emprunt. Elle ne sera pas inquiétée à la Libération.

 

Après près de 3 années d'interruption, elle revient avec la ferme intention de ne plus jouer les jeunes filles écervelées d'abord dans une pièce de théâtre en 1945 puis dans le film "Adieu Chérie" (1946) de Raymond Bernard, suivi de "Au Petit Bonheur" (1946) de Marcel L'Herbier.

 

Elle divorce de Rubirosa en 1947 pour épouser en 1948 Georges Mitsinkidès avec qui elle aura son unique enfant, Mathieu. 

L'après-guerre est difficile mais l'actrice se voit proposer, via Jean Cocteau, le personnage de la reine d'Espagne dans "Ruy Blas" (1948 - ci-dessus) de Pierre Billon avec Jean Marais. Elle renoue ainsi avec le succès notamment avec "Occupe-toi d'Amélie" (1949) de Claude Autant-Lara, "La Ronde" (1950) de Max Öphuls tandis qu'elle retourne pour son ex-mari avec "La Vérité sur Bébé Donge" (1952 - ci-dessous) de Henri Decoin avec Jean Gabin où elle joue une épouse aimante et bafouée.

A cette période elle renoue avec des films de prestige et retrouve son statut de star internationale en tournant successivement pour "Le Plaisir" (1952) de Max Öphuls, "L'Affaire Cicéron" (1952) de Joseph L. Manliewicz, "Adorables Créatures" (1952) de Christian-Jaque avant de jouer dans le chef d'oeuvre "Madame De..." (1953 - ci-dessous) de Max Öphuls où elle trouve ce qui reste sans doute son plus beau rôle, dont on se souvient la sublime réplique : "Je ne vous aime pas, je ne vous aime pas, je ne vous aime pas"... Avec les films de Max Öphuls elle atteint des performances immenses qui la font comparer à Greta Garbo et Marlene Dietrich.

Elle retrouve ensuite Claude Autant-Lara pour les films "Le bon Dieu sans Confession" (1953) et surtout "Le Rouge et le Noir" (1954 - ci-dessous) avec Gérard Philippe où elle incarne Madame de Rénal. Elle retrouve également Henri Decoin pour "Bonnes à tuer" (1954) et "L'Affaire des Poisons" (1955) où elle joue Madame de Montespan.

Les années 50 sont fastes en films historiques, de "Napoléon" (1955) de Sacha Guitry à "Alexandre le Grand" (1956) de Robert Rossen en passant par "L'amant de Lady Chatterley" (1955) de Marc Allégret et "Si Paris nous était conté" (1956) de Sacha Guitry.

 

La décennie se termine avec "Le Désordre et la Nuit" (1958) de Gilles Grangier, "Un Drôle de dimanche" (1958) de Marc Allégret et surtout "Pot-Bouille" (1957) et "Marie-Octobre" (1959 - ci-dessous) tous deux de Julien Duvivier.

Le sixties débutent avec des films moins prestigieux avec "Vive Henri IV, vive l'amour" (1961) de Claude Autant-Lara, "Les Lions sont lachés" (1961) de Henri Verneuil mais aussi "Le Diable et les 10 Commandements" (1962) de Julien Duvivier avant d'être appelée par la Nouvelle Vague avec "Landru" (1963) de Claude Chabrol.

Françoise Sagan, scénariste sur "Landru" (ci-dessus), lui offre ensuite un magnifique rôle pour sa pièce "La Robe Mauve de Valentine" (1963-1964). Après quelques films mineurs elle participe au succès de la comédie musicale "Les Demoiselles de Rochefort" (1967 - ci-dessous) de Jacques Demy avec Françoise Dorléac et Catherine Deneuve.

Si l'actrice tourne de moins en moins pour de grands films, elle multiplie les expériences avec divers réalisateurs et n'hésitant pas à explorer de nouveaux genres. On la voit dans "La Maison de Campagne" (1969) de Jean Girault, "Divine" (1975) de Dominique Lelouche et "Le Cavaleur" (1979) de Philippe de Broca avec notre regretté Jean Rochefort.

 

Danielle Darrieux apprend que le réalisateur Jacques Demy reprend un projet abandonné quelques années auparavant. Pour la première fois de sa carrière, l'actrice appelle un réalisateur pour obtenir le rôle d'une alcoolique qui était au début prévue pour Simone Signoret. A Jacques Demy elle déclare : "Je suis un instrument, il faut savoir jouer de moi, alors on sait en jouer ou on ne sait pas.", ce à quoi le cinéaste a répondu : "Un instrument, oui mais un Stradivarius."... Danielle Darrieux revient alors au drame social musical (elle chante avec sa propre voix, elle et Fabienne Guyon sont les seules à ne pas être doublées) avec "Une Chambre en Ville" (1982 - ci-dessous) qui est salué par la critique mais qui est un échec au box-office. 

Elle tourne de moins en moins mais toujours régulièrement. Après son premier film "Les Petits Drames" (1961) elle retrouve Paul Vecchiali pour "En Haut des Marches" (1983) dans le rôle d'une institutrice confrontée à la mémoire de son époux accusé d'avoir été collabo.

Elle retrouve ensuite Catherine Deneuve dans "Le Lieu du Crime" (1986 - ci-dessus) de André Téchiné, elle est une vieille excentrique dans "Corps et Biens" (1986) de Benoit Jacquot, elle est la mère de Daniel Auteuil dans "Quelques jours avec moi" (1988) avant de tourner avec ses amies Paulette Dubost et Micheline Presle dans "Le Jour des Rois" (1991 - ci-dessous) de Marie-Claude Treilhou qui s'avère être son 100ème film.

Les années 90 sont particulièrement délaissées pour une présence plus importante au Théâtre et à la télévision mais elle entre dans le 21ème siècle avec classe d'abord dans "Ca ira mieux demain" (2000) de Jeanne Labrune et surtout en interprétant la grand-mère d'une famille dysfonctionnelle dans la drame musicale "8 Femmes" (2001 - ci-dessous) de François Ozon où elle chante aux côtés des stars des générations plus récentes avec Catherine Deneuve, Fanny Ardant, Emmanuelle Béart, Ludivine Sagnier, Virginie Ledoyen, Firmine Richard et Isabelle Huppert. Le film est un succès et rappelle à tous que l'actrice a déjà 70 ans de carrière !

Elle retrouve Paul Vecchiali pour "La Marquise est à Bicêtre" (2003), elle joue dans "Une Vie à t'attendre" (2004) de Thierry Klifa, elle joue le premier rôle dans "Nouvelle Chance" (2006) de Anne Fontaine avant de prêter sa voix à la grand-mère dans le film d'animation "Persépolis" (2006) de Marjane Satrapi.

 

Ses deux derniers longs métrages sont "L'Heure Zéro" (2007) de Pascal Thomas et "Pièce Montée" (2010 - ci-dessous) de Denys Granier-Deferre.

Elle aura tourné son dernier rôle pour la télévision cette même année 2010 tandis qu'elle aura monté sur les planches  pour la dernière fois en 2008. Si sa dernière pièce "officielle" date de 2004, elle devait remonter en 2008 pour jouer "La Maison du Lac" aux côté de Jean Piat mais une chute lors des dernières répétitions l'a obligée à renoncer au projet.

 

Danielle Darrieux reçut la Victoire de la meilleure comédienne du cinéma français en 1955, 1957 et 1958. Elle reçut un César d'honneur en 1985, un Molière d'honneur en 1997 avant d'obtenir un Molière de la meilleure comédienne pour la pièce "Oscar et la Dame rose" en 2003.

Elle acheta en 1954 et s'installa sur l'ile déserte de Stibiden (Golfe du Morbihan), toujours possession de sa famille.

 

Danielle Darrieux, 100 ans et plus de 140 rôles, près de 80 années de carrière disait du succès : "Le succès, c'est un mystère, j'ai réussi peut-être parce que mon personnage n'était pas au courant sur les écrans : je veux dire par là que je n'étais simplement qu'une jeune fille, alors que les autres gamines de quatorze ans jouaient déjà à la vamp...".

Danielle Darrieux, sans doute la première et la plus importante star française à l'international aura fait briller de mille feux notre cinéma.

 

L'actrice est morte ce mercredi 18 octobre 2017 à l'âge de 100 ans à son domicile de Bois-le-Roi (Eure).

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

VincentLaforie 19/10/2017 20:56

A l'international ? T'as picolé ou quoi MDR

Selenie 20/10/2017 11:52

Pas du tout, elle reste une des rares stars françaises à être particulièrement connue dès les années 30-40. Elle est d'ailleurs l'une des rares françaises listées dans le top 500 de l'AFI.