La Vérité sur Bébé Donge (1952) de Henri Decoin.

par Selenie  -  17 Juin 2019, 09:13

Adapté du roman éponyme (1942) de Georges Simenon, ce film est le 3ème film tiré d'un roman de Simenon (auteur très présent dans le cinéma avec pas moins de 183 films français adaptés de ses livres). Signé du réalisateur Henri Decoin après "Les Inconnus dans la Maison" (1942) et "L'Homme de Londres" (1943).... C'est l'histoire du couple Donge, lui est chef d'entreprise cynique et volage qui n'aime pas spécialement son épouse, elle est amoureuse jusqu'au jour où les années poussent jusqu'à la goutte qui fait déborder le vase... Le couple est incarné par deux monstres sacrés, Jean Gabin et Danielle Darrieux. Gabin retrouvera Decoin avec "Razzia sur la Chnouf" (1955), mais Darrieux est la muse du cinéaste après avoir été son épouse à la ville (1935-1941) avec qui elle tournera pas moins de 10 films de "Le Domino Vert" (1935) à "L'Affaire des Poisons" (1955).

Les deux stars qui ont débuté à la même époque mais qui n'ont jamais tourné ensemble avant 1952 se revoient sur les tournages des films "Le Plaisir" (1952) de Max Ophüls, "Napoléon" (1955) de Sacha Guitry, "Le Désordre et la Nuit" (1958) de Gilles Grangier... Decoin et son scénariste Maurice Aubergé, qui se retrouveront pour un segment du film collectif "Secrets d'Alcôve" (1953), ont repris la construction narrative du roman, à savoir un récit qui oscille entre présent le temps d'une saison, puis les flash-backs où François Donge repense à ses années de mariage avec Bébé Donge qui permettent ainsi de comprendre les faits au fur et à mesure de ces souvenirs. Dans le présent, lui est à l'hôpital et se meurt suite à un empoisonnement qui le pousse donc à comprendre en se souvenant. Le passé via les souvenirs matérialisés en flash-backs montre l'évolution d'une histoire d'amour qui finit par s'inverser. Ce qui frappe d'abord c'est ce couple si différent, entre cet homme d'expérience, entrepreneur volage et cynique qui séduit une jeune femme belle mais naïve qui croit encore à la grande histoire d'amour. Ce qui frappe ensuite c'est que le temps tue les rêves...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au début on est donc dans un film romanesque qui s'enfonce vite vers le drame conjugal. On est happé par ce scénario méticuleux où on suit l'évolution des sentiments de chacun au fil des ans. A la fois touchant et tragique, pessimiste et plein d'acuité, le film est de plus enrichi d'une description de la haute bourgeoisie provinciale que n'aurait pas renié un certain Claude Chabrol des années plus tard... On peut aussi dire que ce film est l'antithèse de "Madame Bovary"... Il a longtemps été un peu sous-estimé, aussi bien via la postérité qu'au box-office avec pourtant 1,2 millions d'entrées France. Mais au fil du temps la qualité du film est revue à la hausse, ce qui est légitime. A noter pourtant que ce film marque un tournant dans la carrière des des stars. Gabin va ensuite surtout devenir un bourgeois après avoir été l'archétype de l'ouvrier et va connaître ses plus gros succès dans les années 50. Darrieux  avouera avoir une "préférence marquée pour ce film car c'est la première fois qu'on lui confiait un rôle différent de ceux auxquels elle était abonnée depuis ses débuts".

 

Note :                 

17/20

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