Scarface (1983) de Brian de Palma

par Selenie  -  13 Juillet 2026, 08:31  -  #Critiques de films

Ce projet de remake du grand classique "Scarface" (1932) de Howard Hawks est écrit par un certain Oliver Stone alors un scénariste très demandé après les succès de "Midnight Express" (1978) de Alan Parker et "Conan le Barbare" (1982) de John Milius. Le scénario est repris de l'original qu'on doit à Ben Hecht, scénariste majeur de l'Âge d'Or et à qui le film est dédicacé, qui était lui-même adapté du roman éponyme (1930) de Armitage Trail. Au départ la réalisation est proposée à Sidney Lumet qui permet aussi la participation de la star Al Pacino avec qui il a travaillé sur "Serpico" (1973) et "Un Après-Midi de Chien" (1975). Le réalisateur apporte l'idée des personnages cubains et de l'exode de Mariel (Tout savoir ICI !) mais finalement il se désiste trouvant le scénario trop violent. Finalement la direction est reprise par Brian De Palma qui réalise donc son premier film pour lequel il n'est pas également scénariste comme pour ses films "Phantom of the Paradise" (1974), "Obsession" (1976), "Carrie au Bal du Diable" (1976), "Pulsions" (1980) et "Blow Out" (1981). Doté d'un budget confortable de 25 millions de dollars, soit environ du niveau de ses contemporains "Octopussy" (1983) de John Glen ou "L'Etoffe des Héros" (1983) de Philip Kaufman, le film est un beau succès amassant plus de 65 millions de dollars au box-office mondial mais ça reste mitigé, freiné notamment par une réputation de film violent et grossier - entre autre c'est l'un des premiers films a utilisé autant de fois le mot "fuck" (207 fois exactement) mais sera largement battu plus tard avec entre autre "Les Affranchis" (1990) de Martin Scorcese ou "Pulp Fiction" (1994) de Quentin Tarantino. La critique professionnelle est très partagée pour les mêmes raisons ce qui vaut aussi à Brian De Palma une nomination aux Razzie Awards 1984 du pire réalisateur. Néanmoins, la postérité du film sera de plus en plus dithyrambique, de grands cinéastes en feront l'éloge (dont Scorcese), et sera classé dans la plupart des classements cinéphiles dont le top 250 de IMDB, et deviendra un film culte et une référence du genre. Notons que la grand scène finale sera co-réalisée par Steven Spielberg, invité de son ami De Palma. Le film a failli être classé X à sa sortie en raison notamment de la séquence de la tronçonneuse, finalement le réalisateur obtiendra un classement R, soit interdit au moins de 17 ans non accompagné, en France le film est interdit au moins de 12 ans... Eté 1980, Tony Montana profite de l'exode de Mariel autorisé par Fidel Castro pour quitter Cuba et sa dictature  pour migrer aux Etats-Unis comme plusieurs milliers de ses concitoyens. Voyou ambitieux Tony a bien l'intention de profiter du Rêve américain par tous les moyens. Très vite il se fait remarquer par un Parrain de la mafia et monte bientôt les échelons... 

Tony Montana est incarné par Al Pacino qui ne retrouve donc pas Sidney Lumet, mais retrouvera Brain De Palma des années plus tard pour un autre chef d'oeuvre avec "L'Impasse" (1993), puis retrouvera dans "Frankie et Johnny" (1991) de Garry Marshall sa partenaire, Michelle Pfeiffer remarquée dans "The Hollywood Knights" (1980) de Floyd Mutrux ou "Grease 2" (1982) de Patricia Birch et qui trouve son premier grand rôle. La mère de Tony est interprétée par Miriam Colon remarquée à ses débuts dans "La Vengeance aux Deux Visages" (1961) de et avec Marlon Brando ou "L'Homme de la Sierra" (1966) de Sidney J. Furie, tandis que la jeune soeur de Tony est jouée par Mary Elizabeth Mastrantonio après une figuration dans "La Valse des Pantins" (1983) de Martin Scorcese avant de devenir une star elle-même avec "Abyss" (1989) de James Cameron ou "Robin des Bois, Prince des Voleurs" (1991) de Kevin Reynolds. Citons ensuite Steven Bauer, qui retrouvera De Palma pour "Body Double" (1984) et "L'Esprit de Caïn" (1992), puis après "Traffic" (2000) de Steven Soderbergh il retrouvera Luis Guzman qui deviendra une gueule connue du cinéma en retrouvant entre autre De Palma pour "Snake Eyes" (1998) et "l'Impasse" (1993) à l'instar de l'acteur Al Israel qui sera dans ce dernier et dans "Body Double" (1984). Citons encore Robert Loggia aperçu dans "marqué par la Haine" (1956) de Martin Ritt, "Che !" (1969) de Richard Fleischer ou "Officier et Gentleman" (1982) de Taylor Hackford, F. Murray Abraham qui retrouve Pacino après "Serpico" (1973) et retrouvera aussi pour "Le Bûcher des Vanités" (1990) De Palma ainsi que son partenaire Richard Belzer apparu dans "Fame" (1980) de Alan Parker, Paul Shenar remarqué ensuite dans "Le Contrat" (1986) de John Irvin ou "Man on Fire" (1987) de Elie Chouraqui, Harris Yulin qui retrouvera Pacino pour son film "Looking for Richard" (1996), Mark Magolis grande gueule du cinéma qui était dans "Pulsions" (1980) de De Palma, Michael Alldredge aperçu dans "L'Emprise" (1981) de Sidney J. Furie ou "L'Usure du Temps" (1982) de Alan Parker, Roberto Contreras apparu dans "L'Or du Hollandais" (1958) de Delmer Daves ou "L'Etau" (1969) de Alfred Hitchcock, Mario Machado surtout connu pour un second rôle dans la franchise "Robocop" (1987-1993), Victor Millan vu dans les classiques "Géant" (1956) de George Stevens ou "La Soif du Mal" (1958) de et avec Orson Welles, puis enfin, n'oublions pas deux starlettes qui seront surtout connues pour la rubrique fait divers, la mannequin Tammy Lynn Leppert (bikini bleu lors de la scène de la tronçonneuse) qui disparaît mystérieusement l'été 1983, et Lana Clarkson qui sera assassinée par son conjoint le producteur Phil Spector... La première idée géniale du film est de faire un remake intelligent, à savoir aucunement copié-collé au chef d'oeuvre original mais en transposant dans un contexte géo-politique contemporain modernisé et cohérent avec un mix des paramètres inhérents aux années 80, outre l'exode de Mariel, c'est aussi en filigrane la Guerre Froide et le blocus cubain, la migration importante et rapide de dizaine de milliers de criminels, l'explosion du trafic de drogues, mais aussi le Rêve américain, l'argent facile que promet l'ère Reagan... etc... Le scénario de Oliver Stone est ensuite un imparable récit au papier à musique d'un thriller opera grandiose et flamboyant autant que violent et tragique, où ascension rime avec violence impitoyable, gloire avec luxe et paranoïa, puis la chute avec mort en apothéose.

Le film est semé de séquences cultes entrées au Panthéon du Septième Art, grâce à l'osmose idéale entre la fluidité et le panache de la mise en scène de Brian de Palma et le sens du rythme, le génie de l'image et la précision d'écriture de Oliver Stone. Le face à face entre le petit migrant et la douane américaine ne manque pas de sel, entre un petit criminel et des autorités contraints d'accepter sur leur sol un parasite. La première scène marquante (et c'est peu de le dire) se déroule dans une  baignoire où le bain de sang est un choc plus suggestif que visuel mais assurément plus perturbant. On est aussi hypnotisé que Tony/Pacino quand apparaît la vénus incarnée par une Michelle Pfeiffer en vamp incandescente, ou quand il devient comme un fou en état second devant la beauté tout aussi vénéneuse de sa soeur Gina/Mastrantonio. On peut pourtant s'étonner que Tony ne touche jamais Elvira. Les interactions avec les différents associés sont toujours aussi tendues même quand elles paraissent chaleureuses, l'hypocrisie ou la traîtrise sont toujours tapies dans l'ombre jusqu'à ce finale aussi grandiose que démesuré, dont l'extravagance  n'a d'égal que la mégalomanie de Tony Montana. Chef d'oeuvre culte "Scarface" est un opera flamboyant sur un homme rongé par ses propres démons. A voir revoir et à conseiller.

 

Note :                 

19/20
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