Chino (1973) de John Sturges

par Selenie  -  25 Août 2020, 07:33  -  #Critiques de films

Un des tout derniers films du réalisateur John Sturges, connu pour bon nombre de westerns mais pas que, et quelques grands succès internationaux. Etonnament, cette fois il ne s'agit pas d'un film américain mais d'une co-production italo-franco-hispanique, financement à majorité franco-italienne et un tournage en Espagne, on pourrait presque croire à un western spaghetti ! Il n'en est rien. Ce film est adapté du roman "The Valdez Horses" (1967) de Lee Hoffman pour un scénario écrit par Clair Huffaker, scénariste expérimenté et habitué du western auquel on doit entre autres les scripts de "Rio Conchos" (1964) de Gordon Douglas, "La Caravane de Feu" (1967) de Burt Kennedy ou encore "Les 100 Fusils" (1969) de Tom Gries. Mais si John Sturges est crédité et qu'il a commencé le tournage il a dû laisser sa place pour raison de santé. C'est le réalisateur italien Duilio Coletti qui le remplace au pied levé, peu connu il est pourtant un vétéran dont on peut citer "Le Loup de la Sila" (1950) et "Bataille pour Anzio" (1968) co-réalisé mais non crédité avec Edward Dmytryk...

Chino Valdez, indien, est éleveur de mustang mais vit un peu isolé de la communauté à cause de ses origines. Sa vie va changé quand un jeune homme blanc se présente pour chercher du travail, tandis qu'il fait la connaissance de la soeur de son propriétaire avec qui il a des conflits à cause des barbelés qui blessent ses chevaux... Le rôle-titre est tenu par Charles Bronson qui retrouve alors Sturges qui lui a offert une reconnaissance mondiale après les succès des films "La Proie des Vautours" (1959), "Les 7 Mercenaires" (1960) et "La Grande Evasion" (1963). Il a pour partenaire féminine sa propre épouse, Jill Ireland dont l'essentiel de sa carrière sera aux côtés de Bronson pour 14 films de de "Les Passagers de la Pluie" (1969)  de René Clément à "Protection Rapprochée" (1987) de Peter Hunt. Le jeune apprenti est joué par Vincent Van Patten qui deviendra non pas acteur mais tennisman professionnel. Le propriétaire terrien est interprété par la français Marcel Bozzuffi, vu dans "Le Deuxième Souffle" (1966) de Jean-Pierre Melville, "Z" (1969) de Costa Gravas et "French Connection" (1971) de William Friedkin et, plus amusant, il a aussi doublé Charles Bronson sur certains films comme dans "Les 12 Salopards" (1967) de Robert Aldrich ou "La Bataille de San Sebastian" (1968) de Henri Verneuil... Il peut être surprenant de voir un tel film signé de Sturges, un des maîtres du western hollywoodien. On sent comme une lassitude dans ce western désenchanté où le cinéaste semble comprendre la dimension crépusculaire des westerns de Peckinpah et Leone, à la différence près toutefois que cette fois la violence n'est pas une solution en soi. Par là même, il est tout aussi surprenant de voir Charles Bronson en victime presque à tendre l'autre joue.

Le film a deux niveaux de lecture mais malheureusement il semble que le changement de réalisateur a sans doute joué sur la direction du récit. Il y d'abord le récit initiatique et le passage au statut d'adulte pour le jeune qui apprend auprès de Chino, puis il y a Chino qui trouve l'amour après avoir vécu en quasi ermite épris de liberté, ce en quoi il se sent proche des chevaux sauvages. Entre la chronique initiatique et l'évolution de Chino le film se positionne en fable d'un ouest sur le déclin. Mais la partie initiatique reste juste effleurée, le jeune Jamie se retrouve donc en simple témoin et narrateur du destin de Chino, la preuve en est qu'on apprendra rien de personnel sur Jamie. C'est par la femme que Chino va se voir contraint de changer de vie, encore. Le film mixe les sous-genres, empruntant un peu au spaghetti (violence âpre, séquences contemplatives) tout en assumant son classicisme (mise en scène, morale), mais ne manque pas d'une certaine audace notamment sur une scène de copulation entre malaise et second degré. Mais la vraie originalité est d'avoir choisi Bronson pour un fiilm qui peut être vu comme l'anti-thèse de "Les Collines de la Terreur" (1972) de Michael Winner. Un western qui ne manque pas de charme malgré ses faiblesses.

 

Note :                       

 

13/20

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