Décès de Claude Chabrol

par selenie  -  12 Septembre 2010, 20:44  -  #Décès de star - Bio

Enorme deuil pour le cinéma hexagonal avec la disparition de Claude Chabrol ce dimanche 12 septembre 2010 à l'âge de 80 ans.

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Il passe sa jeunesse dans la Creuse où ses parents, pharmaciens, l'envoient durant 39-45. Il lit les oeuvres de la comtesse de Segur et met un premier pas dans le 7ème art comme projectionniste dans un garage du village de Sardent. Après ses années de secondaire il fait des études de droit, et après une licence de lettres il termine par des études de pharmacie (vite fait). C'est durant ces années qu'il gagne un peu d'argent en écrivant de fausses dédicaces d'Hemingway et de Faulkner en profitant du snobisme parisien. C'est aussi durant ses études qu'il écume les salles de cinéma où il coirse Truffaut, Rivette et le romancier Paul Gégauff qui le détournera de son éducation bourgeoise.


Claude Chabrol entre comme critique aux "Cahiers du cinéma" en 1953. c'est grâce ) François Truffaut et Jacques Rivette qu'il a pu rencontrer André Bazin et surtout Jacques Doniol-Valcoze, fondateurs de la célèbre revue.

Dès ses débuts aux "Cahiers..."  il défend ardemment le cinéma "d'auteur", définition dont il sera un des précurseurs. Claude Chabrol tente de convainvre les lecteurs que même à Hollywood un réalisateur peut s'imposer. A propos de "Chantons sous la pluie" (1952) de Stanley Donen il écrit notamment : "Il s'agit bien, cette fois, d'un film d'auteur, ce qui est rare dans ce genre de production".

Il reprendra ses arguments pour défendre Alfred Hitchcock et écrire un un livre avec Eric Rohmer sur celui qu'on considère encore comme un simple technicien. Ce livre sera publié en 1957.

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Il participe pour la première fois à un film, un moyen-métrage réalisé par Jacques Rivette, "Le coup du Berger" (1956) dont il est le scénariste-dialoguiste avec François Truffaut. il produira ce film également grâce à son épouse Agnès, une riche héritière. C'est grâce à elle aussi qu'il peut financer son premier long métrage (photo ci-dessus), "Le beau Serge" (1958)  qu'il tourne justement à Sargent dans la Creuse. Prix Jean Vigo, succès public et critique "Le beau Serge" devient donc le premier film de la NOUVELLE VAGUE... "A bout de souffle" (1959) de Jean-Luc Godard est n'est donc pas le premier film !

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Il divorce d'Agnès 5 ans plus tard pour épouser son actrice fétiche Stephane Audran en 1964. Union matrimoniale et artistique qui durera jusqu'en 1980 et qui enrichira sa filmographie d'une des plus belles actrices de l'époque dans 23 films sur les 52 films que compte sa filmographie. Cette union se compare à sa fidélité avec Paul Gégauff avec qui il sera co-scénariste de ses nombreux films jusqu'à la fin des années 70.

C'est aux côtés de Paul Gégauff que Claude Chabrol affûte ses critiques acerbes et cyniques sur la bourgeoisie. Durant les années 60-70 et grâce à des acteurs fidèles comme Stephane Audran, Jean Yanne, Michel Bouquet ou Jean-Claude Brialy il réalise de nombreux films où il dresse un portrait souvent acerbe et corrosif de la bourgeoisie le plus souvent provinciale.

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Citons des films comme "Les cousins" (1959) sur les relations conflictuels entre deux cousins de niveau social différent, "Les bonnes femmes" (1960) sur le quotidien pas si fabuleux de 4 collègues de boulot (photo ci-dessus), "Landru" (1962) avec un Charles Denner mémorable, "La ligne de démarcation" (1966) sur un couple de "passeurs"...

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"Les biches" (1967) sur deux amies en proie à la jalousie (phot ci-dessus), "La femme infidèle" (1969) où un couple adultère cherche à tuer le mari gênant, "Que la bête meure" (1969) où un homme cherche à se venger d'un chauffard qui a tué son fils, "Docteur Popaul" (1972) où un médecin paraplégique se remémore son passé de Don Juan, ce film restant son plus gros succès public...  "Une partie de plaisir" (1975) où un couple tente survivre à la liberté sexuelle, "Alice ou la dernière fugue" (1976) où Sylvia Kristell célèbre "Emmanuelle" se retrouve dans le seul film fantastique de Chabrol, "Violette Nozière" (1978) sur le fait divers célèbre du parricide (photo ci-dessous).

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Avec ce film il signe là le premier d'une belle série, après Stephane Audran Isabelle Huppert devient sa nouvelle muse. Ce film est aussi un tournant, il délaissera par la suite plus souvent la bourgeoisie et ses vices pour des polars provinciaux plus ou moins noirs avec l'excellent "Les fantômes du chapelier" (1982)... Notons également qu'il réalise un film "international", "Le sang des autres" (1983) où Jodie Foster et Sam Neil jouent aux liaisons dangereuses durant la seconde Guerre Mondiale ; film au final assez peu connu.

Poulet au vinaigre

Chabrol signe juste après un dyptique savoureux avec en tête d'affiche Jean Poiret en inspecteur Lavardin (photo ci-dessus)... "Poulet au vinaigre" (1984) sur trois notables magouilleurs et "Inspecteur Lavardin" (1985) sur un meurtre mystérieux d'un écrivain. Deux polars sur un registre du genre Agatha Christie... Il adapte juste après un roman policier de la célèbre Patricia Highsmith, "Le cri du hibou" (1987).

Chabrol va faire aussi preuve d'un certain avant-gardisme avec "Masque" (1987) sur la télé -réalité... Et 10 ans après il retrouve Isabelle Huppert pour le superbe "Une affaire de femme" (1988) sur l'histoire vraie d'une faiseuse d'ange sous Vichy. Ce film signe un virage assez net vers des rôles de femmes fortes.

Madame Bovary

Isabelle Huppert est sa "Madame Bovary" (1991 - phot ci-dessus) et Marie Trintignant est sa "Betty" (1992)... Après le vénéneux "L'enfer" (1994) où François Cluzet devient un jaloux paranoïaque Chabrol va tourner de plus en plus avec Isabelle Huppert.

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"La cérémonie" (1995) est un de ses meilleurs films. Sophie (Sandrine Bonnaire) est une analphabète travaillant pour des notables qui se prend d'amitié avec une postière (Huppert). L'adaptation (photo ci-dessus) d'un fait divers, chef d'oeuvre du genre. Huppert enchaine avec Chabrol pour "Rien ne va plus" (1997) où elle forme avec Michel serrault un couple inattendu d'escroc.

Chabrol réalise un nouveau policier provincial avec Sandrine Bonnaire, "Au coeur du mensonge" (1998) où cette dernière voit son époux soupçonné de pédophilie dans la région de Saint-Malo. Dans "Merci pour le chocolat" (2000) Chabrol retrouve Huppert pour un mélo familial sur des bébés échangés (éventuellement :) )à la naissance.

La Fleur du mal

Dans un très bon film (photo ci-dessus), sous-estimé à mon sens, il pointe du doigt les secrets de famille d'un point de vue héréditaire dans "La fleur du mal" (2002). "La demoiselle d'honneur" (2003) où une jeune femme (Laura Smet) ensorcelle le fils de bonne famille. Avec "L'ivresse du pouvoir" (2005) il adapte sans le dire tout haut l'affaire politico-financière Elf où Isabelle Huppert se retrouve dans la peau d'Eva Joly et François Berléand dans celle de Le Floch-Prigent entre autres ; là aussi il me semble que le film ne fut pas juger à sa juste valeur. "La fille coupée en deux" (2007) raconte les errances amoureuses d'une jeune femme (Ludivine Sagnier) qui veut être reconnu, des bras d'un romancier plus âgé qu'elle à ceux d'un dandy de pacotille elle va sombrer peu à peu.

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Le dernier film de Claude Chabrol est aussi le premier qu'il tourne avec Gérard Depardieu. "Bellamy" (2009) raconte les vacances d'un commissaire dont la bonhommie et l'empathie pousse à aider les gens ; ce qui lui permet d'enquêter comme un passe-temps parmi d'autres. Le film n'est pas son meilleur mais on se dit surtout qu'il a fallu tant de temps pour réunir Chabrol et Depardieu alors que ça semblait si évident...

La description acérée et non démagogique d'une certaine bourgeoisie est devenue la grande spécialité de Claude Chabrol... Grand défenseur du film d'auteur il sera toujours pour la quasi totalité de ses films le réalisateur et le scénariste.

Ces dernières années Claude Chabrol est distingué à trois reprises pour l'ensemble de son oeuvre ; en 2005 par l'Académie Française du prix René Clair, en 2009 par la Caméra d'Or au Festival de Berlin et en 2010 par un Grand Prix de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD).

Claude Chabrol, pionnier de la Nouvelle vague, réalisateur prolifique de 52 films et notre meilleur critique du monde bourgeois s'est éteint ce 12 septembre 2010 d'une bradycardie liée à des complications d'un pneumothorax.


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princécranoir 13/09/2010 18:33

l'hécatombeUn de plus, et pas des moindres, au tableau des cinéastes réputés qui nous quittent cette année. Lui qu'on croyait inébranlable, prêt à tourner encore dix films passé son centenaire, disparaît dans sa quatre-vingt-unième année. Merci, monsieur Chabrol, Merci pour le Cinéma.