The Last Face (2017) de Sean Penn

par Selenie  -  12 Janvier 2017, 06:44  -  #Critiques de films

5ème long métrage en tant que réalisateur pour l'acteur Sean Penn après "Indian Runner" (1990), "Crossing Guard" (1995), "The Pledge" (2001) et "Into the Wild" (2007). Sean Penn derrière la caméra a toujours été une réussite jusqu'ici et cette fois le sujet du film touche naturellement l'acteur-réalisateur puisqu'il s'agit d'amour certes mais surtout de l'action humanitaire. Ecrit par Erin Dignam après avoir vécu en Afrique centrale elle a décidé de laisser la mise en scène à un autre et c'est tout logiquement que Sean Penn se soit lancé dedans. En effet, la scénariste a fait appel à Matt Palmieri, fils d'un couple très investi dans l'humanitaire et notamment pour l'ONU et producteur du documentaire "Darfour Now" (2006) qui a fait appel à Sean Penn qui, lui, a déjà tourné pour Erin Dignam dans "Loved" (1998) et qui est investi dans l'humanitaire notamment à Haïti. Tout aussi logiquement Sean Penn a demandé à sa compagne d'alors, Charlize Theron, de jouer dans le film, elle-même dirigeante de sa propre ONG humanitaire auprès des orphelins sud-africains. Il est aussi évident que le thème du film ait intéressé ces personnalités et qu'on ne peut mettre en doute leurs intentions.

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Au casting il y a aussi Javier Bardem qui venait de tourner avec Sean Penn dans l'alimentaire "Gunman" (2015) de Pierre Morel, et en prime deux frenchies : l'expérimenté Jean Reno (qui avait déjà eu un avant-goût de l'Afrique dans "Hôtel Rwanda" (2004) de Terry George) et la jeune Adèle Exarchopoulos (qui aurait été remarquée par Sean Penn grâce à "La vie d'Adèle" (2013) de Abdelattif Kechiche)... Si on ne doute pas (on ne peut, malgré les critiques qui dénoncent le racisme du film ! On croit rêver !) de la sincérité de l'entreprise, il faut bien avouer que ce film est le premier de Sean Penn où le réalisateur se prend les pieds dans le tapis. Assisté par Zubin Cooper, expert de la culture africaine auprès de l'ONU, Sean Penn a semble-t-il tout fait pour être réaliste à tel point qu'il a voulu exacerber les émotions à chaque fois. Malheureusement à force de vouloir forcer la main, il a surtout franchi la ligne et on tombe trop souvent dans l'esbroufe et la caricature. Le film débute mal avec un encart qui informe très bêtement "Rien n'est plus terrible que les conflits ayant lieu en Afrique... Si ce n'est l'amour impossible entre un homme et une femme" !

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Une entrée en matière maladroite symptomatique du reste, surtout des dialogues parfois ineptes voire mièvres comme quand un médecin reprend l'héroïne sur un terme pour rappeler qu'il faut juste de l'amour. Mêlant histoire d'amour tragique car en parallèle d'une tragédie encore plus terrible que la situation des africains dans les guerres intestines, Sean Penn signe un film bancal en suivant la ligne directrice de la romance alors qu'on devine qu'il est attiré par le côté humanitaire. Pour contrebalancer le réalisateur cherche donc les images chocs et veut à tout prix dénoncer, quitte à devenir démonstratif jusqu'à en devenir moralisateur et démago. Si on pourrait laisser passer sur le fond (la sincérité du sujet aidant) on est pourtant otage d'une mise en scène boursoufflée parsemée d'effets de styles et/ ou visuels souvent laids et/ou inutiles. Le film a été très mal reçu au Festival de Cannes d'abord, ensuite il faut avouer que l'accueil reste unanimement froid. A l'exception de quelques critiques stupides (le film serait raciste car il montre des "africains qui saignent" ?!) le constat s'avère malheureusement aussi triste que la tragédie relatée dans le film. Sean Penn n'a pas réussi à réaliser le film humanitaire dont il rêvait, il n'a simplement pas réussi à s'approprier le scénario, comme si à vouloir trop bien faire il s'était mélangé les pinceaux. Grosse déception, dommage...

 

Note :              

08/20

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