Okja (2017) de Joon-Ho Bong

par Selenie  -  5 Juillet 2017, 17:05  -  #Critiques de films

Voici donc l'un des films pare qui le scandale arrive, présenté au Festival de Cannes par le démon télévisuel Netflix ! Passons sur le débat occasionné qui n'est pas notre propos ici et parlons juste cinéma et donc du film lui-même... Cette histoire est née de l'imagination du réalisateur-scénariste coréen Joon-Ho Bong (célèbre pour notamment "Memories of Murder" en 2003, "The Host" en 2006, "Mother" en 2010) qui a voulu en faire un film international à cause de la portée universelle du message, il s'agit donc d'une co-production américano-coréenne avec entre autres le co-scénariste américain Jon Ronson auteur de "Les Chèvres du Pentagone" (2009) adapté au cinéma par Grant Heslov, le célèbre directeur photo Darius Khondji, (de "Delicatessen" en 1990 de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro à "Amour" en 2012 de Michael Haneke en passant par "Seven" en 1996 de David Fincher) et les producteurs Brad Pitt et l'actrice Tilda Swinton qui a déjà tourné avec le cinéaste sur "Snowpiercer" (2013). Cette dernière produit très peu et souvent pour des films auxquels elle tient et dans lesquels elle joue comme les excellents "Amore" (2010) de Luca Guadagnino et "We need to tlak about Kevin" (2011) de Lynne Ramsay... Au casting américain on a des stars comme Jake Gyllenhaal et Paul Dano (vus tous les deux dans "Prisoners" en 2013 de Denis Villeneuve) ainsi que Lily Collins fille de Phil, dont le titre de gloire sur grand écran s'arrête au médiocre "Blanche-Neige" (2012) de Tarsem Singh. Côté coréen on notera surtout Woo-Sik Choi (vu dans "Dernier train pour Busan" en 2016 de Sang-Ho Yeon) et la jeune Seo-Huyn Ahn, déjà aperçu dans les petits bijoux "The Housemaid" (2010) de Im Sang-Soo et "The Murderer" (2011) de Na Hong-Jin...

Le héros est donc bel et bien un gros cochon, ou plutôt une nouvelle sorte de pachyderme inventé par une multinationale qu'on devine être un pastiche du nauséabond Monsanto, et qui doit être le nouvel eldorado des supermarchés pour les citoyens moutons du monde. Si le film oscille entre comédie et drame le propos est toujours d'un sérieux de fond assumé et assuré pour en faire d'abord une satire anti-capitaliste assez violente qui fera de plus plaisir aux végétariens de tous poils. Au premier abord on pense à plusieurs comédies familiales comme "Croc-Blanc" (1991) de Randall Kleiser, "Sauvez Willy" (1994) de Simon Wincer voir "Deux Frères" (2004) de Jean-Jacques Annaud et en oubliant les films d'animation mais très vite on se trouve dans un film plus difficile émotionnellement parlant, et là on peux avoir peut-être une pensée pour "Cheval de Guerre" (2012) de Steven Spielberg. En effet le scénario reprend dans les grandes lignes la trame éculé d'un animal aimé et chéri qui est retiré à un enfant pour des raisons le plus souvent économico-dinancières, et suit donc la quête de l'enfant pour récupérer son animal de "compagnie". La grande différence est que Joon-Ho Bong ne signe pas une comédie familiale mais un pamphlet satirique que les âmes les plus sensibles risques de se rappeler à coup de mouchoirs. D'abord l'humour n'y est pas puéril (à l'exception notable de deux séquences scatologiquement aussi nécessaires que trop systématiques) ni un paramètre essentiel. Non, le récit s'applique en premier lieu de dénoncer le concept et les processus de merchandising qui se cache derrière les expériences plus ou moins avouables de l'industrie agro-alimentaire.

Niveau humour sinon on peut être déçu par le surjeu clownesque de Jake Gyllenhaal qui ne colle pas du tout à la sobriété du reste du film, en témoigne par ailleurs la caricature mesurée du personnage joué par Tilda Swinton entre autres. On note une séquence invraisemblable où une chute de plusieurs mètres en pleine course poursuite automobile permet de courir sans soucis la minute d'après... La dimension politique du propos est symbolisé par l'équipe A.L.F., sorte de Greenpeace animalier qui vient en soutien à la petite Mija. Cette dernière est interprétée par l'incroyable Seo-Huyn Ahn dont la performance tient la dragée haute aux stars hollywoodiennes. Evidemment il ne faut pas oublier Okja lui-même, créé par l'ami du cinéaste et dessinateur, Hee Chul Jang qui avait déjà imaginé le monstre de "The Host", et ensuite créer numériquement par Erik-Jan De Boer oscarisé pour son travail sur le film "L'Odyssée de Pi" (2012) de Ang Lee. "Okja" est donc une comédie écolo-dramatique qui offre quelques sourires, de l'aventure et surtout beaucoup d'émotions allant de l'amour au dégoût en passant par la colère et la justice. A voir et à conseiller !

 

Note :               

16/20