Rose (2026) de Marcus Schleinzer

par Selenie  -  11 Septembre 2026, 07:24  -  #Critiques de films

Troisième et nouveau long métrage de l'allemand Marcus Schleinzer après "Michael" (2011) et "Angelo" (2018) pour un cinéaste qui fait de temps à autre l'acteur come récemment dans le film français "Les Rayons et les Ombres" (2026) de Xavier Giannoli. Pour ce nouveau projet le réalisateur-scénariste retrouve à l'écriture Alexander Brom après leur première collaboration sur "Angelo" (2018). Ce film permet à l'actrice principale d'obtenir un nouveau prix, lauréate de l'Ours d'Argent de la meilleure interprétation 20 ans après un premier Ours à la Berlinale pour "Requiem" (2006) de Hans-Christian Schmid et après son César pour "Anatomie d'une Chute" (2024) de Justine Triet. Le film, sur sa ligne directrice, sa trame et son époque, fait logiquement penser à l'excellent film français "Le Retour de Martin Guerre" (1982) de Daniel Vigne mais il est ici surtout question de travestissement homme vers femme est légion et surtout dans la comédie de   "Certains l'Aiment Chaud" (1959) de Billy Wilder à "Madame Doubtfire" (1994) de Chris Columbus, et c'est souvent plus probant que dans le sens femme vers homme et c'est souvent sous forme de comédie également avec "Sylvia Scarlett" (1936) de George Cukor, "Victor Victoria" (1982) de Blake Edwards ou "Le Derrière" (1999) de et avec Valérie Lemercier, mais du côté drame on pense aussi aux différentes versions de Mulan, et surtout "Albert Nobbs" (2011) de Rodrigo Garcia et "Boys Don't Cry" (1999) de Kimberly Peirce... Au lendemain de la Guerre de Trente Ans, un mystérieux soldat balafré s'installe dans un village isolé. A force de labeur et de services rendus il gagne la confiance des villageois jusqu'à ce qu'on lui propose un mariage. Dans sa position difficile de refuser mais son secret devient vite fragile et tout bascule lorsque s'éveillent des doutes sur son identité... 

Rose est incarnée par Sandra Hüller remarquée notamment dans "Toni Erdmann" (2016) de Maren Ade, "Sibyl" (2019) de Justine Triet, "L'Etau de Munich" (2021) de Christian Schwochow, "La Zone d'Intérêt" (2023) de Jonathan Glazer ou "Projet Dernière Chance" (2026) de Phil Lord et Chris Miller. Citons ensuite Cari Braun dans son premier rôle, Marisa Growaldt qui retrouve son réalisateur après "Angelo" (2018) et retrouve après le chef d'oeuvre "Le Ruban Blanc" (2009) de Michael Haneke l'actrice Maria-Victoria Dragus vue dans "Baccalaureat" (2016) de Cristian Mungiu, "Marie Stuart, Reine d'Ecosse" (2018) de Josie Rourke ou "Fario" (2024) de Lucie Prost, Godehard Giese vu dans "A Cure for Life" (2017) de Gore Verbinski, "Transit" (2018) de Christian Petzold ou "La Conférence" (2023) de Matt Geschonneck, qui retrouve après "Seul dans Berlin" (2016) de Vincent Perez son partenaire Rainer Egger apparu dans "Le Violon Rouge" (1998) de François Girard ou "Frantz" (2016) de François Ozon, Robert Gwisdek apparu dans "Trois Jours à Quiberon" (2018) de Emily Atef ou "La Partition" (2024) de Matthias Glasner, puis Sven-Eric Bechtolf aperçu dans "La Montagne Magique" (1982) de Hans W. Geissendörfer ou "Emilia Galotti" (2003) de Andreas Morell outre les célèbres séries TV allemandes... Clairement les premiers premiers passent et fonctionnent grâce à la comédie, "Albert Nobbs" fonctionne grâce à la performance de Glenn Close même si on tique sur quelques passages, tandis que "Boys Don't Cry" (1999) est crédible parce qu'il s'agit d'adolescents et qu'il s'agit quoi qu'il en soit d'une histoire vraie. Et c'est là que le bât blesse, la crédibilité ou l'authenticité de ce travestissement qui paraît toujours invraisemblable. En effet, d'où l'importance du choix de l'actrice principale, si Sandra Hüller est une actrice exceptionnelle il est difficile de ne pas voir autre chose qu'une femme même dans son rôle mais nous sommes évidemment influencé puisqu'on le sait par avance et surtout, l'essentiel et l'évidence même est que  l'Histoire a prouvé que rien n'est moins rare que la transidentité (Tout savoir ICI !).

L'autre choix crucial du réalisateur est le Noir et Blanc ce qui permet d'araser à l'écran les éléments plus "épidermiques". Sans doute moins essentiels pour la narration mais plus intéressant dans le style visuel on y voit évidemment une filiation ou une influence des grands maîtres de l'impressionnisme allemand, mais sur le fond, dans l'atmosphère et le naturalisme on peut y voir une parenté avec des cinéastes comme Carl Theodor Dreyer ou le plus contemporain Robert Eggers et plus récemment citons des films comme "La Dernière Nuit de Lise Broholm" (2022) de Tea Lindeburg et "La Jeune Fille à l'Aiguille" (2025) de Magnus Von Horn. La voix Off est omniprésente, explicative certe mais pour expliquer ce que le film ne montre pas forcément et accentue cette dimension biographique (mais fictionnelle rappelons-le !). D'ailleurs le film s'avère très cours, on dira même trop court surtout quand on perçoit des ellipses qui effacent du scénario des passages qu'on imagine donc et qui auraient eu un impact émotionnel et/ou visuel fort... ATTENTION SPOILERS !... le film débute directement avec l'arrivée du soldat étranger alias Rose/Hüller au village, donc un passé récent occulté pourtant essentiel (est-ce sa blessure qui la pousse à quitter l'armée ?! Est-elle blessée longtemps avant l'usurpation d'identité ?!). L'héritage est tout aussi rapide, mais surtout dans la dernière partie la capture et le viol sont occultés alors que ce sont deux moments essentiels et centraux dans la suite et les conséquences... FIN SPOILERS !... Ainsi l'histoire se déroule assez vite, on devine plusieurs mois voir quelques années en moins de 1h30, soit un scénario dense ce qui permet de se dire que 10-15mn de plus pour exploiter ou approfondir quelques passages. Néanmoins, l'histoire est passionnante (où comment un pantalon peut offrir une liberté malheureusement aussi dangereuse qu'éphémère), poignante avec en prime une performance d'actrice parmi les plus bluffante de l'année. A voir et à conseiller fortement.

 

Note :                 

15/20
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