Une Affaire Turque (2026) de Hüseyin Aydin Gürsoy

par Selenie  -  9 Septembre 2026, 14:11  -  #Critiques de films

Premier long métrage du franco-turc  Hüseyin Aydin Gürsoy après un long parcours et plusieurs courts métrages dont "8 Mois" (2014), "Une Toile d'Araignée" (2015) puis surtout "Partir en Poussière" (2020) récompensé et remarqué dans plusieurs festivals internationaux. Pour son premier projet tourné en langue turque et française, le réalisateur-scénariste a coécrit son scénario avec  Ludovic du Cary, auteur sur les films "Souffler plus Fort que la Mer" (2017) de Marine Place ou "Paternel" (2024) de Ronan Tronchot. Malgré un budget modeste de 2 millions d'euros le film ne vas sans doute pas entrer dans ses frais, à ce jour le film n'a pas atteinte les 60000 entrées France... Mustafa Duman s'est éloigné de ses proches et de sa communauté turque pour réussir en tant qu'avocat d'affaire sous le prénom de Damien. Déterminé et ambitieux il travaille dur pour devenir associé de son cabinet malgré tout sa famille semble ne pas le comprendre. Un jour, pour plaire à sa famille il aide un jeune turc suite à une agression ce qui va le pousser dans une spirale de corruption et de violence qui va mettre en péril tout ce qu'il a bâti... 

Damien Mustafa est incarné par Lionel Erdogan aperçu à la télévision et dans peu de film jusqu'ici avec "Père Fils Thérapie !" (2016) de Emile Gaudreault, "Les Têtes de l'Emploi" (2016) de Alexandre Charlot et Franck Magnier et plus récemment "L'Heureuse Elue" (2024) de Frank Bellocq. Son patron et mentor est joué par Charles Berling devenu rare avec seulement un 4ème film sur les 6 dernières années avec "Mascarade" (2022) de Nicolas Bedos, "Flo" (2023) de Géraldine Danon et bientôt "La Vie d'une Femme" (2026) de Charline Bourgeois-Tacquet. Citons ensuite plusieurs personnages turcs joués par des membres de la communauté, amateurs ou débutants comme Hatice Özer, Metehan Aygün, Shukru Muni ou Ramazan Öztürk, ou Lou Howard apparue dans quelques séries TV ou court métrage, sans oublier Sedef Ecer une grande romancière franco-turque dans son premier rôle au cinéma, puis citons deux actrices plus connues avec Lubna Azabal vue dernièrement dans "Amal : un Esprit Libre" (2023) de Jawad Rhalib, "Rabia" (2024) de Mareike Engelhardt ou "Le Dossier Maldoror" (2024) de Fabrice Du Welz, et Maud Wyler vue dans "Sur la Branche" (2023) de Marie Garel-Weiss, "Bernadette" (2023) de Léa Domenach ou "Hors du Temps" (2024) de Olivier Assayas... Etonnamment on constate que les films français sur la communauté turque en France sont très rares, des personnages turcs  apparaissent de temps à autre dans des films mais la diaspora turque demeure très discrète voir même absente de notre cinéma, a priori seul "L'Empire des Loups" (2005) de Chris Nahon a apporté sa toute petite pierre à l'édifice. En tous cas c'est chose faite et de façon plus directe et probante avec ce premier film, un drame policier mêlant politico-social. On suit donc Damien, auparavant Mustapha, qu'on devine gêné par sa communauté au point qu'il a modifié son nom pour faciliter sans doute l'accès à plus d'opportunités professionnels - sur ce point on peut noter une certaine victimisation, car plusieurs hommes de lois et avocats sont médiatisés et qui ont su gardé leur nom à une époque pourtant où il était sans doute plus difficile qu'aujourd'hui de se faire un nom et de percer. Aujourd'hui en 2026 d'autant plus, il aurait été donc plus judicieux de situer l'histoire plutôt dans les années 80 par exemple, ou de se passer d'un pseudo, un subterfuge qui confirme une faiblesse, un mensonge, une facilité aussi bien sur le fond que sur le forme. Néanmoins, on comprend bien, le jeune avocat a dû en baver, d'ailleurs peut-être plus pas la situation modeste de ses parents que réellement par ses origines d'où ce réflexe peut discret et assez lâche de cacher sa montre de luxe quand il se rend dans sa communauté. Un réflexe de simple arriviste comme si il savait qu'il n'était pas à sa place qu'il a pourtant honnêtement gagné. Le film a un peu de mal a démarré, mais la présentation de la vie de l'avocat, les petites nuances entre vie professionnelles et les codes turcs prennent places doucement avec une question qui arrive et donc on aura malheureusement jamais vraiment de réponse... ATTENTION SPOILERS !... le père fait la gueule à son fils et on ne saura jamais pourquoi ni depuis combien de temps. Est-ce parce qu'il a honte (ou pas !) de sa communauté ?! Est-ce parce qu'il ne donne pas de nouvelles ?! Et même si on devine on ne comprend pas, jeune avocat quand on connaît les années d'études et d'investissements avant de trouver sa place, surtout quand on est turc (d'après le film !) il semble aussi logique, normal et compréhensif que l'enfant prodigue ne soit plus aussi présent auprès de sa famille. D'ailleurs plus tard, on est tout aussi éberlué quand il se fait littéralement engueuler alors qu'il a apporté son aide sur leur requête, à cet instant on se dit qu'il a bien raison de couper les ponts !... FIN SPOILERS !...

Ainsi, les relations intra-familiales manquent un peu de liens tangibles, d'actions-réactions plus ténues car on nous montre une famille turque a priori modeste et il paraît plutôt évident d'être fier d'un fils devenu avocat, il manque quelque chose pour étayer ces liens familiaux. Finalement cette partie s'avère donc secondaire car sous-exploitée, et on savoure déjà un peu plus le côté politico-judiciaire, et l'engrenage incontrôlable dans lequel glisse un Damien/Erdogan qui paraît à la fois trop sûr de lui et trop naïf ce qui sera d'ailleurs relevé par sa soeur... ATTENTION SPOILERS !... naïf surtout pour un avocat d'affaire car il suffisait de faire signer un document pour conclure le marché avec le jeune turc, trop sûr de lui aussi donc car comme le dénonce sa soeur il a surestimé son emprise et son conseil vis à vis du jeune turc déjà influencé par une partie de sa communauté... FIN SPOILERS !... Le jeune avocat Damien multiplie les fautes, on est alors partagé, car apparemment c'est un excellent avocat d'affaire au point de devenir associé, mais au premier vrai couac il prend la pression et fait des choix plutôt faciles à rectifier pourtant. Faire des erreurs c'est humain alors pourquoi pas mais c'est assez incompréhensible voir peu crédible à ce niveau de compétences. Néanmoins, Lionel Erdogan incarne à merveille cet avocat qui est à un tournant de sa vie qui fait la plus grande connerie de sa vie au même moment qui aurait dû être sa consécration, tout en étant un fils qui ne sait finalement pas pourquoi il doit toujours se justifier. Le récit reste prenant et le réalisateur instille une tension réelle, très subtile et qui s'intensifie très légèrement mais progressivement presque de façon insidieuse avant de devenir une succession de claques éducatives dont le symbole le plus ironique est une autre avocate de la diaspora merveilleusement et malicieusement jouée par la toujours impeccable Lubna Azabal. Un thriller semé de maladresses et de choix discutables, mais ça tient le route malgré tout pour une descente aux enfers socialo-professionnelle très efficace. Prometteur... 

 

Note :                 

14/20
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