Trente Minutes de Sursis (1965) de Sydney Pollack
Premier long métrage de Sydney Pollack après avoir fait l'acteur sans grande reconnaissance, mais auréolé d'un Emmy Award pour son téléfilm "The Game" (1965) en tant que réalisateur il a l'opportunité de signer son premier long métrage de cinéma. Il adapte une histoire tirée d'un article de Shana Alexander pour Life Magazine sur le sauvetage par téléphone d'une femme qui a appelé un centre d'appels d'urgence. Le scénario est écrit par Stirling Silliphant auquel on doit auparavant les scénarios de "On ne joue pas avec le Crime" (1955) de Phil Karlson ou "Le Village des Damnés" (1960) de Wolf Rilla et qui va devenir un des meilleurs auteurs dans les années à venir avec notamment "Dans la Chaleur de la Nuit" (1967) de Norman Jewison, "Les Flics dorment pas la Nuit" (1972) de Richard Fleischer ou "Tueur d'Elite" (1975) de Sam Peckinpah. Le film est très bien reçu par la critique et offre un premier succès d'estime pour le jeune réalisateur qui va devenir un des plus grands de sa génération avec surtout pas moins de 7 films avec Robert Redford entre "Propriété Interdite" (1966) et "Havana" (1990) sans compter "On Achève bien les Chevaux" (1969) et "Yakuza" (1974)... Etudiant en psychologie, Allan est bénévole dans un centre d'appels d'urgence. Ce jour-là, il a au bout du fil Inga, une femme désespérée qui vient de prendre une dose mortelle de comprimés et qui souhaite parler à quelqu'un avant de mourir. Aidé d'un psychiatre et d'un inspecteur de police Allan va tout tenter pour localiser Inga et la sauver...
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Inga est incarnée par Anne Bancroft vue dans "Les Gladiateurs" (1953) de Delmer Daves ou "Miracle en Alabama" (1962) de Arthur Penn et surtout future icône de "Le Lauréat" (1967) de Mike Nichols. Le jeune bénévole est joué par Sidney Poitier première star afro-américaine avec "Graine de Violence" (1955) de Richard Brooks ou "La Chaîne" (1958) de Stanley Kramer, qui retrouvera le scénariste du film pour le chef d'oeuvre "Dans la Chaleur de la Nuit" (1967), et qui retrouve cette même année de "La Plus Grande Histoire jamais Contée" (1965) de George Stevens son partenaire et "psy" Telly Savalas qui marque alors la période avec dans la foulée "La Bataille des Ardennes" (1965) de Ken Annakin et "Les 12 Salopards" (1967) de Robert Aldrich avant de retrouver Pollack pour "Les Chasseurs de Scalps" (1968) à l'instar de Dabney Coleman qui sera aussi dans "Tootsie" (1982) de Pollack. Citons ensuite Steven Hill vu dans "La Dame sans Passeport" (1950) de Joseph H. Lewis ou "Un Enfant attend" (1963) de John Cassavetes et qui retrouvera également Pollack pour "La Firme" (1993), Edward Asner remarqué entre autre dans "El Dorado" (1966) de Howard Hawks ou "JFK" (1991) de Oliver Stone retrouvant entre temps Sidney Poitier pour "Appelez-Moi Monsieur Tibbs" (1970) de Gordon Douglas, H.M. Wynant vu dans "Le Jugement des Flèches" (1957) de Samuel Fuller ou "L'Odyssée du Sous-Marin Nerka" (1958) de Robert Wise, Thomas Hill vu plus tard dans "John McCabe" (1971) de Robert Altman ou "L'Histoire sans Fin" (1984) de Wolfgang Petersen, Charlotte Stewart apparue plus tard dans "Ambulances Tous Risques" (1976) de Peter Yates ou "Eraserhead" (1977) de David Lynch mais surtout connue pour la série TV "La Petite Maison dans le Prairie" (1974-1978), puis enfin n'oublions pas le petite rôle de George Savalas, dont la carrière se résume à rester dans l'ombre de son frère Telly comme sur "Genghis Khan" (1965) de Henry Levin, "De l'Or pour les Braves" (1970) de Brian G. Hutton, "La Cité de la Violence" (1970) de Sergio Sollima et bien sûr la série TV culte "Kojak" (1973-1978)... Le début du film est simple, tandis qu'on découvre un Noir et Blanc sublime, lumineux et épuré on remarque l'absence de dialogue plutôt paradoxal puisqu'on s'attend forcément à une suite beaucoup plus bavarde au vu du contexte façon "SOS Amitié", sans lien évidemment avec l'agence culte de la comédie "Le Père Noël est une Ordure" (1982) de Jean-Marie Poiré. Le film aborde un sujet épineux, qui semble beaucoup traité au cinéma ce qui est une illusion. En effet, si le suicide est effectivement omniprésent il est rarement au centre de l'intrigue ou du récit, rarement le véritablement sujet de l'histoire mais simplement un fait et/ou cause et conséquence. Ainsi, comme thématique centrale les films restent rares et outre "Le Feu Follet" (1963) de Louis Malle on peut dire que Sydney Pollack offre un des tout premier film sur le sujet. Sinon, on peut rappeler quelques titres comme "Le Septième Continent" (1989) de Michael Haneke, "Virgin Suicides" (2000) de Sofia Coppola ou "Close" (2022) de Lukas Dhont... Ici, une femme qui vient d'avaler une dose de comprimés fatale appelle un centre d'urgences, un ultime coup de téléphone non pas pour être secouru a priori mais pour parler, simplement parler. C'est là tout le paradoxe, toute la subtilité, toute la complication autour d'un tel appel qui tient plus de "SOS Amitié" car le choix des cachets de médicaments restent une option très et trop aléatoire dans la réussite d'un suicide, le fait d'appeler un tel service aussi, tout fait que non il ne s'agit pas d'un suicide ou d'une tentative de suicide mais simplement d'un appel à l'aide, d'une ultime tentative pour obtenir une aide devenue si illusoire pour elle.
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Evidemment l'inconnue de l'équation reste surtout de savoir quelles sont les médicaments ingurgités et en quelle quantité, pourtant essentielles ses informations ne seront qu'à peine effleurées tandis qu'on reste perplexe sur le médecin qui évalue le risque à la respiration de madame au combiné téléphonique. Néanmoins, l'intérêt du film ne se trouve pas là. Le scénario repose sur deux points, celui du jeune étudiant Alan/Poitier qui se retrouve confronté à sa première vrai assistance téléphonique, avec tous les doutes et les maladresses qu'il va devoir gérer, puis le récit de Inga/Bancroft qu'elle raconte à Alan et que nous suivons par flash-backs. Sur la partie Alan, on apprécie surtout parce que le film s'avère sans doute le premier film américain qui (dé)montre une police sociale qui sa bat aussi pour autre chose que le crime. Sur la partie flash-backs, il manque une réelle tragédie qui expliquerait le passage à l'acte, vouloir se suicider pour si peu manque légèrement de crédibilité. Le film est intéressant sur tous les plans malgré quelques maladresses narratives, mais les ressorts psychologiques sont bien amenés et décrit, le processus policier est précis, les émotions sont bien là sans jamais tomber dans la mièvrerie ou la morale ce qui est, pour un film américain, une véritable réussite.
Note :
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