Memories of Murder (2003) de Bong Joon-Ho
Second long métrage du coréen Bong Joon-Ho après "Barking Dog" (2000), qui porte sur grand écran une pièce de théâtre de 1996 de Kim Kwang-Rim inspirée d'une véritable affaire criminelle qui défraya la chronique comme étant la première affaire sur un Serial Killer en Corée du Sud qui a sévit entre 1986 et 1991, violant et assassinant dix femmes entre 13 et 71 ans dans un rayon de seulement 2kms. Réalisateur-scénariste, Bong Joon-Ho co-écrit son scénario avec l'auteur de pièce, puis avec Shim Sung-Bo futur réalisateur de l'excellent film "Sea Fog" (2014). Le cinéaste va accentué ce qui a été fait au théâtre pour encore plus de réalisme, ainsi il tourne son film sur les lieux mêmes de faits, puis a réservé un an de recherche de visites et d'entretiens auprès des protagonistes des événements, témoins, policiers et journalistes. Rappelons que plus de 300000 policiers ont été liés à l'affaire pour plus de 3000 suspects mais qui ne donnera jamais rien. L'affaire ne sera résolu qu'en 2019, confondu par son ADN, le coupable Lee Choon-Jae était alors déjà en prison pour le viol et le meurtre de sa belle-soeur en 1994. Malgré tout il ne sera jamais jugé pour la série meurtre car le délai de prescription était expiré. Le film est doté d'un budget de 2.8 millions de dollars, et amasse plus de 27 millions de dollars au box-office, le plus grand succès en Corée du Sud cette année-là puis une reconnaissance internationale pour le réalisateur. Bong Joon-Ho va devenir un des plus grands réalisateurs sud-coréen de ces dernières années avec entre autre "Mother" (2009), "Snowpiercer" (2013) ou "Parasite" (2019)...
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1986, dans la province de Gyunggi, le corps d'une jeune femme violée puis assassinée est retrouvée en pleine campagne. Deux mois plus tard, un second corps est retrouvé avec le même code opératoire. Il faut se rendre à l'évidence, un tueur en série sévit pour la première fois en Corée du Sud. Deux policiers aux méthodes différentes sont chargés de l'enquête... Les deux enquêteurs principaux sont joués par Song Kang-Ho acteur fétiche de Park Chan-Wook grâce à qui il est devenu une star à partir de JSA - Joint Security Area" (2000) et qui retrouvera Bong Joon-Ho pour "The Host", "Sowpiercer" (2013) et "Parasite" (2019), puis Kim Sang-Kyeong vu notamment dans "Turning Gate" (2002) et "Conte de Cinéma" (2005) tous deux de Hong Sang-Soo ou plus tard "The Tower" (2012) de Kim Ji-Hoon où il retrouvera leur "supérieur" Song Jae-Ho vu dans "La Princesse du Désert" (2001) de Sung-Soo Kim ou "Face" (2005) de Sang-Gon Yoo. Citons ensuite le principal suspect incarné par Park Hae-Il vu plus tard dans "The Fortress" (2017) de Hwang Dong-Hyeok, "Decision to Leave" (2022) de Park Chan-Wook ou "Hansan" (2022) de Kim Han-Min et retrouvera plusieurs partenaires sous la direction de Bong Joon-Ho pour "The Host" (2006) dont Song Kang-Ho, Park Noh-Shik, Byun Hee-Bong qui sera aussi dans "Okja" (2017) du même réalisateur, puis Kim Loi-Ha remarqué ensuite pour "A Bittersweet Life" (2005) de Kim Jee-Woon, et enfin Jeon Mi-Seon vu notamment dans "Christmas in August" (1998) de Hur Jin-Ho ou "Hide and Seek" (2013) de Huh Jung avec entre temps des retrouvailles avec son réalisateur pour "Mother" (2009)... Le film débute aussitôt avec la découverte d'un corps, et aussitôt se mêle l'horreur absolu d'un crime sordide et la légèreté ambiante avec un gamin qui s'amuse à l'insu d'un flic qui se croit dans une intervention de routine. Le contraste est saisissant, pour dégoupiller une affaire qui s'annonce aussi malsaine que complexe. Malgré tout, on comprend vite que l'humour ou la fantaisie qui parsème le récit n'est pas volontairement là pour faire rire au premier degré, c'est toute l'ironie du sort, ce sont avant tout un humour sarcastique, voir surtout pathétique qui repose essentiellement sur l'amateurisme de la police sud-coréenne.
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En effet, à la fin des années 80, ce crime est le premier du genre en Corée du Sud, les enquêteurs n'ont jamais été confronté à ce genre d'affaire singulière et les méthodes d'enquêtes restent archaïques, "à l'ancienne". Ainsi, les policiers n'ont entendu parler des serial killers que par les séries TV ou films américains, et les tests ADN n'existent tout simplement pas dans leur pays. La police veut aller vite, ou du moins pense que les preuves les plus primaires sont suffisantes, et quand ils comprennent que cela ne va pas être si simples ils commencent à douter, et user de processus ridicule comme de faire appel à des violences inutiles ou à des rituels digne d'un autre temps. Ainsi, le semblant d'humour est en fait un leurre pour mieux mettre en avant la perversion humaine dans un écrin glauque de plus en plus tragique car une conclusion s'impose et elle n'est pas celle qu'on attend en général ; Hollywood s'en inspirera de façon un peu moins habile avec le déjà excellent "Zodiac" (2007) de David Fincher. Notons le travail exemplaire sur la musique et l'image, une image grisâtre et terne qui marque le côté désabusé d'une telle enquête d'où ressort uniquement la couleur rouge. Un grand film à voir.
Note :
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