Mort du cinéaste Tony Gatlif

par Selenie  -  7 Septembre 2026, 11:06  -  #Décès de star - Bio

Juste après Jean-Paul Rapeneau le monde du cinéma français est une nouvelle fois en deuil avec la mort de Tony Gatlif survenue le 02 septembre 2026 à l'âge de 77 ans.

Tony Gatlif : "J'ai eu la chance d'avoir 20 ans en 68, et j'en ai bien  profité" | France Culture

Né en 1948 à Alger (Algérie française), le jeune  Boualem Dahmani est le fil d'un père kabyle et d'une mère gitane. Après une enfance à Alger il arrive en France en 1960 conséquence de la guerre d'Algérie. S'ensuit une parcours scolaire et social difficile et décalé où il connaît la maison de redressement mais en 1966 il rencontre le géant Michel Simon. C'est une rencontre comme un tournant, il suit ensuite des cours d'art dramatique puis joue dans quelques pièces de théâtre.

 

Il obtient aussi un petit rôle dans la série TV "Les Boussardel" (1972), et s'essaie à la réalisation avec son court métrage "Mex l'Indien" (1973). Il enchaîne plusieurs petits longs métrages sans reconnaissance importante dont "La Terre au Ventre" (1978 - ci-dessous) sur une mère pied-noir et ses quatre filles. 

Pour un premier succès d'estime il faut attendre "les Princes" (1983) avec Gérard Darmon en gitan qui vit avec sa fille et sa mère dans un HLM de banlieue parisienne. Devenu Tony Gatlif il retrouve Gérard Darmon plusieurs fois avec "Rue du départ" (1985) où se croisent un évadé de prison, une prostituée et une fugueuse avec aussi François Cluzet, Jean-Pierre Bacri et Gérard Depardieu, puis "Gaspard et Robinson" (1990 - ci-dessous) où une vieille dame jouée par Suzanne Flon rencontre deux copains joués par Darmon et Vincent Lindon qui retape une maison abandonnée sur une plage.

Le cinéaste écrit la plupart de ses scénarios et composent souvent sa propre musique de films. Et déjà le cinéaste se démarque par ses thématiques plutôt marginales autour des laissés pour compte, des démunis, des minorités avec un attachement profond pour l'univers gitan et tzigane

 

Parmi ses films les plus connus ou les plus remarqués citons "Latcho Drom" (1993), un film sélectionné à Un Certain regard au festival de Cannes 1993, un film en huit parties se situant chacun dans un pays différent pour explorer un périple autour des Roms à travers leur musique et les danses ou "Mondo" (1995) sur un orphelin qui survit seul à Nice, 

Son premier grand succès (à son niveau, son cinéma reste un cinéma de niche et assez confidentiel) soit plus de 380000 entrées France et environ 3,7 millions de dollars au box-Office mondial et c'est avec "Gadjo Dilo" (1997 - ci-dessous) qui suit un jeune français qui parcourt la Roumanie, emmené par Romain Duris alors en pleine ascension et Rona Hartner, le film reçoit le César 1999 de la meilleure musique et est salué au Festival de Locarno 1997 avec le Léopard d'Argent du meilleur film et le Léopard de Bronze de la meilleure interprétation féminine pour Rona Hartner. Le réalisateur retrouve aussitôt après Romain Duris et Rona Hartner pour "Je suis né d'une Cigogne" (1998) pour une fable moderne.  

Citons ensuite "Vengo" (2000) un drame policier dans le monde gitan, "Swing" (2001) où le jeune Max suit une jeune manouche qui lui fait découvrir sa communauté jusqu'au jour où sa condition de jeune écolier Gadjo le rattrape, puis il retrouve Romain Duris pour "Exils" (2004 - ci-dessous) où il propose à sa compagne jouée par Lubna Azabal de rejoindre Alger via l'Espagne à la recherche de leur racine.

Le cinéaste est un globetrotter et change de région mais toujours parmi les communautés des gens du voyage avec "Transylvania" (2006) avec Asia Argento et Amira Casar, revient en France en 1943 avec "Liberté" (2010 - ci-dessous) où une famille tzigane revient dans un village pendant les vendanges mais à une époque où Vichy interdit tout vagabondage et errance, avec Marc Lavoine, Marie-Josée Croze et James Thierrée (petit-fils d'une certain Charles Chaplin).

Il signe aussi le titre évocateur "Geronimo" (2014) avec Céline Sallette dans le rôle titre, soit une éducatrice spécialisée respectée qui va soudain connaître de plus grande difficulté en voulant aider une ado de 16 ans qui refuse un mariage forcée, puis il repart en voyage avec "Djam" (2017) avec Daphné Patakia et Simon Abkarian, une jeune grecque est envoyée à Istanbul où elle va rencontrer une française un peu paumée.

Ses deux derniers films sont "Tom Medina" (2021 - ci-dessous sur le tournage en Camargue) avec le jeune David Murgia démarque en Camargue et rencontre un homme au grand coeur et une jeune maman séparée de sa fille, puis enfin "Ange" (2025) avec Arthur H, Maria de Medeiros ou Mathieu Amalric, où Ange, un voyageur solitaire découvre une jeune fugueuse dans le coffre de son van.

Réalisateur-scénariste, parfois producteur, souvent monteur compositeur, Tony Gatlif a fait aussi l'acteur de temps à autre comme dans "La Rage au Poing" (1975) de Eric Le Hung dont il est le co-scénariste, dans "L'Agression" (1975) de Gérard Pirès, "Havre" (1984) de Juliet Berto ou encore "laisse tes Mains sur mes Hanches" (2002) de et avec Chantal Lauby.

Le cinéma de Tony Gatlif est sur concentré sur les communautés Roms, tziganes et gitanes mais avec toujours une omniprésence essentielles de la musique. Il déclare ainsi que la musique "est le ciment qui rattache les humains", ajoutant que la musique est comme "cette liberté qui donne le souffle de faire ses films, le souffle d'aller à la rencontre des autres dans le monde." Il signe donc plusieurs B.O. de ses films et parfois en collaboration avec d'autres artistes.

 

Le cinéaste n'est pas une réalisateur à grand succès ou grand public, son cinéma d'auteur Art et Essai a néanmoins ses fidèles et sa singularité lui laisse une place assez unique dans le cinéma français. Malgré ses origines et son amour pour certaines communautés Tony Gatlif a pourtant toujours refusé d'être attaché à une seule communauté se définissant lui-même comme "méditerranéen".

 

Tony Gatlif est mort ce mercredi 02 septembre 2026 à Arles à l'âge de 77 ans.

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