La Frappe (2026) de Julien Gaspar-Oliveri
A ne pas confondre avec "La Frappe" (2010)à de Yoon Sung-Hyun... Premier long métrage du français Julien Gaspar-Oliveri après plusieurs courts-métrages et la série TV "Ceux qui Rougissent" (2024-...). Depuis longtemps le cinéaste désirait aborder l'inceste mais avec une certaine appréhension sur la question du père avant d'avoir un déclic lors du fameux confinement en 2020 : "Une nuit en plein confinement, j'écris une scène dans laquelle le personnage va chercher cet amour-là auprès de son père... Je ne pouvais plus éviter le père. Le film est né de ce refus de l'évitement." Si le sujet est à l'évidence autobiographique il serait pourtant bel et bien fictionnel (nuance ?!). Réalisateur-scénariste, Julien Gaspar-Oliveri co-écrit son scénario avec Claudia Bottino qui a signé auparavant le film "Notre Eté" (2021) de Massimiliano Camaiti, en collaboration aussi avec Dorothée Lachaud qui a travaillé sur la série TV animée "Les Cahiers d'Esther" (2018-2020) ou "la série TV "Patience mon Amour" (2021-...)...
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Enzo 19 ans, et sa soeur Carla 20 ans, sont livrés à eux-mêmes depuis plusieurs années. Quant leur père, Anthony est libéré de prison, Enzo voit la promesse fragile d'une famille à reconstruire contrairement à Carla pour qui l'idée reste inconcevable. Rattrapé par son passé Enzo doit se confronter à une vérité qu'il a trop longtemps gardée pour lui... La fratrie est jouée par Romane Fringeli dans son premier rôle, puis Diego Murgia vu dans "Dalva" (2022) de Emmanuelle Nicot, "Les Trois Fantastiques" (2023) de Michael Dichter ou "Sans Pitié" (2026) de Julien Hosmalin, tandis que leur père est incarné par Bastien Bouillon, omniprésent avec pas moins d'une dizaine de films en deux années entre "Le Comte de Monte Cristo" (2024) de Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière et "L'Affaire Bojarski" (2026) de Jean-Paul Salomé en passant par "Partir un Jour" (2025) de Amélie Bonnin ou "A Pied d'Oeuvre" (2025) de Valérie Donzelli. Citons ensuite Héloïse Volle aperçue dans "Les Filles du Ciel" (2026) de Bérangère McNeese, Karol Olejnik essentiellement aperçue dans des courts métrages ou à la télévision, Sophie Cattani vue dans "Tomboy" (2011) de Céline Sciamma, "Augustine" (2012) de Alice Winocour, "Playlist" (2021) de Nine Antico ou "Novembre" (2022) de Cédric Jimenez, Florence Janas apparue dans "Jusqu'à la Garde" (2017) de Xavier Legrand, "Titane" (2021) de Julia Ducournau ou "Une Jeune Fille qui va Bien" (2022) de Sandrine Kiberlain, puis Manon Clavel vue dans "La Vérité" (2019) de Hirokazu Kore-Eda, "Kika" (2025) de Alexe Poukine ou "Le Répondeur" (2026) de Fabienne Godet... Deux jeunes adultes, une frère et une soeur, proches et heureux à l'instant où débute le film voient leur destin basculer quand revient leur père après cinq années de prison. Dans un premier temps, au vu du speech, on se dit qu'il a été condamné pour ce secret enfoui mais pas du tout, la prison n'est donc ni salvateur ni déclencheur de quoi que ce soit et encore moins d'une remise en question éventuelle du père. Si rien n'est jamais dit, déclaré ou divulgué tout est pourtant clair et compréhensif confirmé surtout par ce conflit frère-soeur sur comment agir ou réagir au retour du père indigne. Le frère, Enzo/Murgia ferme clairement les yeux et est ravi de revoir son père, la soeur aînée, semble plus mature et ne pardonne pas. Le retour est fait de non-dits de silences, et d'un certain malaise souvent où le rire nerveux permet de passer à autre chose et de taire l'impensable, à refouler des souvenirs qu'on veut oublier. Le frère semble oublier facilement et pardonner, la soeur refoule mais prend sur elle pour aider ou surtout ne pas entrer en conflit avec son frère mais ne crée aucun lien avec son père.
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Dès les premiers plans, on constate l'insistance du réalisateur sur les corps endormis de la fratrie, à la fois montrant leur complicité et intimité et en se focalisant sur de très gros plans, sur la peau, puis ensuite sur les visages marquées par les émotions difficilement cachées et dont les silences ou les regards en racontent à la fois trop et pas assez. Mais finalement le plus intéressant reste le père Anthony/Bouillon, un homme tout aussi mutique et secret, qui semble complètement occulté son passé mais qui doit aussi surtout à un choix de casting aussi audacieux et judicieux avec l'acteur Bastien Bouillon en contre-emploi, lui qu'on a surtout l'habitude de voir dans des rôles sympathiques et/ou à fort capital empathique. Le contraste est fort et évident, comment montrer que les agresseurs sont souvent des personnes "sympas" au-dessus de tout soupçon. C'est le gros points fort du film, l'acteur permet des nuances jamais insignifiantes face à des enfants pris au piège de leurs émotions et beaucoup moins maîtres de leurs actions-réactions. Le réalisateur mise sur une mise en scène directe et sans concession, sur les corps comme sur les effets psychologiques, dans un style très naturaliste qui n'est pas toujours convaincante pour autant, surtout parce que les deux jeunes acteurs ne sont pas toujours très justes, Enzo/Murgia surjoue parfois ou plutôt voyons dans son côté immature un syndrome post-traumatique, et ce même si le rebondissement violent de la fin reste un peu "hors contrôle" ou "hors norme". Le personnage de Enzo reste un gamin qu'on a trop envie de secouer, à différents niveaux, et donc sa savoir si cela aurait un rapport avec le sujet. Néanmoins, le film est pertinent, plein d'acuité, juste qui reste comme un témoignage malheureusement sans doute trop commun. A conseiller.
Note :
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