Fjord (2026) de Cristian Mungiu

par Selenie  -  2 Septembre 2026, 13:49  -  #Critiques de films

Après des films comme "Au-Delà des Collines" (2012) ou "R.M.N." (2022), le plus fameux cinéaste du cinéma roumain Cristian Mungiu revient avec son premier long métrage en langue étrangère (non roumaine) pour un drame que lui a inspiré la polarisation des opinions dans notre société. Pour cela il s'est inspiré de plusieurs affaires qui ont alimenté des débats publics autour de l'éducation, des valeurs familiales et qui ont entraînés un face à face entre visions "traditionnelles" et "progressistes". Le réalisateur-scénariste précise : "En un sens, nos opinions personnelles se sont radicalisées et ont fini par donner lieu à des regards diamétralement opposés sur la société et par favoriser la résurgence des extrêmes dans la vie publique. (...) J'aurais l'impression d'avoir échoué si Fjord ne faisait que confirmer au spectateur les idées qu'il avait avant de voir le film." Le film a été présenté au Festival de Cannes 2026 où il a reçu les prix FIPRESCI (décerné par la presse internationale), prix du Jury oecuménique et surtout la Palme d'Or, ce qui fait que le réalisateur entre dans le cercle fermé des doubles Palme d'Or avec sa première pour "4 Mois, 3 Semaines, 2 Jours" (2007)... Les Gheorgiu, couple roumano-norvégien très pieux, ont quitté la Roumanie et s'installent en Norvège où ils se lient d'amitié avec leurs voisins, les Halberg. Les enfants deviennent des amis très proches malgré deux éducations diamétralement opposées. Lorsque le corps enseignant découvre des ecchymoses sur le corps de Elia, l'aînée des Gheorghiu, la communauté commence à s'interroger sur l'éducation "traditionnelle" des Georghiu... 

Le couple Gheorghiu est incarné par Sebastian Stan, américain d'origine roumaine qui a bien évolué depuis ses débuts discrets dans "71 Fragments d'une Chronologie du Hasard" (1995) de Michael Haneke, surtout connu comme le Soldat de l'Hiver chez Marvel dans une dizaine de films depuis "Captain America : First Avenger" (2011) de Joe Johnston mais vu aussi dans "Moi Tonya" (2017) de Craig Gillepsie ou "The Apprentice" (2024) de Ali Abbasi, et retrouve donc après "A Different Man" (2024) de Aaron Schimberg sa partenaire Renate Reinsve actrice fétiche de Joachim Trier avec "Oslo, 31 Août" (2011), "Julie (en 12 Chapitres)" (2021) et "Valeur Sentimentale" (2025) et vue récemment dans "Backrooms" (2026) de Kane Parsons, et qui retrouve après "La Convocation" (2024) de Halfdan Ullmann Tondel l'actrice Ellen Dornit Petersen vue entre autre dans "Shelley" (2016) de Ali Abbasi, "Thelma" (2017) de Joachim Trier ou "The Innocents" (2021) de Eskil Vogt. Citons ensuite Lisa Carlehed vue dans "Les Enquêtes du Departement V : l'Effet Papillon" (2021) de Martin Zandvliet, "Les Enquêtes du Departement V : Promesse" (2024) de Ole Christian Madsen ou "Munch" (2023) de Henrik Martin Dahlsbakken, Lisa Loven Kongsli vue dans "Snow Therapy" (2014) de Ruben Östlund, "Wonder Woman" (2017) de Patty Jenkins, "Une Affaire de Principe" (2024) de Antoine Raimbault ou "La Disparue de la Cabine 10" (2025) de Simon Stone, Christian Rubeck surtout vu chez Tommy Wirkola avec "Hansel et Gretel : Witch Hunters" (2013), "Seven Sisters" (2017) et "The Trip" (2021), puis Adrian Titieni remarqué dans "Illégitime" (2016) de Adrian Sitaru ou "Baccalauréat" (2016) de Adrian Mungiu qu'il retrouve donc, et vu récemment dans "Trois Kilomètres jusqu'à la Fin du Monde" (2024) de Emanuel Parvu... Un film qui semble faire consensus, étonnamment sur un sujet pourtant très clivant. Ainsi sur des soupçons de violences intra-familiales une machine judiciaire spécifique (a priori norvégienne) se met en branle pour broyer une famille qui ne comprend pas grand chose à ce qui lui arrive. D'emblée on remarque surtout le manichéïsme du film, qui prend deux extrêmes pour matérialiser son récit, un peu facile donc et toujours problématique. D'un côté donc le système hyper protectionniste de la Norvège (rappelons le pays le mieux classé dans les divers tops mondiaux) et qui est représenté par des femmes particulièrement zélées de surcroît, et de l'autre une famille chrétienne ultra orthodoxe dont le père est montré particulièrement antipathique. Le premier constat est donc d'accentuer les deux visions, de pousser les curseurs d'un côté comme de l'autre. Les femmes de l'Aide à l'Enfance sont comme des robots sans discernement, froides et même sans humanité suivant leurs fiches avec les cases où mettre les individus, puis il y a le père, d'une austérité digne d'un secte, mutique et même hautain sur de sa foi, sans compter le prosélytisme insidieux des parents.

Le premier soucis reste donc l'émotion, qui nous touche jamais, plutôt outré par la charge aveugle de l'Aide à l'Enfance puis par le prosélytisme et l'autorité d'un autre temps des parents. Le réalisateur choisit une mise en scène tout aussi austère et froide, collant ainsi à la famille orthodoxe mais qui dans le même temps montre un système et une société norvégienne qui le serait tout autant, "gelée" par l'Arctique sans doute (?!). Tout est donc trop froid, trop austère, sans vie aussi bien sur le fond que sur la forme, on ressent d'autant plus une durée de 2h35 peu justifiée. Quelques plans ou passages laissent perplexes... ATTENTION SPOILERS !... deux plans fixes gratuits sur deux défunts nus en attente de soins mortuaires, ou cette recherche du grand-père dans des bois qui sont pourtant impraticables pour lui, un vieux monsieur en fauteuil roulant... FIN SPOILERS !... Néanmoins, le film interroge sur notre société, notre rapport à l'éducation, de la responsabilité-culpabilité des parents, l'importance qu'on donne ou doit donné à la "culture", la place de la religion... etc... Que des thématiques pertinentes, aussi passionnantes qu'épineuses. Les acteurs sont excellents, le couple Stan-Reinsve est épatant, forment un couple orthodoxe des plus effrayants finalement mais est-ce que cet angle était bien judicieux ?! Idem du côté système norvégien, ce côté très "droit dans ses bottes" qui fait presque "nazillon propre" n'est-il pas légèrement caricatural ?! Un film intelligent dans les grandes lignes et les actions-interactions entre les personnages, mais auquel il manque un minimum de nuances et de subtilités pour convaincre pleinement.

 

Note :                 

13/20
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