Une Jeune Fille qui va Bien (2022) de Sandrine Kiberlain

par Selenie  -  27 Janvier 2022, 12:44  -  #Critiques de films

Surtout connue comme actrice comme dans les récents "Les Deux Alfred" (2021) de et avec Bruno Podalydès et "On est Fait pour être Ensemble" (2021) de et avec Pascal Elbé, voici le premier long métrage en tant que réalisatrice de Sandrine Kiberlain. Dès 2017, l'actrice a annoncé qu'elle préparait son premier long métrage, juste après son court "Bonne Figue" (2016), tout en précisant qu'elle avait son histoire en tête depuis 2010. Notons que son projet est produit entre autre par producteur Olivier Delbosc qui débute donc 2022 en trombe avec aussi les très bons "En Attendant Bojangles" (2022) de Régis Roinsard et "Ouistreham" (2022) de Emmanuel Carrière... Été 1942, Irène est une jeune femme juive de 19 ans insouciante et heureuse. Elle rêve de devenir actrice et vit sa jeunesse avec bonheur alors que, pourtant, de nouvelles règles, de nouvelles lois commencent à influencer le quotidien de sa famille, et bientôt elle devra comprendre que son insouciance ne peut être éternelle... 

La jeune Irène est incarnée par Rebecca Marder vue récemment dans "Tromperie" (2022) de Arnaud Deplechin mais surtout vue dans "Seize Printemps" (2021) de et avec Suzanne Lindon qui n'est autre que la fille de Sandrine Bonnaire qui signait là également son premier film en tant que réalisatrice, tandis que Rebecca Marder est bientôt à l'affiche de "Simone, le Voyage du Siècle" (2022) de Olivier Dahan où elle incarne Simone Veil jeune. Son père est interprété par André Marcon particulièrement prolifique ces derniers mois avec "Le Bal des Folles" (2021) de Mélanie Laurent, "Boîte Noire" (2021) de Yann Gozlan et "Illusions Perdues" (2021) de Xavier Giannoli, la grand-mère est joué par Françoise Widhoff qui retrouve ainsi Rebecca Marder après "Seize Printemps", le frère est joué par Anthony Bajon vu récemment dans "Teddy" (2021) de Zoran et Ludovic Boukherma et "La Troisième Guerre" (2021) de Giovanni Aloi, il retrouve après "Maryline" (2017) de et avec Guillaume Gallienne sa partenaire Florence Viala qui était aussi dans "Seize Printemps", puis retrouve Sandrine Kiberlain après "Elle l'Adore" (2014) de Jeanne Herry, "Encore Heureux" (2015) de Benoît Graffin, "Mon Bébé" (2019) de Lisa Azuelos, citons India Hair vue dans "Le Trésor du Petit Nicolas" (2021) de Julien Rappeneau et "Mandibules" (2021) de Quentin Dupieux, Ben Attal, fils de Yvan et Charlotte Gainsbourg, qui joue là dans la premier film qui n'est pas de son père ayant joué dans les six films de Yvan Attal de "Ma Femme est une Actrice" (2001) au récent "Les Choses Humaines" (2021), puis Cyril Metzger vu dans "Chambre 212" (2019) de Christophe Honoré et "L'Evénement" (2021) de Audrey Diwan... Un film qui se déroule en 1942 en France annonce généralement une sorte de film de guerre, Occupation allemande oblige mais pour une fois la réalisatrice-scénariste Sandrine Kiberlain prend le tout à contre-pied et signe avant tout une chronique adolescente, certe dans un contexte politique spécial mais cela reste avant tout un pan de vie d'une adolescente qui est heureuse, insouciante, amoureuse et qui rêve de devenir actrice. On est donc plus proche d'un film comme "Le Monde de Charlie" (2013) de Stephen Chbosky voir même d'un "Marie-Antoinette" (2006) de Sofia Coppola plutôt que de films comme "Un Sac de Billes" (2017) de Christian Duguay. Pour commencer rappelons par contre que le film est historiquement peu fiable, en effet on est à Paris en 1942, et l'étoile jaune comme le tampon rouge est ordonné dès 1940 ! Faisons donc comme si on était en zone libre en 1941... 

La cinéaste a fait le choix judicieux de na pas montrer les signes de l'Occupation, pas de croix gammées ou d'uniformes de la Wermacht, on a l'impression de vivre dans une ville normale, avec une jeune femme qui ne pense qu'à ses rêves et à ses désirs et pour qui l'actualité n'est qu'une chose secondaire qui n'intéresse ou qui n'influe que le monde des adultes. Pourtant, les règlements nazis commencent à agir sur le quotidien de sa famille, ça commence par une inscription JUIF en rouge sur les papiers, une étoile jaune... encore que des détails pour l'adolescente. Rebecca Marder est une magnifique révélation, elle incarne une Irène gaie, innocente, une vraie bulle de champagne dont on devine qu'elle préfère fermer les yeux pour profiter du bonheur tant qu'il est là tandis que son père, tout aussi magnifiquement joué par André Marcon, préfère suivre la loi et se faire discret tout en tentant d'aider sa fille malgré elle. Les seconds rôles ne sont pas en reste, mention spéciale à India Hair en meilleure amie qui offre la scène ultime la plus bouleversante pour une fin un peu brusque mais si déchirante et si bien amenée. Sandrine Kiberlain construit son film comme une chronique joyeuse, enveloppée d'une musique enjouée, rythmée et moderne qui permet de ne pas engoncer son récit dans la tradition du "film de guerre", ce qui n'empêche d'y ajouter toute la subtilité nécessaire et logique au vu du contexte comme l'instauration des lois anti-juives, ou surtout la disparition non expliquée du meilleur ami. La cinéaste signe un premier film aussi intelligent que délicat, tendre et poignant sans jamais tombé dans la facilité. Malgré les approximations historiques, Sandrine Kiberlain signe un très beau et bon film, à voir et à conseiller.

 

Note :            

 

15/20
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