La Vie d'une Femme (2026) de Charline Bourgeois-Tacquet
Après une carrière d'actrice notamment vue dans "Floride" (2015) de Philippe Le Guay ou "Ouistreham" (2021) de Emmanuel Carrère, voici le second long métrage de Charline Bourgeois-Tacquet en tant que réalisatrice-scénariste après son très sympathique "Les Amours d'Anaïs" (2021). Pour ce nouveau projet elle a voulu dresser le portrait d'une femme d'âge mûr épanouie active et libre ce qui n'est pas si courant, en ayant en tête d'être dans le contraire des grandes dames sacrifiées de la littérature classique du Romantisme : "C'est une femme accomplie, qui s'est déployée sans renoncer à rien et sans rien devoir à personne. C'est l'anti-Anna Karénine !" La cinéaste a en quelque sorte effectuer la même démarche que son personnage, puisqu'à l'instar de la romancière du film elle a pu effectué un stage d'observation à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière sous la direction du docteur Chloé Bertolus (qui a justement l'âge du personnage principal du film) qui a été également conseillère technique pour certaines scènes. Le film est tout public... Gabrielle se consacre corps et âmes à son métier. Chirurgienne et cheffe de service dans un hôpital public, elle court et se démultiplie et finalement il lui reste peu de temps pour sa vie privée. Lorsqu'une romancière vient passer quelques semaines dans son service pour les besoins de son livre son équilibre vacille car dans le quotidien de Gabrielle il n'y a pas la place pour l'inattendu...
La romancière est jouée par Mélanie Thierry dans le 4ème film de l'année sur les six attendus, après "C'est quoi l'Amour ?" (2026) de Fabien Gorgeart, "La Femme de" (2026) de David Roux et "Morlaix" (2026) de Jaime Rosales, tandis que la médecin est incarnée par Léa Drucker vue récemment dans "Dossier 137" (2025) de Dominik Moll et "L'Intérêt d'Adam" (2026) de Laura Wandel où elle était déjà infirmière, puis retrouve après "Le Mélange des Genres" (2025) de Michel Leclerc sa partenaire Suzanne De Baecque vue dans "Victor comme tout le Monde" (2026) de Pascal Bonitzer et "Les Caprices de l'Enfant Roi" (2026) de Michel Leclerc, et retrouve également après "Les Eblouis" (2019) de Sarah Suco l'actrice Agathe Dronne vue dans "La Fille d'Albino Rodrigue" (2023) de Christine Dory et "Le Consentement" (2023) de Vanessa Filho. Citons ensuite Charles Berling devenu bien rare avec seulement 4 films en six années avec "Mascarade" (2022) de Nicolas Bedos, "Flo" (2023) de Géraldine Danon et "Une Affaire Turque" (2026) de Hüseyin Aydin Gürsoy, Laurent Capelluto vu dans "A l'Ancienne" (2024) de Hervé Mimran et qui retrouve Léa Drucker et le monde médical après "L'Intérêt d'Adam" (2026), Marie-Christine Barrault apparue dans "Maison de Retraite 2" (2024) de Claude Zidi Jr. et "L'Attachement" (2024) de Carine Tardieu, Bernard Blancan vu dans "Le Comte de Monte Cristo" (2024) de Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière et "Kika" (2025) de Alexe Poukine et retrouve après "Edmond" (2019) de Alexis Michalik sa partenaire Jeanne Arènes vue dernièrement dans "On Ira" (2025) de Enya Baroux et "Nouvelle Vague" (2025) de Richard Linklater, Léna Bréban apparue dans "Séraphine" (2007) de Martin Provost ou "Le Secret de Khéops" (2025) de Barbara Schulz, puis enfin Erri De Luca écrivain militant gauchiste italien qui était déjà apparue dans un film avec "L'Isola" (2003) de Costanza Quatriglio... Quand le film débute on nous montre d'emblée l'essentiel qui semble définir la doctoresse Gabrielle/Drucker, à savoir une femme mature et indépendante qui est partout à la fois et toujours dans l'urgence. On se dit que c'est surtout caricatural, jamais on ne croira qu'une femme ou pas, docteur ou pas soit tant à 100 à l'heure pour tous et tout le monde en s'oubliant presque. Mais heureusement très vite, la réalisatrice tempère cette sensation, elle reste très occupée mais plusieurs petits passages montrent qu'elle sait aussi prendre son temps, comme avec son mari, son beau-fils, un resto, un adultère même... etc... Le film est scindé en plusieurs chapitres, ce qui s'avère judicieux quand on comprend que le speech qui nous est vendu est en fait très réducteur. En effet, la rencontre entre la chirurgienne Gabrielle/Drucker et la romancière Frida/Thierry n'est pas vraiment le fond de l'histoire mais juste un des paramètres ou une des parties de la vie de Gabrielle parmi tant d'autres.
En effet, la femme docteur fait face évidemment à ses missions professionnelles qui restent la ligne directrice de l'histoire, mais à chaque chapitre Gabrielle/Drucker doit faire face à un nouveau défi, outre la romancière, il y a son beau-fils étudient en médecine, sa relation avec son collègue et meilleur ami, sa maman atteinte d'Alzheimer... etc... Chaque chapitre est littéralement un segment de la vie de Gabrielle, chaque segment est vraiment une merveille d'écriture même si on peut s'interroger sur la nécessité de certaines scènes... ATTENTION SPOILERS !... Le chapitre montagne offre de magnifiques plans mais reste le moins abouti avec la rencontre avec un italien qui ne sert strictement à rien mais qui ouvre justement la première scène de sexe, joliment filmée et pas trop longue, mais une relation lesbienne trop évidente et qui aurait peut-être gagné à rester platonique, ou au moins plus suggérée ou effleurée surtout que ça aurait donné du poids au chapitre 5... FIN SPOILERS !... Le chapitre 5 "Non" est sans doute le plus beau, le plus fascinant avec la première approche physique entre Gabrielle/Drucker et Frida/Thierry lors d'un spectacle de danse unique, créatif, beau et fascinant. Les passages à émotions ne tombent jamais dans le pathos ou la mièvrerie, grâce aussi à une écriture digne et nuancée autour de Gabrielle/Drucker qui s'assume toujours même dans ses moments de faiblesse dont une dispute marquante et cruciale. Tous les acteurs sont impeccables, investis et justes et même subtils, dont Charles Berling en époux un peu trop compréhensif peut-être (?!) ou une maman Alzheimer incarnée avec grâce et malice par Marie-Christine Barrault, puis évidemment les deux principales actrices, Mélanie Thierry en artiste littéraire tout aussi libre et indépendante que Léa Drucker qui se confronte ainsi à une autre version de femme forte qui s'assume tout aussi bien qu'elle. Charline Bourgeois-Tacquet signe un portrait de femme moderne, actuelle et contemporaine forte, belle et libre dont on aime le scénari, la construction narrative, mais aussi la beauté de certaines passages, qui n'oublie pas la beauté et l'émotion derrière un métier et un milieu autant sujet à la force d'une vocation qu'au fantasme d'un statut privilégié. Un film à voir et à conseiller.
Note :
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