Salvation (2026) de Emin Alper

par Selenie  -  10 Septembre 2026, 07:41  -  #Critiques de films

Cinquième long métrage depuis "Derrière la Colline" (2012) et après son dernier en date "Burning Days" (2022) pour le turc Emin Alper qui s'est inspiré d'un drame survenu en 2009 dans un village kurde dans le sud-est de la Turquie, où un groupe de gardiens de village a massacré 44 personnes lors d'une cérémonie de mariage : "Je voulais simplement prendre cet événement comme point de départ et construire une sorte de laboratoire psychologique dans lequel je pourrais observer comment la peur, la paranoïa et les luttes de pouvoir peuvent conduire une petite communauté au bord de la folie." Réalisateur-scénariste, Emin Alper signe une co-production internationale turco-hollando-greco-suédo-saoudo-française qui a d'ores et déjà remporté l'Ours d'Argent du Grand Prix du Jury au Festival de Berlin 2026. Le film est interdit au moins de 12 ans... 

Depuis longtemps deux villages turcs vivent séparément, l'un à flanc de montagne, l'autre dans la plaine. Mais quand les habitants du bas décident de revenir sur leurs terres des montagnes des conflits ancestraux ressurgissent. Progressivement les conflits s'exacerbent et mettent en périlla fragile cohabitation qui régnait jusque là... Au casting citons Caner Cindoruk vu dans les films "La Saison des Rhinocéros" (2012) de Bahman Ghobadi ou "Hayat" (2024) de Zeki Demirkubuz et qui retrouve après la série TV "Une Femme" (2017-2019) son partenaire Feyyaz Duman vu dans "My Sweet Pepper Land" (2013) de Hiner Saleem, "Les Chants de ma Mère" (2014) de Erol Mintas ou "Zagros" (2017) de Sahim Omar Kalifa, Berkay Ates  qui retruove son réalisateur Emin Alper après "Abluka : Suspicions" (2015) et vu récemment dans "Nuit Noire en Anatolie" (2024) de Özcan Alper, Naz Göktan surtout apparus à la télévision dont les séries TV dont "Dogdugun Ev Kaderindir" (2019-2021) ou "Tuzak" (2022-2023), Özlem Tas apparu dans le film "Findiklar Kirilirken" (2018) de Tolgay Hiçylmaz, Eren Demir aperçu dans les films "Monde Mortel 2" (2023) de Ali Atay ou "Bizim Köylü" (2024) de Gun Dago Sari, Selim Akgül vu dans "Welcome" (2009) de Philippe Lioret, le dyptique "Incir Reçeli" (2011-2014) de Aytac Agirlar et "Osman Pazrlama" (2016) de Togan Gökbacar, puis Nazmi Karaman vu dans les films "Bahoz" (2008) de Kazim Öz, "Köpek" (2015) de Esen Isik ou "Hêvî" (2024) de Ohran Ince... Souvent les histoires de rivalités reposent sur un duel à deux ou des familles, quelques individus tout au plus sur des questions d'héritages et/ou sociétaux, pour des histoires de vendettas passées ou de territoires mal définies mais cette fois il s'agit de deux villages entiers, et pas questions de riches ou de pauvres mais d'un mode de vie en danger et d'un contrat tacite entre deux communautés  qui est soudain remis en cause. Ainsi, un village du bas a été déserté durant un certain temps par des villageois devenus marchands à la ville, en échange le village du haut a pu investir les champs tandis qu'ils sont devenus une milice anti-terroristes pour soutenir les efforts de l'Etat dans le domaine. Quand ceux d'ne bas reviennent pour reprendre possession de leur maison et de leurs champs rien ne va plus...

Pendant la première partie on cherche à comprendre les tenants et aboutissants, les causes et conséquences du passé et les raisons du retour, puis on constate que seul le village du haut intéresse le réalisateur. Les habitants du haut sont menés par Cheikh qui semblent ne pas agir et réagir de façon assez efficace pour ses villageois qui sont tous très croyants, mais aussi très superstitieux ce qui va amener à une paranoïa dangereuse et des rêves évocateurs tout aussi pernicieux. Plusieurs passages montrent une communauté soudés mais dont les prières ou les mouvements collectifs font penser à une secte en marge avec un cheikh gourou tandis qu'on apprend pas grand chose des villageois du bas. Il y a un côté fantastique qui se sert de ce qu'on pourrait appeler une dérive mystico-religieuse qu'on attendait pas forcément, le conflit rural aurait pu être justement plus terre à terre. C'est d'ailleurs un point loin d'être négligeable puisque le réalisateur a dû faire face à à une vive polémique en Turquie où les médias kurdes et de gauche ont vilipendé une vision stéréotypée voir mensongère des us et coutumes kurdes, surtout dangereusement mensongère et réductrice. Une critique qui fait son effet puisqu'ils viennent de médias qui sont d'habitudes des soutiens du réalisateur Emin Alper... Néanmoins, le film est assez imparable sur la mécanique de la haine, amenant à la violence aveugle et fanatique que seul les religions apportent par le poison d'une foi incontrôlable et incontrôlée. Les acteurs sont investis, et même habités, on pense surtout à l'impressionnant Caner Cindoruk alias Mesut, le frère séditieux. Le plus décevant pourtant n'est pas cette vision de la religion fanatisée mais que jamais on apprend à connaître les villageois du bas. Malgré tout Emin Alper signe un nouveau thriller psycho-sociétal prenant, sous tension, effrayant même avec une toute fin maline et bien amenée. Un bon moment.

 

Note :          

14/20
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