La Mauvaise Education (2004) de Pedro Almodovar
Chef de file du cinéma espagnol avec de grands succès comme "Dans les Ténèbres" (1983), "La Loi du Désir" (1987), "Talons Aiguilles" (1991), "En Chair et en Os" (1997) ou "Parle avec Elle" (2002), Pedro Almodovar offre peut-être avec ce film un de ses films les plus intimes comme il l'explique lui-même : "La Mauvaise Education est un film très intime mais pas exactement autobiographique, je veux dire que je ne raconte pas ma vie au collège ni ce que j'ai appris pendant les premières années de la "movida", bien que ce soit les deux périodes durant lesquelles se déroule l'intrigue (en 1964 et en 1980, avec une incursion en 1977). Il est certain que mes souvenirs ont été importants au moment de l'écriture du scénario, puisque j'ai vécu dans les lieux et les époques où se passe l'intrigue." Comme toujours, le cinéaste collabore avec son producteur et frère Agustin Almodovar. Le film est interdit au moins de 12 ans en France lors de sa sortie en salles, mais au moins de 16 ans à la télévision... Madrid 1980, Enrique Goded, réalisateur à succès, reçoit la visite d'un homme qui se présente à lui comme Ignacio Rodriguez. 20 ans auparavant, Ignacio et Enrique ont grandi ensemble dans une école religieuse où ils ont connus leurs premiers émois sexuels mais aussi les sévices du père Manolo. Ignacio propose à Enrique d'adapter son scénario justement inspiré en partie de leur adolescence...
/image%2F0935117%2F20260618%2Fob_071b59_3809115.jpg)
Ignacio (et pas que...) est incarné par Gael Garcia Bernal alors en pleine apogée après "Amours Chiennes" (2000) de Alejandro Gonzales Inarritu, "Y tu Mama Tambien" (2001) de Alfonso Cuaron, "Sans Nouvelles de Dieu" (2001) de Agustin Diaz Yanes et "Carnets de Voyage" (2004) de Walter Salles, tandis que Enrique est joué par Fele Martinez remarqué dans "Tesis" (1996) et "Ouvre les Yeux" (1997) tous deux de Alejandro Amenabar et qui retrouve Almodovar entre "Parle avec Elle" (2002) et "Etreintes Brisées" (2010), pour ce dernier à l'instar de Lluis Homar vu auparavant dans "Mécaniques Célestes" (1993) de Fina Torres ou "Reinas" (2004) de Manuel Gomez Pereira, puis citons Daniel Gimenez Cacho vu dans "Cabeza de Vaca" (1991) de Nicolas Echevarria, "Cronos" (1993) de Guillermo Del Toro et plus tard "La Zona, Propriété Privée" (2007) de Rodrigo Plà ou "Blancanieves" (2012) de Pablo Berger. Citons encore Francisco Boira vu plus tard dans "Le Témoin du mal" (2017) de Elio Quiroga ou "Ma Solitude a des Ailes" (2024) de Mario Casas, Nacho Perez apparu dans "Ausentes" (2005) de Daniel Calparsoro ou "Vacances à la Grecque" (2009) de Daniel Petrie, Petra Martinez vu dans "La Nuit des Tournesols" (2006) de Jorge Sanchez-Cabezudo, "Malveillance" (2011) de Jaume Balaguero ou "Fermer les Yeux" (2023) de Victor Erice, Javier Camara qui retrouvera Almodovar dans "Les Amants Passagers" (2013) mais qui retrouve aussi le cinéaste après "Parle avec Elle" (2002) ainsi qu'avec "Lucia et le Sexe" (2001) de Julio Medem son partenaire Juan Fernandez Mejias connu plus tard pour la série TV "La Casa de Papel" (2017-2020), Alberto Ferreiro apparu dans "Soldado de Salamina" (2003) et "Madrid 1987" (2011) tous deux de David Trueba, puis enfin Paco Maestre remarqué dans "L'Echine du Diable" (2002) de Guillermo del Toro puis acteur fétiche de Alex de La Iglesia notamment dans "Le Jour de la Bête" (1997) et "Action Mutante" (2014)... Notons que le B.O. est signée de Alberto Iglesias compositeur fidèle de Almodovar depuis "La Fleur de mon Secret" (1995)... Comme annoncé par Almodovar le récit est raconté sur trois périodes, 1964 où Enrique et Ignacio sont de jeunes adolescents d'une douzaine d'années qui sont sous l'autorité d'un prêtre pédophile, 1977 quand Ignacio revoit le père Manolo, puis début des années 80 pour le dénouement. La période 1964 montre surtout les origines d'un trauma sur un sujet encore tabou, mais aussi l'amitié profonde et intime entre deux ados.
1977 est la rencontre charnière qui poser les jalons pour une mise en abyme qu'on ne voit pas venir dans toute son ampleur. 1980 va à la fois être finalement le départ de l'intrigue qui va dévoiler un autre passé, qui va surtout nous raconter enfin qui est et était vraiment Ignacio. Almodovar signe une histoire qui est à la fois singulière et universelle, étonnamment sans personnage féminin (chose rare dans le cinéma de Almodovar !) mais explore de façon plus large le prisme de l'homosexualité et ses nuances (trans, bi, travestissement...). Il aborde donc la pédophilie, revient au processus de mise en abyme avec une conclusion magnifiquement amenée (une des plus belles de Almodovar), instille la question de la vengeance dans une intrigue complexe mais passionnante. Parmi les atouts on peut aussi citer les costumes magnifiques dont certains signés d'un certain Jean-Paul Gaultier, parmi les points plus discutables on revient au doublage vocal où les voix chantées ne correspondent pas du tout et pas assez à la voix parlée du personnage, puis cette idée saugrenue de changer d'acteur pour Manolo (de Gimenez Cacho à Homar ?!). Almodovar signe un de ses meilleurs films, un drame étonnamment sobre et subtil.
Note :
![]()
![]()
![]()
/file%2F0935117%2F20241022%2Fob_cfab59_bf982c02ee39e172a259a3face755554.webp)