L'Etrangère (2026) de Gaya Jiji

par Selenie  -  25 Juin 2026, 11:22  -  #Critiques de films

Titre qui renvoie à de nombreux films précédents, donc surtout à ne pas confondre surtout avec "L'Etrangère" (2010) de Feo Aladag... Il s'agit du second long métrage de la syrienne vivant à Paris, Gaya Jiji après son remarqué "Mon Tissu Préféré" (2018). Pour ce projet la cinéaste s'est nourrie de sa propre histoire d'exil et dit avoir travaillé durant sept ans sur cette histoire en partie autobiographique notamment sur toute la partie du parcours administratif et du déracinement. Réalisatrice-scénariste elle co-écrit son scénario avec Sarah Angelini dont c'est le premier scénario de cinéma, Agnès Feuvre scénariste sur des films comme "La Fracture" (2021) de Catherine Corisini, "L"Attachement" (2024) de Carine Tardieu ou "Derrière les Palmiers" (2025) de Meryem Benm'Barek, puis enfin avec Mehdi Ben Attia qui a signé ses films "Le Fil" (2009), "Je ne suis pas Mort" (2012) et "L'Amour des Hommes" (2017)... Selma a fuit la Syrie en laissant un fils de six ans et un mari disparu dans les geôles du régime. Arrivée à Bordeaux après un périple difficile, elle enchaîne les heures de travail tout en menant un combat contre la machine administrative pour obtenir le droit d'asile et faire venir son fils Rami. Elle fait la connaissance d'un avocat, Jérôme qui l'aide dans ses démarches mais bientôt leur liaison va tout compliquer... 

Selma est incarnée par l'iranienne Zar Amir Ebrahimi vue notamment dans "Les Nuits de Mashhad" (2022) de Ali Abbasi, "Les Survivants" (2022) de Guillaume Renusson, "Lire Lolita à Téhéran" (2024) de Eran Riklis ou "L'Effacement" (2025) de Karim Moussaoui. L'avocat est joué par Alexis Manenti vu dans "Le Mohican" (2024) de Frédéric Farrucci, "Le Dossier Maldoror" (2025) de Fabrice Du Welz ou "Ad Vitam" (2025) de Rodolphe Lauga, tandis que l'époux est joué par l'égyptien Amr Waked remarqué dans "Syriana" (2005) de Stephen Gaghan, "Colt 45" (2013) de Fabrice Du Welz, "Le Jeu de la Reine" (2023) de Karim Aïnouz ou "Les Aigles de la République" (2025) de Tarik Saleh, puis retrouve après "Urchin" (2025) de Harris Dickinson sa partenaire Megan Northam vue dans "Robuste" (2020) de Constance Meyer, "Les Passagers de la Nuit" (2022) de Mikhaël Hers ou "Rabia" (2024) de Mareike Engelhardt. Citons ensuite Grégoire Monsaingeon aperçu dans "La Passagère" (2022) de Héloïse Pelloquet, "Niki" (2024) de Céline Sallette ou "La Guerre des Prix" (2026) de Anthony Dechaux, Maryne Bertieaux apparue dans "Illusions Perdues" (2021) de Xavier Giannoli, "Sentinelle Sud" (2022) de Mathieu Gerault ou "Haut les Mains" (2025) de Julie Manoukian, Amélie Prevot aperçue dans "Grâce à Dieu" (2019) de François Ozon, "Jumeaux mais pas Trop" (2022) de Olivier Ducray et Wilfried Meance, "Un Homme Heureux" (2023) de Tristan Séguéla ou "T'as pas Changé" (2025) de et avec Jérôme Commandeur, puis enfin Saad Lostan qui rerouve sa réalisatrice après "Mon Tissu Préféré" (2018) et vu ensuite dans "L'Homme qui a a vendu sa Peau" (2022) de Kaouther Ben Hania... Une syrienne arrive en France, et commence alors tout le processus pour obtenir ses papiers réglementaires, et elle obtient l'aide d'un avocat, comme de par hasard aurait-on envie de dire. Mais en fait le parcours de sans-papiers déjà maintes fois abordé au cinéma et toujours sous le même angle démago et politiquement correct n'est ici que secondaire, d'où un périple résumé en 3-4mn et une obtention des papiers finalement assez simple. Non ce qui intéresse ici c'est avant tout la relation entre l'avocat Jérôme/Manenti et Selma/Amir Ebrahimi qui évolue en liaison amoureuse avant de finir un triangle amoureux.

C'est cette évolution qui interroge beaucoup, émeut aussi, et qui soudain font des sentiments des nuances multiples dont on ne sait finalement rien. En effet, il existe une position sociale qui nous pousse évidemment à nous dire que l'avocat profite de la situation comme Selma par ailleurs mais ce n'est pas si simple et c'est là aussi que certains passages, certains plans nous poussent à juger... ATTENTION SPOILERS !... Quand son épouse lui donne l'info sur la procédure sans-papiers dans la cuisine, on perçoit sur le visage de Jérôme/ Manenti qu'il est déjà intéressé par Selma, il ne dit donc pas oui que par charité d'âme, tandis que Selma qui prend les devants pour séduire l'avocat, comment ne pas penser que c'est aussi pour le remercier et/ou par intérêt puisqu'il y a encore une procédure longue et gratuite si c'est avec lui ?!... FIN SPOILERS !... Pourtant la question légitime d'une relation amoureuse par intérêt ou non n'est jamais franchement exploitée, on reste dans les silences, les regards, les non-dits qui font que on peut aussi bien penser oui ou non à cette question. La dernière partie est en-celà particulièrement judicieuse, où comment l'époux/Waked (sublime acteur) s'avère complètement lucide et si digne, notamment avec cette magnifique métaphore sur son vécu en prison et une ultime scène où il laisse une porte ouverte à son épouse qui elle-même nous laisse sans certitude. Niveau mise en scène, on note les couleurs ternes et l'image mobile qui évolue doucement vers plus de luminosité et de sérénité. En conclusion, un très joli film, plein de subtilité même si finalement on ne saura pas grande chose des choix et des désirs de Selma...

 

Note :                 

14/20
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :