Atlantique (2019) de Mati Diop

par Selenie  -  6 Février 2024, 10:39  -  #Critiques de films

Premier long métrage de la réalisatrice-scénariste franco-sénégalaise Mati Diop, également actrice aperçue dans "35 Rhums" (2008) ou récemment dans "Avec Amour et Acharnement" (2021) tous deux de Claire Denis, qui reprend en fait son court métrage éponyme (2009) et qui en fait donc une suite indirecte. C'est suite aux émeutes qui se sont déroulées à Dakar en 2012 que la cinéaste y a vu une évolution logique : ""Y en a marre" tournait la page sombre de "Barcelone ou la mort". Pour moi, quelque part, il n'y avait pas les morts en mer d'un côté et les jeunes en marche de l'autre. Les vivants portaient en eux les disparus, qui en partant avaient emporté quelque chose de nous avec eux. Il s'agissait d'une seule et même histoire collective..." Pour ce long métrage Mati Diop co-écrit son scénario avec Olivier Demangel co-auteur sur les films "9 Mois Ferme" (2009) de et avec Albert Dupontel, ou plus récemment "Tirailleurs" (2022) de Mathieu Vadepied et "Novembre" (2022) de Cédric Jimenez. Présenté en compétition au Festival de Cannes 2019 le film remporte le Grand Prix du Jury, malgré ce prix prestigieux le film ne rencontrera pas franchement son public avec seulement 66000 entrées France... 

Dans une banlieue de Dakar, les ouvriers d'un chantier sont sans salaires depuis des mois. Ils décident de quitter le pays par l'océan pour un avenir meilleur. Parmi eux se trouve Souleiman qui part sans pouvoir dire au revoir à celle qu'il aime, Ada, qui est promise à un autre homme. Quelques jours après leur départ, un incendie se propage dans la chambre nuptiale juste après le mariage d'Ada. Une enquête est ouverte tandis que d'étranges fièvres s'emparent des jeunes femmes du quartier. Bientôt Ada doit se rendre à l'évidence, les esprits des noyés sont revenus... La quasi totalité du casting est constitué de non-professionnels, la cinéaste ayant effectué un casting sauvage sur les lieux du tournage. Ainsi Ada est incarné par Mame Bineta Sane dans son premier et d'ailleurs unique rôle au cinéma à ce jour. Souleiman est joué par Ibrahima Traoré, tandis que l'inspecteur est joué par Amadou Mbow revu ensuite dans "Revoir Paris" (2022) de Alice Winocour. Le commissaire est joué par l'acteur le plus expérimenté, Ibrahima Mbaye Thié vu entre autre dans "L'Appel des Arènes" (2006) de Cheikh A. N'Diaye, "L'Absence" (2009) de Mama Keita ou "Ramata" (2009) de Léandre-Alain Baker. Citons ensuite Diankou Sembene revu ensuite dans la série TV "Zerozerozero" (2020), puis enfin les seconds rôles tenus par Nicole Sougou et Aminata Kané également dans leur unique rôle sur grand écran... Au départ on est plutôt subjugué par cette tour immense et noire qui s'impose dans l'horizon de Dakar, sorte de vaisseau en stationnaire mais qui en réalité n'existe pas, elle a été créée en 3D numérique. Mati Diop explique : "J'ai ressenti un mélange d'indignation et de fascination. Comment pouvait-on dépenser des millions dans une tour de luxe dans une situation sociale et économique aussi désastreuse ? Ce qui m'a dans le même temps fascinée est que cette tour, en forme de pyramide noire, avait pour moi l'allure d'un monuments aux morts."

En effet, sorte de pierre tombale symbolique annonciatrice du drame à venir. Le film mélange les genres au fur et à mesure que le récit évolue. Drame social, puis romance, drame policier puis on vire vers le fantastique, une dose de thriller, le tout crée un melting-pot un peu bancal car les liens entre les parties n'est probant, les métaphores se multiplient avec une enquête qui prend de l'importance sur la durée sans qu'elle soit ni solide ni crédible, jusqu'à cette dimension fantastique mal racontée et mal mise en image. L'enquête n'a ni queue ni tête, l'enquêteur devine qui serait le coupable très vite mais sans aucune preuve valable, tandis que les yeux blancs des femmes immobiles sont grotesques. On comprend le but de Mati Diop, son message et ses objectifs mais c'est trop fouilli, peu convaincant, elle n'est pas encore au niveau créatif de Apichatpong Weerasethakul dont elle dit s'inspirer. De belles idées de mises en scène, une histoire intéressante mais le scénario n'amène nulle part, le mix réalité social et fantastique ne fonctionne jamais. Dommage, un film qui s'avère surestimé.

 

 

Note :  

09/20
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