Manas (2025) de Marianna Brennand Fortes
Premier long métrage de fiction pour la cinéaste Marianna Brennand qui vient du documentaire, dont le plus fameux est sans doute celui qu'elle signe sur son grand-père, "Francisco Brennand" (2012) célèbre céramiste. C'est justement peu de temps après qu'une de ses amies, Fafa de Belèm, activiste et musicienne qui lui parla de l'exploitation sexuelle de jeunes filles sur les barges de Rio Japura. Bouleversée elle effectuera dix années de recherche pour son projet qu'elle envisageait d'abord et logiquement comme un documentaire. Mais devant l'omerta et la difficulté pour ces jeunes filles de s'exprimer la cinéaste finit par opter pour un film de fiction. La cinéaste a co-écrit son scénario avec ses co-producteurs-trices Marcelo Gralowsky, Carolina Benevides, puis avec Antonia Pellegrino réalisatrice du documentaire "Radical Women" (2018) sur les femmes artistes victimes du système patriacal et autrice de la série TV "L'Amour est pour les Forts" (2023-...) avec Camila Agustini qu'elle retrouve pour ce film, puis également avec Felipe Sholl scénariste des films "Campo Grande" (2018) de Sandra Kogut et "Memory House" (2022) de Joao Paulo Miranda Maria. Notons qu'à la production on retrouve aussi les belges Jean-Pierre et Luc Dardenne réalisateur de "Le Silence de Lorna" (2008) ou de "Deux Jours Une Nuit" (2014). Le film est d'ores et déjà un joli succès, un bon bouche à oreille a suivi plusieurs prix dans divers Festivals dont dans des sections parallèles du Festival de Cannes et à Venise...
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Marcielle, 13 ans, vit sur l'île de Marajo au coeur de la forêt amazonienne avec sa famille. Elle grandit avec des rêves d'émancipation inspirée par le départ de sa soeur aînée. Mais sur les barges le long du fleuve ses illusions sont en proie à un danger pernicieux et violent qui gangrène toute la communauté... La jeune Marcielle est incarnée par la jeune Jamilli Correa dans son premier rôle au cinéma, à l'instar de ses autres partenaires Emily Pantoja, Samira Eloa, Gabriel Rodrigues et Enzo Maia. Il sont entourés de Fatima Macedo vue dans "The Cannibal Club" (2018) de Guto Parente ou "A Praia do Fim do Mundo" (2021) de Petrus Cariry, Romulo Braga vu notamment dans "Celui que nous laisserons" (2013) de Caetano Gotardo, "Levante" (2023) de Lillah Halla, Dira Paes remarquée au départ dans "La Forêt d'Emeraude" (1985) de John Boorman et vue plus tard dans "Marais des Bêtes" (2007) de Claudio Assis ou "La Fête de la Fille Morte" (2008) de Matheus Nachtergaele, Ingrid Trigueiro vue dans "Bacurau" (2019) de Kleber Medonça Filho, Nena Inoue "Fogareu" (2024) de Flavia Névès, Clébia Souza vue dans "Les Bruits de Recife" (2024) de Kleber Medonça Filho, puis enfin notons un petit rôle de Rodrigo Garcia réalisateur connu de "Neuf Vies" (2005), "Mother and Child" (2009) ou "Albert Nobbs" (2011)... A priori, cette région du Brésil est donc le royaume des pédophiles et de l'inceste, selon la réalisatrice, ce qui est proprement hallucinant si cela est vrai car cela suppose une certaine impunité pour les coupables et logiquement une corruption systémique. Mais la cinéaste ne se penche pas sur cet état de fait, elle se focalise sur une adolescente qui subit les assauts d'un père, qu'on suppose aussi que la pauvre jeune fille subit cela depusi longtemps tandis que la mère ferme tout simplement les yeux.
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L'immersion dans les marais de la partie brésilienne du Rio Caqueta (ICI mais sans informations sur les crimes sexuelles) est réaliste, à la fois fascinante par l'omniprésence presque étouffante de l'Amazonie, et anxiogène tant on perçoit les menaces malsaines mais nébuleuses. La cinéaste évite de montrer l'impensable, le pire et laisse le spectateur imaginé (ce qui est pire peut-être), elle explique son choix : "L'important était de lui faire ressentir ce qu'elle ressent et de passer par toutes les étapes, petites mais profondes, de ce que la violence fait au corps, à l'esprit et à l'état psychologique de ces jeunes filles." On comprend vite que ces jeunes filles sont prisonnières d'un système mais surtout d'une communauté qui se situe en quasi autarcie, mineure elles n'ont pas d'autres choix que de subir. Pourtant, l'autre bonne idée du film ets de faire intervenir une tierce personne... ATTENTION SPOILERS !... la région est isolée mais la cinéaste rappelle que la police fait ce qu'elle peut, avec les moyens qu'elle a, et pour le montrer la réalisatrice impose un joli symbole, l'arrivée et l'implication d'une femme policière, officier dans un monde misogyne et qui est aussi un joli symbole d'espoire... FIN SPOILERS !... Le film est un drame intimiste terrifiant mais jamais trash, une tragédie familiale malaisante mais touchante, une plongée dans une lutte féministe où parfois une victime peut être bourreau (et on ne parle pas des mineures). Un très bon film, nécessaire et sincère. A conseiller.
Note :
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