Le Château de Cagliostro (1979) de Hayao Miyazaki

par Selenie  -  20 Avril 2021, 08:06  -  #Critiques de films

Ce film d'animation est un cas particulier puisqu'il est le premier long métrage du réalisateur japonais Hayao Miyazaki, futur co-fondateur des studios Ghibli et qui restera un quasi inconnu en Occident jusqu'à la magnifique réussite de "Princesse Mononoké" (1997). Mais l'artiste n'est pas un débutant pour autant, il aura entre été un proche collaborateur de Isao Takahata pour qui il a été  animateur puis scénariste sur les films d'animation "Horus Prince du Soleil" (1968) et "Panda Petit Panda" (1972). Pour son premier long il adapte une aventure de Lupin III, héros créé en 1967 par Monkey Punch petit-fils inspiré du fameux Arsène Lupin personnage créé en 1905 par le français Maurice Leblanc. Pour des questions de droit ce Lupin III a été renommé Edgar notamment pour deux séries animées de notre enfance, "Edgar de la Cambriole" (1971-1972) puis "Edgar Gentleman Cambrioleur" (1977-1980), des séries sur lesquelles Miyazaki a également travaillé. Après un premier long, "Edgar de la Cambriole : le Secret de Mamo" (1978) de Soji Yoshikawa qui a connu quelques censures (morts et nudité), le second projet est confié à Miyazaki par TMS Entertainement. Le cinéaste co-signe le scénario avec une pointure dans son domaine puisque Haruya Yamazaki a notamment écrit pour les séries animées cultissimes "Rémi sans Famille" (1977-1978), "Albator" (1978-1979) et "Cobra" (1982). Les deux artistes ont repris le mythe qui entoure l'aventurier Joseph Balsamo alias comte de Cagliostro (tout savoir ICI), mais ils se sont inspirés particulièrement de trois autres oeuvres, les romans "La Comtesse de Cagliostro" (1924) et "la Demoiselle aux Yeux Verts" (1927) de Maurice Leblanc et le roman "La Justice d"Arsène Lupin" (1977) du duo Boileau-Narcejac notamment en ce qui concerne la fausse monnaie de l'Histoire...

Après avoir dévalisé un casino, Edgar Lupin tente de sauver une jeune femme des mains de poursuivants violents. N'aimant pas rester sur un échec, et surtout étant mystérieusement attiré par la principauté où il se trouve il décide d'en savoir plus et de sauver la jeune fille qui s'avère être la princesse héritière et qui doit être mariée contre son gré... L'arrivée de Miyazaki sur le projet n'est pas une chose anodine puisqu'il arase nettement le caractère originel de Lupin III comparé au personnage du manga signé  Monkey Punch alias Kazuhiko Kato. En effet, si Lupin est un personnage énergique, son créateur Monkey Punch rappelle que ce film n'a rien à voir avec Lupin III et rappelle que le personnage qu'il a créé est un "antihéros viscéral par son amoralité", et que lui "ne lui aurait pas fait sauver la fille, mais la violer" (!), sans oublier son amie Fujiko qui rappelle parfois que Lupin III est "l'homme le plus pervers du monde", et on peut aussi rappeler que Lupin III tue sans sourciller s'il le faut et, d'ailleurs, le film précédent "... le Secret de Mamo" est sans doute plus fidèle à l'oeuvre de Monkey Punch. Pour sa défense, Miyazaki précisera avoir imaginé un Edgar qui se serait assagi, qui serait devenu plus sage et mature. Chacun se fera son idée... Mais il n'en demeure pourtant pas moins que le film permet un lien direct avec les séries animées dont il est assurément un prolongement. Miyazaki se démarque donc du manga original de Monkey Punch mais reste fidèle et cohérent avec la série animée. Les thèmes centraux qui seront ceux de ses films futurs et au centre de son oeuvre (écologie, lien entre humains et nature, pacifisme...) sont ici discrets mais on décèle bien quelques références visuels et/ou subliminales.

Miyazaki se cherche encore pour son premier film rien de plus normal, de surcroît quand il doit rester logique vis à vis de son matériau d'origine. Les premières minutes assoient le personnage, sur pile électrique, charmeur, sûr de lui, espiègle et rusé mais aussi très malin, il sait se faire ironique ou sarcastique mais toujours en tenta t de charmer son monde. S'ensuit une course-poursuite dantesque comme prologue à la suite des aventures de Edgar et ses deux amis Goemon et Jigen. L'histoire prend de l'ampleur et un nouvel intérêt à chaque entrée d'un nouveau personnage dont l'amie espionne Fujiko ou l'inspecteur Zenigata ou Lacogne en V.F. Toujours rythmé, des rebondissements nombreux et une intrigue prenante font le reste bien que parfois les scènes d'action soient un peu trop tirées par les cheveux (escalade à main nue d'une enceinte, saut de plusieurs dizaines de mètres,...) mais cela fait aussi le charme "cartoonesque" des aventures de Lupin III qui semble ne jamais rien prendre au sérieux. On ne s'ennuie donc pas une seconde même si, effectivement, on sent un côté un peu lisse surtout dans sa dernière partie et en ce qui concerne la princesse. Néanmoins, le film connaîtra une postérité riche avec plusieurs ressorties plus ou moins justifiées et/ou inspirées. Mais surtout ce film sera une source d'inspiration surtout et avant tout pour certains de chez Disnay/Pixar, John Lasseter fondateur de Pixar avouera que le film l'aura particulièrement marqué, tandis que des clins d'oeil appuyés apparaissent des certaines oeuvres aux Grandes Oreilles comme dans "Basil, Détective Privé" (1986) et "Atlantide, l'Empire Perdu" (2001). En tous cas, Lupin III n'en finit pas puisqu'outre plusieurs téléfilms il y aura encore une dizaines de long métrages d'animation jusqu'au tout récent "Lupin III : the First" (2019) de Takashi Yamakazi. En conclusion, un très bon film d'aventure qui  prolonge l'aventure des séries animées, en soit une réussite même si Miyazaki n'est pas encore le magicien qu'il deviendra avec Ghibli.

 

Note :            

 

14/20

 

Pour info bonus, Note de mon fils de 11 ans :               

13/20
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