Cry macho (2021) de Clint Eastwood

par Selenie  -  12 Novembre 2021, 11:21  -  #Critiques de films

Après "Le Cas Richard Jewell" (2019) voici donc la 39ème réalisation pour Clint Eastwood et 24ème qu'il est devant sa propre caméra avec un projet pas très nouveau, d'abord parce que le canevas est du déjà vu, mais surtout parce que le cinéaste avait déjà failli le réaliser dès les années 70 ! Il s'agit du roman éponyme (1975) de N. Richard Nash, premier roman d'un scénariste qui a écrit notamment les films "L'Amant sans Visage" (1947) de Vincent Sherman, "Le Faiseur de Pluie" (1956) de Joseph Anthony et "Porgy and Bess" (1959) de Otto Preminger. On avait donc proposé à la star d'adapter ce livre mais à l'époque Eastwood avait répliqué : "Je suis trop jeune pour le rôle, je ferais mieux de le mettre en scène et de proposer le rôle à Robert Mitchum. Mais le projet est tombé à l'eau et a ressurgi il y a deux ans." Mais Eastwood omet de dire qu'entre temps le projet a eu mainte fois la possibilité d'être porté à l'écran, dont un tournage qui avait même débuté en 1991 avec Roy Scheider en tête d'affiche mais qui ne sera pas achevé, puis il y a eu le projet avec Schwarzenegger en 2003, mais son mandat de gouverneur retarda le projet puis en 2011 le divorce de l'acteur a définitivement enterré ce projet. Il aura donc fallu attendre une certaine "maturité" pour que Clint Eastwood y revienne. Pour ce film le réalisateur-acteur retrouve Nick Schenk, scénariste de ses films "Gran Torino" (2009) et "la Mule" (2018), pas très étonnant au vu du sujet...

Fin des années 70, Mike star déchue du rodéo devenu éleveur est recontacté par son ancien patron qui lui demande de se rendre au Mexique pour ramener son jeune fils Rafael qui vit là-bas avec une mère alcoolique. Le cowboy, vieux et rustre, accepte bon gré mal gré et part au Mexique où sa rencontre avec Rafael va l'emmener sur un long voyage initiatique et rédempteur...  Le vieux cowboy est évidemment incarné par le monstre sacré Clint Eastwood qui retrouve une énième fois un rôle à sa mesure, vieux bourru solide comme un roc aimable comme une porte de prison mais qui cache en fait un coeur gros comme ça, et on pense alors aux aînés qu'il a joué par exemple dans les films "Impitoyable" (1992), "Million Dollar Baby" (2004), "Gran Torino" (2009) et "La Mule" (2018). Egalement réalisateur, il a offert le rôle de Rafael à Eduardo Minett Rafael, un inconnu qui trouve là son premier film. L'ex-patron et commanditaire est interprété par Dwight Yoakam vu entre autre dans "Panic Room" (2002) de David Fincher, "Trois Enterrements" (2005) de et avec Tommy Lee Jones et "Logan Lucky" (2017) de Steven Soderbergh. Citons ensuite Horacio Garcia Rojas vu dans "Julia" (2008) de Erick Zonca, "Cristeros" (2014) de Dean Wright et "Gringo" (2018) de Nash Edgerton, puis la très belle Fernanda Urrejola, actrice chilienne surtout connu pour des telenovelas à l'exception notable du film "Apportez-Moi la Tête de la Femme-Mitraillette" (2012) de Ernesto Diaz Espinoza... Outre le fait que Eastwood  surfe sur ce qu'il fait de mieux, qu'il nous ressert donc un personnage archi connu dans un récit téléphoné. Il est surtout amusant d'apprendre que l'acteur et son personnage porte une "veste en jean aux revers en velours côtelé" qu'il portait dans "Ca va Cogner" (1980) de Buddy van Horn, ainsi qu'une "chemise de couleur rouille" qu'il portait dans "Créance de Sang" (2002) de lui-même. La Chef Costumière Deborah Hopper du film (fidèle de Eastwood depuis "La Corde raide" en 1984 !) précise même avoir particulièrement étudié les chapeaux de toute la filmographie du patron pour pouvoir choisir le chapeau idéal pour ce personnage de cowboy âgé et dépassé. Des détails amusants qui ajoute forcément au côté nostalgique, une nostalgie malheureusement pathétique dans ce nouveau film.

Clint Eastwood a 91 ans, qu'on le veuille ou non, qu'il le veuille ou non, et il l'est fait allègrement. Comment croire à ce personnage de vieux cowboy, très très vieux cowboy ?! un vieux bougon qui doit effectuer un voyage dont il ne veut pas pour ramener à bon port un enfant ou un ado "égaré" est un canevas déjà vu mille fois, mais la plupart du temps cela repose sur une différence voir un conflit générationnel entre un homme d'âge mûr et un gosse comme dans "La Mission" (2021) de Paul Greengrass pour ne citer qu'un des plus récent. Mais ici la différence générationnelle est de 3 voir 4 générations. D'emblée le film débute mal, le commanditaire a plusieurs hommes, et surtout les moyens financiers alors pourquoi demander à un gars dépassé et vieux de 9 décennies pour cette mission délicate ?! Invraisemblable. Ensuite tout va de travers, une maman nymphomane encore très belle tente de séduire notre héros qui a au moins deux fois son âge, il est prévenu que ça va être dur de trouver l'enfant mais en 5mn c'est réglé, d'ailleurs un enfant de 12 ans normalement mais qui en fait 15-16, un héros qui a eu un grave accident de rodéo (donc carrière HS) et qui a 91 ans se met tranquille à dresser des chevaux sauvages (?!), et enfin Clint séducteur fait tomber une jeune veuve pas beaucoup plus vieille que la nympho... Rien n'est crédible, on y croit malheureusement jamais. On peut encore en dire, la danse amoureuse où Clint n'est qu'un chêne, royal mais immobile, pour qui la jeune veuve joue le déambulateur, sans compter les étapes obligées des leçons de vie du vieux roublard, un shérif faussement mystérieux, un coq qui volerait presque la vedette... Bref, soyons franc, Clint Easwtood est un géant mais il se doit de faire avec ce qu'il est devenu. Ce rôle ne vaut rien, l'histoire est vaine aux enjeux dont on se fout royalement, rien ne fonctionne. Sur le podium des échecs flagrants du grand Clint. Dommage... Note indulgente !

 

Note :            

 

06/20

 

Pour info bonus, Note de mon fils de 12 ans :               

08/20
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I
C'est justement à la vue de ce scénario maintes fois revisité que je n'ai pas eu envie de voir le film.
Oui, Clint VIEILLIT et même dans "The mule" je l'avais moins apprécié.
Sincèrement, pour terminer son immense carrière, il devrait rester derrière la caméra où, là, il excelle toujours !
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