L'Aventure Rêvée (2026) de Valeska Grisebach
Après ses longs métrages "Désir(s)" (2006) et surtout "Western" (2017), voici le nouveau film de l'allemande Valeska Grisebach qui retourne pour l'occasion en Bulgarie, dont elle souhaitait traiter des années 90 : "Ce pays m'avait confrontée à mes propres angles morts sur l'Europe : ayant grandi à Berlin-Ouest, j'avais toujours voyagé dans l'autre sens, et même la réunification n'avait rien changé à ça. Ca m'a frappée de voir combien de temps il m'avait fallu pour me retourner, et de découvrir à quel point l'Europe peut résonner différemment selon qu'on se trouve à Sofia ou à Berlin..." Les années 90 en Europe centrale a de surcroît intriguée la cinéaste dont elle a entendu dire qu'il s'agissait "d'une époque d'hommes presque comme un temps de guerre", elle précise : "Ces formes à dominante masculine qui nous disent beaucoup sur la façon dont la société construit le genre. Ce qui m'intéresse, c'est de transposer les enjeux qui s'y jouent dans le quotidien, dans des lieux précis : la réalité comme terrain d'expérimentation pour la fiction." Réalisatrice-scénariste, elle co-écrit son scénario avec Lisa Bierwirth qui a réalisé auparavant son film "Le Prince" (2022), tandis qu'à la production on retrouve Maren Ade, remarquée pour son propre film "Toni Erdman" (2016) et désormais surtout reconnue comme productrice qui retrouve donc sa réalisatrice de "Western" (2017) après avoir produit entre temps des films comme "L'Histoire de ma Femme" (2021) de Ildiko Enyedi, "Corsage" (2022) de Marie Kreutzer ou "Les Herbes Sèches" (2023) de Nuri Bilge Ceylan. Ce nouveau film de Valeska Grisebach a été remarqué au dernier Festival de Cannes 2026 où il a reçu le Prix du Jury...
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Dans une petite ville à la frontière bulgare, aux confins d'une Europe délaissée, Veska, archéologue, renoue avec Said, un ami d'enfance dont la voiture a été volée. En voulant l'aider, Veska découvre bientôt une société criminelle qui règne sur le secteur... Comme à son habitude, la cinéaste allemande a choisi un casting exclusivement composé d'amateurs bulgares, néanmoins elle retrouve l'acteur Suyleyman Alilov Letifov qui était déjà dans "Western" (2017), tandis que Veska est jouée par Yana Radeva. Autour d'eux citons dans leur premier rôle Nikolav Shekerdjiev, Stoicho Kostadinov, Denislava Yordanova et Tiana Georgieva... Le style du film reste dans une sorte de docu-fiction hyper réaliste, une plongée dans les bas-fonds d'une province slave sinistrée. D'un côté une archéologue qui revient dans sa région d'origine après plusieurs années d'absence, de l'autre une province quasi désertique sous le joug des trafiquants de migrants et de pétrole. Outre 45 premières minutes sans que rien ne se passe avec quelques évocations du passé communiste, très vite on perçoit des petites choses qui ne fonctionnent pas, puis ces petites choses deviennent si nombreuses, si flagrantes que les incohérences ou invraisemblances se mêlent à l'amateurisme trop gênantes d'un casting clairement pas à sa place, aussi perdu qu'une intrigue aussi inepte que nébuleuse. D'abord il y a des situations surtout subjectives mais qui laissent a minima perplexe, comme cette invitation à boire un verre avec des polonaises sans faire connaissance et de façon aussi peu naturelle que possible, il est aussi difficile de croire que Saïd/Letifov soit un tel séducteur, avec des rencontres souvent trop statiques pour ne pas dire apathiques, où les acteurs tous mauvais ne font que récités sous une direction d'acteur qu'on devine très ou trop dirigées. Résultat rien ne semble naturel malgré un contexte authentique, exception faite de paysage qui ne sont certainement pas magnifiques, qui ont tout d'un désert tiers-mondiste.
Le plus grand soucis reste le personnage central de Viska/Radeva, qui sourit béatement tout le temps, constamment, sans aucune nuance d'émotion donc comme en témoigne par exemple sa réaction sans réaction lors de la bagarre chez Ilya/Kostadinov qui est d'ailleurs très risible en vérité. Par là même on ne comprend jamais son personnage, autant sur la forme que sur le fond, autant dans ce qu'on sait d'elle et de ses actions-réactions ; archéologue et donc d'un certain niveau social et intellectuel elle agit pourtant de façon plutôt paumée voire puérile, prête à toutes les occasions futiles et éventuellement dangereuses, comme de jeter des clefs bêtement, avec un gros risques pour pas grand chose à la façon d'un gosse qui sonnerait aux portes avant de fuir en courant, ou bien quand elle danse ou s'amuse avec ceux-là même qui la menace, sans compter les incohérences autour de son passé et d'un éventuel flirt du passé avec Ilya (un coup c'est avéré et confirmé, un coup c'est flou ou douteux voir Ilia ne la connaît pas du tout). Là aussi on n'en rajoutera pas sur l'idylle surréaliste de Viska ou sur la disparition soudaine du personnage Le Corbeau dans le récit. En conclusion, une grande déception, et certainement pas "une des plus belles héroïnes de ces dernières années" dixit la tagline reprise du journal Le Monde. Rien ne tient la route malgré quelques 2-3 jolies séquences qui pourraient faire illusion sir le film ne durait pas une éternité.
Note :
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