La Loi de Téhéran (2021) de Saeed Roustayi

par Selenie  -  29 Juillet 2021, 15:28  -  #Critiques de films

Un thriller iranien, un genre qu'on associe plutôt rarement à ce pays mais qui séduit d'autant plus que les premiers échos sont dithyrambiques dont une citation qui ne passe pas inaperçu opportunément réutilisé pour la promo : "L'un des meilleurs thrillers que j'aie jamais vus" signé d'un certain William Friedkin ! Ce projet est le second long métrage de Saeed Roustayi après "Life and a Day" (2016) un film qui a rencontré le succès et a été multiprimé, il s'intéresse à l'explosion de l'addiction au crack dans un pays qui prône pourtant la peine de mort pour tous les délits et crimes y touchant de près ou de loin : "Ces dernières années, la toxicomanie a changé de visage en Iran. Elle est sortie de la clandestinité pour se révéler au grand jour. De plus en plus de toxicomanes sont visibles dans la rue. Leur dépendance à une nouvelle substance, le crack, les a mis à la rue de façon beaucoup plus massive et plus rapide que ne le faisaient les autres drogues. À force de voir ces personnes, j'ai eu l'idée de tourner un documentaire sur elles et j'ai entrepris des recherches. Finalement, ce documentaire-là ne s'est jamais tourné, mais cela a influencé mes films de fiction." Précisons que Saeed Roustayi est réalisateur-scénariste de son film...

En Iran, le crack fait de plus en plus de ravage malgré le fait que lapossession de drogue amène à une condamnation à la peine de mort, que ce soit pour 30gr ou 30 kg. Le détective Samad du service des Stups, flic obstiné aux méthodes peu orthodoxes, traque depuis des années le Parrain qui semble avoir la main mise sur le trafic. Il réussit enfin à arrêter ce dernier appelé Nasser K mais alors que Samad pensait l'affaire désormais classée la confrontation avec Nasser K va prendre une autre tournure... Dans les deux rôles principaux on retrouve les deux acteurs qui étaient déjà dans le premier long métrage du cinéaste. Il s'agit de Peyman Maadi révélé par les films "À Propos d'Elly" (2009) et "Une Séparation" (2011) tous deux de Asghar Farhadi, et depuis déjà vu à l'international notamment avec "13 Hours" (2016) et "6 Underground" (2019) tous deux de Michael Bay mais aussi vu récemment en France dans le très bon "Police" (2020) de Anne Fontaine. Puis Navid Mohammadzadeh vu entre autre dans "Nahid" (2016) de Ida Panahandeh et "Cas de Conscience" (2018) de Vahid Jalilvand. Citons encore l'actrice Parinaz Izadyar et Farhad Aslani qui retrouve tous deux leur partenaire Peyman Maadi après respectivement les films "Pig" (2018) de Mani Haghighi et "Tales" (2014) de Rakhshan Bani-Etemad... Le réalisateur-scénariste confirme avoir effectué beaucoup de recherche sur le sujet afin d'être au plus près de la réalité. Ainsi il a assé plusieurs jours au sein de la brigade des stups de Téhéran, en prison et au tribunal. Malgré l'apparent soutien de ces institutions lors de ces recherches et du tournage il y a eu néanmoins quelques pressions de la Censure provenant même des policiers des Stups. Saeed Routayi affirme avoir pu négocier pour que les modifications soient si minimes que son film puissent gardé toute sa véracité originelle. Le réalisateur marque les esprits avec un début énergique et sous tension avec un prologue mené tambour battant suivi d'une seconde scène ample et stylé aussi bien sur le fond (enquête de terrain, rafle) que sur la forme (passage elliptique mêlé à plan-séquence).

L'immersion est totale et prenante allant jusqu'à des junkies zombifiés qui marquent les esprits. Evidemment la différence culturelle jusque dans les pouvoirs de police (notamment garde à vue très large ou violence illégitime légitime ?!) fascine et ouvre logiquement à des comparaisons intéressantes. Si l'enquête dure depuis longtemps un élément déclencheur va accélérer le résultat jusqu'à l'arrestation du "Parrain". À partir de là le scénario se construit différemment, on passe d'un polar tendu à un film plus judiciaire avec un face à face entre le flic et le Parrain. Mais si cette parti est plus passionnante elle est aussi la moins convaincante à cause de quelques incohérences et/ou maladresses. D'abord le Parrain semble un homme de pouvoir à qui tout sourit on ne comprend donc jamais pourquoi il est dans cet état lors de son arrestation ?! Ensuite, bien qu'homme de pouvoir il semble toujours assez fragile psychologiquement, toujours près à craquer ce qui ne rend pas très crédible sa position dominante. Et le pire, le réalisateur-scénariste choisit une certaine complaisance envers ce caïd dans une dernière partie pathos à souhait où il tente carrément de faire pleurer dans les chaumières pour ce qui reste un beau salopard. Faut pas pousser ! Néanmoins Saeed Roustayi aborde plusieurs sujets de façon judicieuse et limpide, allant de la corruption à une critique de la loi (surtout autour de la peine de mort) en passant par la misère sociale tandis que, par contre on s'interroge sur l'absence totale de la question religieuse dans un pays pourtant régit par une dictature islamiste ; si le cinéaste dit avoir réussit à éviter la censure on peut en douter sur ce point précis. Néanmoins, le film demeure un thriller puissant, bien construit, rythmé, ambitieux qui ne pêche réellement que par un caïd peu convaincant, ou du moins trop "pied tendre". Un très bon moment à conseiller.

 

Note :            

 

14/20
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