Liberté-Oléron (2001) de Bruno Podalydès

par Selenie  -  2 Juin 2026, 08:51  -  #Critiques de films

Second long métrage de Bruno Podalydès après "Dieu Seul me Voit (Versailles- Chantiers)" (1998), et il retrouve son frère co-scénariste et co-acteur Denis Podalydès avec qui il collabore depuis ses débuts et notamment sur le moyen métrage "Versailles Rive Gauche" (1992) et les courts métrages "Voilà" (1994) et "Dieu Seul me Voit" (1996). Si les deux frères continueront à travailler ensemble, Denis Podalydès sera toujours devant la caméra mais il écrira à nouveau sur deux seuls prochains films, "Bancs Publics (Versailles Rive-Droite)" (2008) et "Adieu Berthe" (2012)... Jacques, part avec son épouse et leurs quatre enfants en vacances à l'île d'Oléron. Lassé des jeux de plage habituels, il décide de casser la tirelire pour s'acheter un petit voilier. Bien qu'incompétent en voile, Jacques déclare à sa famille qu'en tant du commandant de bord ils vont rallier l'île d'Aix... 

Le vendeur de bateau est incarné par Bruno Podalydès lui-même, apparaissant dans tous ses films dorénavant, et retrouve et retrouvera son frère Denis Podalydès sur tous ses films, ce dernier apparaissant la même année dans "Mortel Transfert" (2001) de Jean-Jacques Beineix et "La Chambre des Officiers" (2001) de François Dupeyron. L'épouse est jouée par Guilaine Londez apparue dans "Le Bonheur est dans le Pré" (1995) de Etienne Chatiliez ou "L'Art (délicat) de la Séduction" (2000) de Richard Berry, et retrouvera le duo Podalydès dans "Bancs Publics (Versailles Rive-Droite)" (2009) à l'instar des enfants Lou-Nil Font qui reviendra au cinéma dans "Le Pressentiment" (2006) de et avec Jean-Pierre Darroussin, puis Ange Ruze qui sera aussi dans "Le Parfum de la Dame en Noir" (2005), retrouvant donc également Jean Podalydès, fils de Denis, qui retrouvera père et oncle plus tard également dans "Les 2 Alfred" (2020), "Wahou !" (2023) et "La Petite Vadrouille" (2024), puis le quatrième est interprété par Arnaud Jalbert futur producteur de télévision. Citons ensuite Eric Elmosnino qui retrouve entre "Bernie" (1996) de Albert Dupontel et "Bancs Publics (Versailles Rive-Droite)" (2009) son partenaire Philippe Uchan qui sera d'ailleurs un acteur fidèle et fétiche de Albert Dupontel quasi tous ses films, et de Bruno Podalydès sur la plupart des futurs films également, et retrouve après "Lacenaire" (1990) de Francis Girod ses partenaires Patrick Pineau qui était dans "Dieu Seul me Voit (Versailles-Chantiers)" (1998), puis Marie-Armelle Deguy vue dans "La Tentation de l'Innocence" (1999) de Fabienne Godet ou "Grégoire Moulin contre l'Humanité" (2001) de Artus de Penguern... Notons que la photographie est signée de Yorgos Arvanitis, collaborateur fidèle du réalisateur grec Theo Angelopoulos sur la période entre "La Reconstitution" (1970) et "L'Eternité et un Jour" (1998)... Le film est une comédie tragicomique qui reprend les ingrédients du film estival ou de la comédie de plage mais surtout en empruntant au burlesque poétique et fantaisiste de Jacques Tati (toute proportion gardée !). L'histoire débute en toute logique ou en toute routine avec des jeux de plages plus ou moins beauf ou ringards (surtout aujourd'hui !). Très vite la lassitude s'installe ce qui va favoriser la lubie de Jacques/Podalydès pour la voile. L'humour repose sur l'équilibre parfait entre les situations et les dialogues, des situations plus réalistes que cocasses, hyper réalistes mais aussi parfois pathétiques ou si normales mais qui prennent toute leur ampleur drolatique via des dialogues ciselés qui eux-mêmes sont merveilleusement placés, de "olala il s'est noyé le crétin" à "elle nous tire dessus cette conne !" en passant par exemple sur l'amalgame entre la pêche et faire les courses.

Le rire n'est pas assuré dans cette première partie, le ton reste doux-amer, un ton judicieux pour retranscrire ces vacances d'une famille modeste dont le père se saigne financièrement afin d'offrir de vrais vacances sa petite famille mais à force de vouloir que tout soit parfait une tension va peu à peu s'installer. Ainsi la frustration d'un père qui veut faire de son mieux mais en étant un peu trop égocentré à l'ingratitude des enfants en passant par une épouse trop passive la famille va peu à peu se perdre au propre comme au figuré. La dernière partie repose sur l'ultime croisière, celle de trop ou celle qui n'aurait pas dû exister, où le père Jacques/Podalydès va atteindre ses limites, toutes ses limites pour arriver à un sommet entre le drame intra-familial et le rire, un rire qui nos prend par surprise comme quand on rit d'une vilaine chute, un rire à la fois honteux et savoureux. La "crise maritime" est peut-être à un curseur un peu trop poussé, brisant un peu la dynamique fantaisiste de l'ensemble pour un humour qui n'est pas noir mais un peu pessimiste ou mélancolique. Un film trop méconnu qui mérite qu'on s'y attarde.

 

Note :                 

14/20
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