Le Triangle d'Or (2026) de Hélène Rosselet-Ruiz

par Selenie  -  12 Août 2026, 14:07  -  #Critiques de films

Premier long métrage de Hélène Rosselet-Ruiz après quelques courts métrages comme courts métrages comme "Les Héritières" (2020), "Ibiza" (2021), "Les Mains Sales" (2021) et "Les Reines du Mambo" (2023). L'idée du film est tirée de la propre expérience de la cinéaste  qui a travaillé une été comme femme de ménage pour une riche saoudienne dont elle a ensuite compris qu'elle était la maîtresse entretenue d'unriche prince saoudien : "J'ai poussé les curseurs : l'idée qu'elles ne sortent pas, qu'il n'y ait qu'une seule personne au service de Souria... Cette torsion du réel a rendu possible leur rapprochement." Elle a d'abord signé une ébauche avec un court-métrage alors qu'elle étudiait à la Fémis, puis la réalisatrice-scénariste a ensuite demandé à Pauline Guena de participer à l'écriture, cette dernière est connue comme romancière, et si elle a déjà écrit des scénarios pour la télévision elle est surtout connue pour avoir écrit "18.3 - une Année à la PJ" (2020) qui a été adapté pour l'excellent film "La Nuit du 12" (2022) de Dominik Moll. Si le point de départ est donc autobiographique, les deux co-autrices ont en amont effectué un véritable travail d'enquête auprès de femmes saoudiennes, de personnels de palaces et se sont appuyées sur les livres "Fugitives" (2021) de Hélène Coutard et "Servir les Riches" (2022) de Alizée Delpierre... 

En attendant d'entrer à l'armée où elle a postulé, Lora accepte un emploi particulier, devenir femme de ménage et femme de chambre unique au service 7 jours sur 7 et 24h sur 24 pour Souria, riche maîtresse entretenue par un prince saoudien marié. Tandis que Lora doit s'adapter au luxe comme aux caprices de Souria, un lien ténu se tisse entre elles alors que petit à petit la cage dorée va se refermer malgré les espérances de Souria... Lora est interprétée par Malou Khebizi révélation de "Diamant Brut" (2024) de Agathe Riedinger et vue depuis dans "Enzo" (2025) de Robin Campillo, "Love Me Tender" (2025) de Anna Cazenave Cambet et "Les Filles Désir" (2025) de Princia Car, tandis que Souria est incarnée par Soundos Mosbah dans son premier grand rôle après une apparition dans "The Grill" (2025) de Alonso Ruizpalacios. Citons ensuite surtout l'homme à tout faire du prince joué par l'acteur arabo-israélien Ziad Bakri issu d'une grande famille d'acteurs vu notamment dans "Le Temps qu'il Reste" (2009) de Elia Suleiman, "Miral" (2010) de Julian Schnabel, "Le Traducteur" (2020) de Rana Kazkaz et Anas Khalaf ou "Les Barbares" (2024) de et avec Julie Delpy... Comme le précise et l'avoue la cinéaste, son expérience n'a pas été aussi traumatisante que dans le film, son petit job d'été aura surtout été une base de travail pour tisser un récit où elle pousse les curseurs comme elle dit et ainsi nourrir un certain fantasme érotico-exotique à la sauce des Mille et une Nuits mais en y retirant l'extase, le plaisir et surtout le bonheur dont le luxe reste écrin fait d'écran de fumée. Fantasme ou légendes urbaines aussi que des films comme "Harem" (1985) de Arthur Joffé ont notamment permis de véhiculer, plus contemporain on peut aussi y ajouter un soupçon de sugar daddy et le tout sous la dimension psycho-anxiogène du huis clos. D'emblée la situation est singulière et sous tension car nullement naturel, où comment un employeur logiquement très riche engage une seule et unique servante pour sa maîtresse (certe !) mais aussi pour un hôte particulier trop immense pour une seule employée ; c'est déjà bizarre et c'est sans doute le point le moins crédible du film en y ajoutant le 24/24 et le 7/7. Sur ce point le curseur aurait pu être moins surréaliste. Une organisation et des conditions particulièrement secrète qui finissent par faire sourire de par ses détails un peu fumeux.

On finit par accepter et assimiler les choses comme le fait Lora/Khebizi, surtout quand on se dit que d'un côté les milliardaires sont hors sol et que de la paie pousse forcément à fermer les yeux et faire un effort. Il y a des limites, on apprécie par ailleurs que Lora crée le premier "bug" même s'il arrive peut-être un peu tard... ATTENTION SPOILERS !... La première partie est un peu longue, près de 45mn pour voir Lora apprendre et comprendre le fonctionnement et la vie de Souria ça devient redondant, surtout qu'après la petite Rébellion de Lora, il aurait été plus intéressant d'étoffer la relation plus intime entre les deux femmes alors que la sororité est en fait assez peu exploitée... FIN SPOILERS !... Néanmoins, le film reste prenant, on croit sans peine à la possibilité de cette histoire entre esclavage moderne et prostitution assumée pour et par une femme qui veut sortir de sa condition malgré les risques. Très bon point pour la sculpturale Soundos Mosbah alias Souria qui joue à merveille passant de la femme forte, faussement indépendante mais croyant autant à son amour qu'à sa bonne étoile et qui, petit à petit, évolue vers le doute, d'abord en se persuadant que tout va bien et que rien ne peut entraver son bonheur puis en jouant un va-tout. Petite pensée au récent film "Moon" (2025) de Kurdwin Ayub dont il partage plusieurs thématiques. Bon point également sur l'importance et la gestion des langues qui restent une barrière et délimitent presque malgré elles la domination, l'intimité ou le secret, le travail ou évidemment la soumission. 

 

Note :        

14/20
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