Notre Salut (2026) de Emmanuel Marre
Premier long métrage en solo pour Emmanuel Marre, qui a auparavant signé plusieurs courts métrages comme "Le Désarroi du Flic Socialiste Quechua" (2014) ou "Le Film de l'Eté" (2017), le moyen métrage "D'un Château l'Autre" (2018), et surtout le long métrage "Rien à Foutre" (2021) co-réalisé avec Julie Lecoustre. Le Réalisateur-scénariste a eu l'idée du film après avoir lu des lettres de ses aïeux, il s'inspire donc de son arrière-grand-père, Henri Marre, qui était inspecteur provincial au Bureau du Commissariat à la Lutte contre le Chômage de Limoges dans les années 1940. Au vu du speech on pense évidemment à un autre jeune homme dont l'ambition et l'immaturité à mener à la Collaboration, l'excellent "Lacombe Lucien" (1974) de Louis Malle, à la différence près que ce dernier parle d'une collaboration "habituelle" active et armée alors que Emmanuel Marre plonge dans la collaboration administrative des cols blancs.. Septembre 1940, le régime de Vichy sous l'autorité du maréchal Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou ni contact, loin de sa femme et de ses enfants, mais sans avoir oublié son traité politique édité à compte d'auteur, "Notre Salut", où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d'ingénieur. Il voit dans la nouvelle administration une opportunité de trouver la place qu'il mérite...
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Henri Marre est incarné par Swann Arlaud vu dernièrement dans "L'Etranger" (2025) de François Ozon, "L'Inconnu de la Grande Arche" (2025) de Stephane Demoustier et "La Condition" (2025) de Jerôme Bonnell, tandis que son épouse est jouée par Sandrine Blancke vue dans "Un Monde" (2021) de Laura Wandel, "Dalva" (2022) de Emmanuelle Nicot ou "Daaaaaali !" (2023) de Quentin Dupieux. Citons ensuite Mathieu Perotto apparu dans "Le Ravissement" (2023) de Iris Kaltenbräk, "Marie-Line et son Juge" (2023) de Jean-Pierre Améris ou "Eat the Night" (2024) de Caroline Poggi ou Jonathan Vinel, Jean-Baptiste Marre (fils de et donc arrière...), Harpo Guit réalisateur-scénariste-acteur de "Fils de Plouc" (2021) et "Aimer Perdre" (2024), Mathilde Abd Del Kader aperçue dans "Sage-Homme" (2023) de Jennifer Devoldere, Laurent Poitrenaud vu dans "Iris et les Hommes" (2023) de Caroline Vignal ou "Maigret et le Mort Amoureux" (2026) de Pascal Bonitzer, Manon Kneusé aperçue dans "Comment je suis devenu Super-Héros" (2020) de Douglas Attal ou "Gourou" (2026) de Yann Gozlan, Alexandre Steiger apparu dans "La Larbin" (2024) de Alexandre Charlot et Franck Magnier ou "Le Beau Rôle" (2024) de Victor Rodenbach, Thierry de Peretti réalisateur entre autre de "Enquête sur un Scandale d'Etat" (2022) et acteur dans "Doubles Vies" (2019) de Olivier Assayas ou "Moi qui l'Aimais" (2025) de Diane Kurys, Emmanuel Salinger vu dans "La Passion de Dodin Bouffant" (2023) de Tran Anh Hung ou "Je le Jure" (2025) de Samuel Theis, Vincent Lecuyer apparu dans "La Très Très Grande Classe" (2022) de Frédéric Quiring ou "Le Sixième Enfant" (2022) de Leopold Legrand, Laetitia Spigarelli aperçue dans "Les Apparences" (2020) de Marc Fitoussi ou "La Meilleure Version de Moi-Même" (2021) de et avec Blanche Gardin, puis Raphaël Thiéry vue notamment dans "Pauvres Créatures" (2023) de Yorgos Lanthimos, "L'Homme d'Argile" (2024) de Anaïs Tellenne ou "La Venue de l'Avenir" (2025) de Cédric Klapisch... D'emblée le film marque la rétine avec un choix visuel marqué, une image très granuleuse, qui appuie l'idée d'une autre époque, d'un style très docu-fiction, avec un cadrage qui accentue la sensation que nous, spectateurs, sommes comme une petite souris qui regarde par le petit bout de la lorgnette des événements à la fois courants, presque anodins et pourtant si essentiels et importants pour toute une société. La plupart des films qui nous racontent les coulisses plus ou moins politiques le font dans les très hautes sphères, ici nous sommes surtout dans la grande fourmilière des "petits" cols blancs, des "petits" chefs qui ne savent pas toujours l'importance qu'ils peuvent avoir dans la grande machine administrative. La personnalité, le personnage même de Henri Marre/Arlaud nous est dévoilé dans une scène pré-générique remarquable, où il apparaît vite comme un homme entre l'arriviste aux gros sabots, l'ambitieux râté et l'opportuniste de bas étage malgré des qualités a priori certaine mais surtout idéaux pour devenir un serviteur dévoué mais sans réelle personnalité. On suit donc les semaines de galères pour ce petit homme afin de se frayer un chemin vers la réussite sociale, son ascension qui lui confirme sa bonne étoile mais qu'on sait forcément fragile, mais surtout son cheminement institutionnel suit us même intolérante mais pourtant si sincèrement amoureuse ; ce paradoxe est assez fascinant et explique en partie le fil conducteur aussi logique que judicieux : les lettres de son épouse.
Ainsi se met en place une voix Off épistolaire où se dessine une femme socialement supérieure à son époux, une femme assez intransigeante, voire dure et parfois même intolérante mais aussi sincèrement amoureuse, ce qui explique sans doute que son époux se batte pour se faire une place digne de son épouse, l'autre côté s'expliquant par un pétainisme aveugle et authentique ; le scène des premières minutes où il est mis en garde par son "fanatisme" est saisissante. Si la voix Off épistolaire est une ligne directrice, Henri/Arlaud sert de vecteur pour décrire, montrer et décortiquer toute une machine administrative à la fois professionnelle dans le sens noble du terme, dépassée par les événements et les pressions allemandes, tandis que chacun chacune tente de naviguer entre les différentes opinions et/ou sensibilités des uns et des autres. On pense alors au choix du titre étranger, "A Man of his Time", soit "un homme de son temps", qui rappelle aussi que les français de l'époque n'avaient sans doute pas tous les cartes en main pour comprendre les faits, gérer un timing imposé par une géo-politique en ébullition, et que 40 millions de pétainistes prouvent aussi qu'il a fallu du temps pour agir ou réagir. Le film impose des réflexions à tous les niveaux, à quel point pouvons-nous aujourd'hui juger ou non et quel degré d'action peut-on condamner ou non alors même qu'il nous est impossible de dire si nous aurions fait mieux ou autrement ?! Malgré le sérieux d'un contexte forcément tragique, le film n'est pas dénué d'humour ou de légèreté mais jamais gratuitement. Ainsi la musique anachronique sur certains passages rappellent une certaine ironie, voire de sarcasme et crée un parallèle contemporain d'une modernité magistrale, ainsi que de quelques passages plutôt drôles qui s'appuie sur la bêtise ou la dimension pathétique que notre oeil d'aujourd'hui permet de savourer. Un régal. Les acteurs sont impeccables, dont une performance digne des plus grands de Swan Arlaud qui offre une palette de nuances infinies. Emmanuel Marre signe un grand film, qui ne pêche que par une fin sans doute un peu trop tirée en longueur, voire même peut-être superflue sur les 5-10 dernières minutes même si elle ne manque pas d'une certaine mélancolie. A voir et à conseiller.
Note :
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