Le Trésor de la Sierra Madre (1948) de John Huston
Après ces débuts marquants en signant comme premier film un maître étalon du Film Noir avec "Le Faucon Maltais" (1941), John Huston avait enchaîné avec "L'Amour n'est pas un Jeu" (1942) et "Griffes Jaunes" (1942) mais la Seconde Guerre Mondiale le poussa à intégrer les forces armées pour signer des films de propagandes notamment "Report from the Aleutians" (1943) et "La Bataille de San Pietro" (1945) mais surtout il fera sensation avec le documentaire "Que la Lumière soit" (1946) sur le traitement psychiatrique des blessés de guerre ; les images insoutenables feront que le film sera rapidement interdit avant une présentation au Festival de Cannes 1981. John Huston va attendre plusieurs années avant de revenir au cinéma de fiction et son choix va se porter sur le roman "Der Schatz der Sierra Madre" (1927) de B. Traven (Tout savoir ICI !), un auteur est connu pour brouiller les pistes sur son identité et son passé notamment en usant de nombreux pseudonyme, mais à partir du tournage du film un journaliste révèle que l'agent littéraire qui est conseiller technique sur le tournage nommé Hal Croves est en fait l'auteur lui-même et que son vrai nom est Torsvan. Ainsi ces révélations vont lancer une "chasse au Traven" par de nombreux autres journalistes au fil des ans, ce qui amusera le principal intéressé à déjouer les enquêteurs. L'auteur sera encore porté à l'écran avec les films "Les Mutins du Yorik" (1959) de Georg Tressler et "Macario" (1960) de Roberto Gavaldon. Dans tous les cas, John Huston signe un retour gagnant, le film est un succès public et est bien reçu par les critiques avec en prime les Oscars du meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleur second rôle masculin pour son propre père, Walter Huston ; d'ailleurs pour l'anecdote, son père voulait ce rôle mais au départ le fils avait refusé arguant qu'il était trop jeune pour le rôle, Walter Huston retira alors son dentier et demanda à son fils "Et comme ça, ça ira ?", a priori oui... Deux aventuriers américains, Dobbs et Curtis quittent un chantier après un petit problème et rencontre Howard un chercheur d'or qu'il presse de les prendre comme associés. Malgré ses doutes sur ces deux hommes Howard accepte. Malgré tout les trois compagnons finissent par découvrir un filon. Mais la fièvre de l'or installe la discorde au sein du trio, entre le danger d'une attaque de bandits il y a aussi Dobbs qui devient paranoïaque dans sa crainte d'une trahison de ses deux camarades...
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Le vieux Howard est incarné donc par le père du réalisateur Walter Huston qui était dans les deux premiers films de son fils, mais aussi vu dans "Le Code Criminel" (1931) de Howard Hawks, "Le Banni" (1943) de Howard Hugues ou "Duel au Soleil" (1946) de King Vidor, il retrouve ainsi la star Humphrey Bogart qui lui était dans le premier et "Griffes Jaunes" (1942) et qui est entre temps devenu une des plus grands stars de Hollywood confirmant avec "Casablanca" (1942) de Michael Curtiz, "Le Port de l'Angoisse" (1944) et "Le Grand Sommeil" (1946) tous deux de Howard Hawks, puis le second aventurier joué par Tim Holt remarqué dans "La Chevauchée Fantastique" (1939) et "La Poursuite Infernale" (1946) tous deux de John Ford et "La Splendeur des Amberson" (1942) de Orson Welles, et joue ainsi aux côtés de son père Jack Holt et ses plus de 180 films entre "Salomy Jane" (1914) de William Nigh et "Au-Delà du Missouri" (1951) de William A. Wellman en passant par "Horizons en Flammes" (1949) de Delmer Daves dans lequel il retrouvera Bruce Bennett qui retrouve Bogart après "Sahara" (1943) de Zoltan Korda et "Les Passagers de la Nuit" (1947) de Delmer Daves, puis retrouvera aussi dans "La Rivière d'Argent" (1948) de Raoul Walsh et "Terre sans Pardon" (1957) de Rudolph Maté son partenaire Barton MacLane qui retrouve Bogart après "Le Faucon Maltais" (1941) et après "La Grande Evasion" (1941) de Raoul Walsh et "Echec à la Gestapo" (1941) de Vincent Sherman, il retrouvera aussi dans "Terre sans Pardon" (1957) l'acteur Robert Blake révélé par la célèbre série TV "Les Vieilles Canailles" (1939-1944) qui sera célèbre adulte pour le drame "De Sang Froid" (1967) de Richard Brooks et retrouvera entre autre dans "La Rose Noire" (1950) de Henry Hathaway l'acteur mexicain Alfonso Bedova vu dans "Gran Casino" (1947) de Luis Bunuel, et plus tard dans "Les Massacreurs du Kansas" (1953) de André De Toth ou "Les Grands Espaces" (1958) de William Wyler, citons encore Arturo Soto Rangel acteur aux plus de 250 films dont "Simon Bolicar" (1942) et "Maria Magdalena" (1946) tous deux de Miguel Contreras Torres et plus tard dans "Les Orgueilleux" (1953) de Yves Allégret ou "Le Jardin du Diable" (1954) de Henry Hathaway, puis enfin n'oublions pas John Huston lui-même dans un caméo de riche américain en complet blanc pour sa première apparition devant la caméra, il fera ensuite l'acteur de temps en temps pour lui comme pour d'autres réalisateurs... Le film débute avec ce qui pourrait être une curiosité, un américain qui est tel un SDF au Mexique dans un contexte politique très tendu puisqu'on sait qu'on se situe peu de temps après la Révolution mexicaine soit environ fin des années 1910. Les aventuriers américains qui veulent profiter de la situation politique cacophoniques au Mexique est souvent abordé au cinéma et sont souvent des mercenaires on pense surtout à "Les Professionnels" (1966) de Richard Brooks et "Il était une Fois la Révolution" (1971) de Sergio Leone. Il est déjà plus rare de voir un américain SDF, râté et paumé d'autant plus qu'il est incarné par une des plus grandes stars de son temps, Humphrey Bogart. La situation est complexe, puisque les federales (police fédérale mexicaine) traque les bandes de hors-la-loi qui profitent de la confusion générale dans le pays, ce qui fait que le trio de gringos chercheurs d'or sont en région dangereuse et instable tandis que la ruée vers l'or est déjà en déclin. Un déclin qui n'est pas probant car la fièvre de l'or est encore forte. Juste avant que le trio se forme d'ailleurs, le vieux Howard/Huston père, annonce la couleur en expliquant clairement que la fièvre de l'or est un poison et ne peut que finir dans la paranoïa et le drame. Howard/Huston père montre ainsi qu'il est d'une grande lucidité jusqu'à avouer que, malgré tout, il y retournerait sans hésiter !
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Le personnage de Howard est sans doute le plus intéressant, car il est lucide et perspicace mais il est pourtant incapable de renoncer et sait parfaitement que ses compagnons ne sont pas fiables, la soif de l'or reste le plus fort comme une dépendance à la drogue pour un junkie. L'ironie se confirme dès les premiers jours dans le désert où les néophytes Curtin/Holt et Dobbs/Bogart tombe en extase et dans une euphorie très et trop vite pour rien du tout, du strass rocailleux que Howard/Huston père calme aussitôt en expliquant que ce n'est que "l'or des fous". Un événement qui paraît anodin mais qui démontre une fois de plus que les deux "jeunes" sont d'une immaturité évidente dans le domaine et qu'ils vont devoir apprendre du vieux Howard. Le trio est formé de trois hommes très différents, d'abord le vieux Howard/Huston père qui est le plus expérimenté, à la fois gai luron, sage et d'une lucidité redoutable qui semble attendre le moment où forcément le drame arrivera, puis Curtin/Holt le plus jeune, celui qui semble le plus loyal et le plus honnête, puis Dobbs/Bogart qui paraît celui qui n'a jamais eu de chance dans la vie, aigri et bougon dont on devine que tous les malheurs qui lui sont arrivés n'ont jamais été de sa faute, voir même il est surtout victime d'une malchance innée et qui ne cache pas sa méfiance envers les autres. John Huston suit ses personnages dans un récit dont on sait que ça finira mal, le processus débute assez vite mais dégénère au fil des jours, des semaines et des mois (une dizaine a priori), où la paranoïa s'impose insidieusement, de façon plus ou moins directement ou violemment selon le personnage. Entre western et thriller psychologique, le scénario instille aussi quelques pincée de sarcasme, de cynisme ou d'ironie surtout à la fin symbolisé par une crise de rire qui n'est pourtant pas sans malaise ou mélancolie. Un très grand film à voir et à conseiller sur l'avarice et les rêves perdues...
Note :
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