Mort de l'actrice Marina Vlady

par Selenie  -  25 Septembre 2026, 14:44  -  #Décès de star - Bio

L'étoile russe née sous le ciel de France Marina Vlady est morte ce 24 septembre 2026 à l'âge de 88 ans.

Hommage à Marina Vlady - Le blog d'Alexandre Clément

Née en 1938 à Clichy, Catherine Marina de Poliakoff est la fille d'émigrés russes d'un père chanteur d'opéra arrivé en France en 1915 et ayant combattu dans les tranchées, et d'une mère danseuse étoile arrivée en France en 1919. Elle est la quatrième fille, ses trois soeurs aînées (les futures Olga Varen, Odile Versois et Hélène Vallier) vont également devenir actrices. Elle seront connues sous leur surnom des "soeurs Poliakoff" (ci-dessous). Selon Paris Match dans une édition de 1955, le choix d'un pseudo-patronyme commençant par V a été un choix réfléchi des soeurs, le "V" symbolisant la victoire en 1945 suite à une Seconde Guerre Mondiale qu'elles ont connu enfants. Malgré le statut artistique des parents la situation sociale de la famille reste difficile, le père devient ouvrier dans une usine frigorifique à Clichy. Néanmoins, la petite Marina entre à l'école de danse de l'Opéra, et dès 1949 elle fait la Une de la revue "La Vie catholique illustrée" qui pose la question : "Ce petit rat deviendra-t-il une étoile ?".

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Un premier pas qui lui permet d'obtenir un premier rôle au cinéma avec ses soeurs Odile Versois et Olga Varen dans "Orage d'Eté" (1949) de Jean Gehret. La jeune actrice n'arrêtera plus de tourner et commence par multiplier les petites rôles à un rythme effréné avec pas moins une grosse quinzaine de films en cinq ans avec entre autre "Dans la Vie tout s'arrange" (1952) de Marcel Cravenne, "La Fille du Diable" (1952) de Primo Zeglio, "Les Infidèles" (1953) de Steno et Mario Monicelli, "L'Âge de l'Amour" (1953) de Lionello De Felice, et surtout elle connaît un premier succès personnel avec un rôle principal dans "Avant le Déluge" (1954) de André Cayatte qui est primé au Festival de Cannes 1954 notamment malgré la censure (thème de peur nucléaire) puis retrouve sa soeur Olga Varen dans "Jours d'Amour" (1954) de Giuseppe De Santis et Leopold Savona avec aussi la star Marcello Mastroianni.

Alors qu'elle connaît un nouveau succès dans un rôle principal aux côtés de ses trois soeurs dans "Sophie et le Crime" (1955 - ci-dessous) de Pierre Gaspard-Huit, la jeune actrice de seulement 17 ans rencontre le réalisateur-acteur Robert Hossein avec qui elle se marie. Aussitôt après ils tournent ensemble le film "Les Salauds vont en Enfer" (1955) sur lequel l'actrice déclarera plus tard : "Accueil mitigé. La presse évoque surtout notre mariage ! Robert est déçu, mais récolte ce qu'il a semé. A tant vouloir être à tu et à toi avec toutes sortes de journalistes, il devient (en m'entraînant à la suite) une vedette de journaux à potins. Je suis très choquée, car je trouve le film original et notre travail très au-dessus des films de cette année-là." 

L'actrice et Robert Hossein forment alors un couple de stars très en vue et ne se quitte plus. Ils vont tourner ensemble six films successifs, trois réalisé par Hossein lui-même avec "Pardonnez nos Offenses" (1956), "Toi, le Venin" (1959 - ci-dessous) avec également la soeur Odile Versois, et "La Nuit des Espions" (1959), des films à l'accueil souvent mitigé.

Puis ils tournent ensemble également sous la direction d'autres réalisateurs avec "Crime et Châtiment" (1956) de Georges Lampin, "La Sentence" (1959) de Jean Valère et "Les Canailles" (1960 - ci-dessous) de Maurice Labro avec entre temps leur divorce officialisé en 1959.

Elle joue ensuite le rôle titre dans l'adaptation luxueuse de l'oeuvre de Madame de La Fayette avec "La Princesse de Clèves" (1961 - ci-dessous) de Jean Delannoy avec aussi Jean Marais, qu'une partie de la critique (essentiellement Les Cahiers du Cinéma) juge trop académique. Mais ce film confirme le statut de l'actrice comme une star qui peut porter un film et dans lequel il est remarqué la classe et la distinction de l'actrice qui était jusque là vue dans sa dimension érotique.

Désormais l'actrice tourne très régulièrement entre la France et l'Italie et qui alterne les genres avec autant de facilité. Elle joue aux côtés de Lino Ventura et Magali Noël dans "La Fille dans la Vitrine" (1961 - ci-dessous) de Luciano Emmer, puis joue dans "Adorable Menteuse" (1962) de Michel Deville assistée de sa soeur Olga Varen.

Citons aussi "La Steppe" (1962) de Alberto Lattuada, "Les Bonnes Causes" (1963) de Christian-Jaque avec Bourvil et Virna Lisi, puis elle retrouve son ex-mari Robert Hossein pour "Le Meurtrier" (1963) de Claude Autant-Lara, et surtout elle connaît sa première grande reconnaissance avec "Le Lit Conjugal" (1963 - ci-dessous) de Marco Ferreri pour lequel elle obtient au Festival de Cannes 1963 le Prix d'interprétation féminine.

Elle joue aux côtés de Ugo Tognazzi et Rhonda Fleming dans la comédie italienne "Mes Femmes Américaines" (1965) de Gian Luigi Polidoro, joue aux côtés de l'autre française Jeanne Moreau dans "Falstaff" (1965) de et avec Orson Welles, joue dans la comédie "On a volé la Joconde" (1966) de Michel Deville, accepte un intermède plus commercial avec "Atout Coeur à Tokyo pour OSS 117" (1966) de Michel Boisrond avant de revenir au cinéma d'auteur avec "Deux ou Trois Choses que je sais d'Elle" (1967 - ci-dessous) de Jean-Luc Godard et devient une des maîtresses du maître dans "Un Amour de Tchekhov" (1969) de Sergueï Ioutkevitch.

Durant cette période, Marina Vlady retrouve ses soeurs pour une courte carrière de chanteuses sous le nom de scène "Les Soeurs Poliakoff" (ci-dessous). Elles sortent deux albums entre 1967-1968 avec en prime une Grand Prix international du disque Charles Cros. En solo Marina Vlady sort son propre album en 1973 dont le titre "Le Voleur de Chevaux" connaîtra un réel succès.

Les années 70 voit doucement le nom de Marina Vlady prendre un peu moins de place sur les affiches, les premiers rôles importants vont petit à petit se faire plus rares. Elle apparaît aux côtés des plus grands stars masculines italiennes dans le film à sketchs "Contestation Générale" (1970) de Luigi Zampa, joue avec Bruno Cremer dans "Pour un Sourire" (1970) de François Dupont-Midy, incarne le rôle titre dans "Sapho ou la Fureur d'Aimer" (1971) de Georges Fandel, participe à la comédie chorale "Tout le Monde il est Beau, Tout le Monde il est Gentil" (1972) de et avec Jean Yanne aux côtés de Bernard Blier ou Michel Serrault, puis joue dans le thriller politique "Le Complot" (1973 - ci-dessous) de René Gainville où elle est l'épouse de Jean Rochefort.

Après une participation dans la série TV "Les Charmes de l'Eté" (1974), elle joue dans le polar "Sept Morts sur Ordonnance" (1975) de Jacques Rouffio avec Gérard Depardieu et Michel Piccoli, retrouve Jean Rochefort et surtout est la maîtresse du Régent Philippe Noiret dans "Que la Fête commence..." (1975 - ci-dessous) de Bertrand Tavernier, est a fille de John Huston acteur dans l'évocateur "Le Mystère du Triangle des Bermudes" (1978) de René Cardona Jr. puis joue l'adaptation de la pièce éponyme "Duos sur Canapé" (1979) de Marc Camoletti avec Jean Lefebvre et Michel Galabru.

QUE LA FETE COMMENCE - PHILIPPE NOIRET BOX OFFICE 1975 - BOX OFFICE STORY

L'actrice tourne toujours beaucoup, mais désormais un peu moins au cinéma et plus à la télévision. Mais son éclectisme de genre et son côté globe-trotter ne se démentent jamais. Durant les années 80 citons surtout "Bordelo" (1984) de Nikos Koundouros où elle joue un rôle hommage de Mme Hortense la prostituée retraitée de "Zorba le Grec" (1964) de Michael Cacoyannis, joue ensuite dans "Tangos, l'Exil de Gardel" (1985) de Fernando Solanas qui reçoit notamment le Grand Prix spécial du Jury à la Mostra de Venise 1985 et le César 1986 de la meilleure musique, vire dans la comédie populaire avec "Twist again à Moscou" (1986) de Jean-Marie Poiré où elle retrouve Philippe Noiret et Bernard Blier, joue dans la comédie érotique adaptée de Aldred De Musset "Les Exploits d'un Jeune Don Juan" (1986) de Gianfranco Mingozzi qui est le premier film d'une certaine Virginie Ledoyen, puis elle retrouve 35 ans après "Jours d'Amour" (1954) son partenaire Marcello Mastroianni pour "Splendor" (1989 - pendant la promo ci-dessous) de Ettore Scola.

Présente aussi sur le petit écran elle a joué de plusieurs téléfilms comme "La Nuit de l'Eté" (1978) de Jean-Claude Brialy ou "Victoire ou la Douleur des Femmes" (2000) de Nadine Trintignant, puis dans des séries TV comme "La Chambre des Dames" (1983) ou "Dans un Grand Vent de Fleurs" (1996).

 

Elle a joué aussi au théâtre mais de façon plus parcimonieuse, la première fois sus la direction de son époux Robert Hossein et de sa propre pièce (Vous qui nous Jugez" (1957), puis plus tard citons par exemple "Les Trois Soeurs" (1966) ou "La Cerisaie" (1999) toutes deux d'après Tchekhov, sans oublier "Vladimir Vyssotski ou le Vol arrêté" (2006-2009) d'après son propre livre éponyme.

 

A partir des années 90 l'actrice tourne très peu pour le cinéma mais montre encore une curiosité remarquable tournant en Russie le film d'épouvante "Le Vampire" (1991 - ci-dessous) de Ievgueni Tatarski d'après un roman de Tolstoï, puis ne quitte pas vraiment son pays d'origine avec le film japonais "Rêve de Russie" (1992) de Jun'Ya Satô où elle incarne Catherine II de Russie, puis elle joue son propre rôle aux côtés d'une trentaine de vedettes et de stars dans "Le Fils de Gascogne" (1996) de Pascale Aubier.

Марина Влади (Marina Vlady, Catherine Marina de Poliakoff-Baïdaroff) -  актриса - фильмография - Пьющие кровь (1991) - европейские актрисы -  Кино-Театр.Ру

Elle apparaît ensuite au cinéma dans "Quelque Jours de Répit" (2010) de Amor Hakkar et le court métrage "L'Air d'un Oubli" (2016) de Olivier Fély-Biolet qui sera son ultime film, mais son dernier rôle sera pour la télévision avec le téléfilm "Tu vivras ma Fille" (2018) de Gabriel Aghion.

Quelques jours de répit - Film 2010 - AlloCiné

Au fur et à mesure qu'elle devient rare sur les écrans elle se consacre de en plus à l'écriture en débutant avec ses soeurs pour le récit collectif "Babouchka" (1979). Puis elle va écrire de plus en plus avec avant tout "Vladimir ou le Vol arrêté" (1987) qu'elle écrit en hommage de son amour Vladimir Vyssotski, suivront encore des récits ou des romans comme "Récist pour Militza" (1989), "Le Collectionneur de Venise" (1990), "Du Coeur au Ventre" (1996) ou "Le Fol Enfant" (2009) sans oublier bien sûr ses Mémoires "24 Images/Seconde" (2005).

 

L'actrice a été très tôt investi d'un militantisme de gauche d'abord en cachant Francis Jeanson le fondateur d'un réseau de soutien du FLN à la fin de la guerre d'Algérie. Elle adhère au PCF en 1968, devient dans les années 70 membre de la présidence de l'association France-URSS. Elle est une des signataires du Manifeste des 343 pour le droit à l'avortement.

Marina Vlady - Filmmakers Europe

Niveau coeur, Marina Vlady épouse à 17 ans le réalisateur-acteur Robert Hossein dont elle divorce en 1959 mais avec qui elle a eu deux garçons, Pierre et Igor. Elle épouse ensuite en 1963 l'ancien Résistant devenu entrepreneur dans l'aviation Jean-Claude Brouillet avant un divorce en 1966 non sans avoir eu un enfant nommé Vladimir. Après deux ans de vie commune elle épouse en 1970 l'artiste soviétique Vladimir Vyssotsi jusqu'à sa mort prématurée d'une crise cardiaque en 1980. Peu de temps après elle se met en  ménage avec Léon Schwartzenberg, cancérologue avec qui elle reste jusqu'à la mort de ce dernier en 2003.

 

Grande actrice au charme slave et au visage "botticellien" (selon le magazine Première), Marina Vlady aura écumé près de 70 ans de cinéma dans une centaine de rôles dans tous les genres et à travers le monde, souvent dans des films d'auteur non sans avoir le courage de s'essayer aussi à des films plus consensuels.

 

Marina Vlady, sublime actrice, nous a quitté ce jeudi 24 septembre 2026 à l'âge de 88 ans, partie retrouvée ses soeurs Poliakoff qui l'avaient devancée... 

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