Justin le Juste (2026) de Eric Barbier

par Selenie  -  25 Septembre 2026, 10:31  -  #Critiques de films

Réalisateur de "Le Brasier" (1991), "Petit Pays" (2020) ou "La Promesse de l'Aube" (2017), Eric Barbier revient avec un projet adapté du roman "Justin le Juste ou La Charette" (1967) de Jean Pompougnac, qui a été connu surtout dans les années 70-80 comme humoriste notamment membre de l'émission TV "La Classe". Eric Barbier a été séduit par le ton satirique et antimilitariste du roman mais, pourtant il en modifie néanmoins une grande partie. En effet, le réalisateur-scénariste s'est aussi beaucoup appuyé sur le roman "Les Aventures du Brave Soldat Svejk" (1921) de Jaroslav Hasek et du livre de témoignage "Les Carnets de Guerre de Louis Barthas, tonnelier" (1977)... 1915. La Première Guerre Mondiale est déjà un carnage. Justin, un misérable paysan est envoyé à la guerre, une guerre dont il ne comprend pas les causes ou les raisons et dont il ne connaît pas l'ennemi. Alors qu'il ne rêve que de sa ferme, il rencontre un tirailleur sénégalais, Basile qui va lui ouvrir les yeux sur les horreurs qui l'entourent... 

Le rôle titre est incarné par Alban Ivanov vu récemment dans "Challenger" (2024) de Varante Soudjian, "French Lover" (2025) de Nina Rives ou "Marsupilami" (2026) de Philippe Lacheau. Le tirailleur est joué par Birane Ba vu dans "Je verrai toujours vos Visages" (2023) de Jeanne Herry, "Mercato" (2025) de Tristan Séguéla, "La Petite Cuisine de Mehdi" (2025) de Amine Adjina ou "Qui brille au Combat" (2025) de Joséphine Japy. Citons ensuite Alexandre Lamy vue récemment dans "L'Île de la Demoiselle" (2025) de Micha Wald, "Compostelle" (2026) de Yann Samuell et "Pour le Plaisir" (2026) de Reem Kherici, Thierry Hancisse vu dernièrement dans "Eat the Night" (2024) de Caroline Poggi et Jonathan Vinel et "Planète B" (2024) de Aude-Léa Rapin,  Nicolas Avinée vu dans "Le Règne Animal" (2023) de Thomas Cailley, "Couture" (2026) de Alice Winocour et "Les Rayons et les Ombres" (2026) de Xavier Giannoli, puis Jean-Edouard Bodziak apparu dans "OSS 117 : Alerte Rouge en Afrique Noire" (2021) de Nicolas Bedos ou "L'Âme Idéale" '2025) de Alice Vial... D'emblée on peut préciser que le réalisateur-scénariste a beaucoup modifier le récit puisque les deux personnages principaux aux côtés de Justin/Ivanov, la journaliste Marie et le soldat Basile n'existe pas dans le roman. La première est directement inspiré de Annie De Pène (Tout savoir ICI !) qui a réellement été journaliste au Canard Enchaîné pour lequel elle a effectivement été la première femme journaliste a écrire sur les tranchées, tandis que le second est inspiré du soldat sénégalais Lamine Senghor (en savoir plus ICI !). Pourquoi pas, cela permet de féminiser un peu le récit et de ne pas oublier les 600000 mille tirailleurs qui ont combattu pour la France. Le plus gros soucis reste le personnage de Justin le Juste lui-même, qui est une caricature un peu trop appuyée. En effet le postulat de départ en fait un serf (rappelons que le servage en France métropolitaine avait disparu depuis plusieurs siècles) inculte et vivant en autarcie depuis toujours ; complètement invraisemblable qu'il n'est jamais vu un (son) village ne serait-ce qu'en pensant un peu à sa femme et son fils à une époque où l'Eglise était omniprésente. Ne parlons pas de l'image donnée du paysan qui serait donc un crétin benêt.

Alors oui, on fait un effort pour assimiler ce Justin qui existerait peut-être en acceptant que ce film reste une fable avec toutes les libertés narratives que cela permet... Mais c'est dur dur... Et pourtant, on finit par être touché au coeur par un personnage magnifique interprété par un Alban Ivanov qui apporte toute la bonhommie nécessaire à ce personnage de conte moderne qui serait idéal en bande-dessinée ludique et vulgarisateur ; petite pensée à la saga "Les Enfants de la Résistance". Le récit se scinde eu deux grandes parties, la première est excellente surtout par ses scènes de tranchées. La reconstitution historique est impressionnante, les décors sont bluffants pour une "comédie" on sent un réel soucis d'authenticité qui est à saluer. La seconde partie est belle dans le sens humaniste et du courage mais c'est aussi là que le film confirme et assume le choix de la fable (à tous points de vue). Plein de beaux et bons sentiments il est aussi assez ironique de percevoir dans cette histoire qu'il ne s'agit nullement d'un film anti-militariste, en effet la guerre est belle et bien justifiée, ce sont les ordres stupides et les exécutions sommaires qui sont dénoncées, nuance ! En tous cas le seul vrai soucis repose sur un paysan Justin beaucoup trop serf ignare, là aussi il aurait fallu un peu de nuances... Mais ça reste un film à voir et à conseiller, à montrer aux écoles aussi...

 

Note :                 

13/20
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