Bon Voyage (2003) de Jean-Paul Rappeneau

par Selenie  -  29 Septembre 2026, 09:12  -  #Critiques de films

Ce film signe le grand retour de Jean-Paul Rappeneau après plusieurs années d'attente après l'échec assurément pas mérité pour son grand film "Le Hussard sur le Toit" (1995). Avec cette nouvelle histoire il retrouve la Seconde Guerre Mondiale après son premier long métrage "La Vie de Château" (1966) qui se déroulait en 1944, alors que cette fois le récit se déroule en juin 1940. Le projet s'est lancé après la rencontre du cinéaste avec Patrick Modiano, écrivain spécialiste de la période qui avait déjà signé entre autre le scénario de "Lacombe Lucien" (1974) de Louis Malle. Réalisateur-scénariste, Jean-Paul Rappeneau co-écrit son scénario avec l'auteur, puis en collaboration avec Jérôme Tonnerre qui a signé notamment les films "La Gloire de mon Père" (1990) et "Le Château de ma Mère" (1990) tous deux de Yves Robert, "Un Coeur en Hiver" (1991) de Claude Sautet ou "Le Bossu" (1997) de Philippe De Broca, Gilles Marchand alors auréolé du succès de "Harry un Ami qui vous veut du Bien" (2000) de Dominik Moll et qui vient de réaliser son premier film "Qui a tué Bambi ?" (2003), puis son fils Julien Rappeneau pour sa première expérience d'écriture, qui retrouvera son père pour son ultime film "Belles Familles" (2015) qui sera aussi pour lui l'année de son premier film en tant que réalisateur avec "Rosalie Blum" (2015). La production est doté d'un gros budget de 27 millions d'euros qui dénote un réel espoir et une belle ambition. Malheureusement, le film reste un échec commercial engrangeant à peine 10 millions de dollars au box-office Monde pour 800000 entrées France, et ce malgré de bon accueil critique et malgré 11 nominations aux Césars 2003 dont 3 statuettes  pour la Meilleure Photographie, Meilleurs Décors et Meilleur espoir masculin... Juin 1940, juste après la débâcle face à l'armée allemande, plusieurs personnes dont des ministres, notables, grands bourgeois, journalistes, mondaines, vedettes ou espions se retrouvent dans la panique à l'hôtel Splendid à Bordeaux. Un jeune écrivain Frédéric, y retrouve sa maîtresse l'actrice Viviane Denvers, mais les affres de la déroute va bousculer leur destin entre un ministre qui courtise la vedette, la rencontre avec des Résistants ou un mystérieux journaliste... 

Le rôle principal du jeune écrivain est incarné par Grégori Derangère qui est alors en pleine reconnaissance avec le film "L'Equipier" (2003) de Philippe Lioret, et qui après sa première nomination pour son rôle dans "La Chambre des Officiers" (2001) de François Dupeyron obtient le César du meilleur espoir pour son rôle. Il est entouré de Yvan Attal qui venait de signer et jouer dans ses films "Ma Femme est une Actrice" (2001) et "Ils se marièrent et eurent Beaucoup d'Enfants" (2003), Virginie Ledoyen vue entre autre dans "La Cérémonie" (1995) de Claude Chabrol, "Jeanne et le Garçon Formidable" (1998) de Olivier Ducastel et Jacques Martineau ou "Huit Femmes" (2002) de François Ozon, Peter Coyote vu notamment dans "E.T." (1982) de Steven Spielberg, "Kika" (1993) de Pedro Almodovar ou "Erin Brockovich" (2000) de Steven Soderbergh, Nicolas Vaude qui retrouve après "Le Pacte des Loups" (2001) de Christophe Gans l'actrice du culte "Les Yeux sans Visage" (1959) de Georges Franju, Edith Scob , les deux partenaires retrouvent respectivement après "La Reine Margot" (1994) de Patrice Chéreau pour lui et "L'Eté Meurtrier" (1983) de Jean Becker la star Isabelle Adjani qui retrouve son réalisateur après "Tout Feu, Tout Flamme" (1982) et qui retrouve après "Camille Claudel" (1988) de Bruno Nuytten son partenaire Gérard Depardieu qui retrouve aussi Jean-Paul Rappeneau après "Cyrano de Bergerac" (1990) et "Le Hussard sur le Toit" (1995), à l'instar de l'acteur Jacques Pater, tandis que Vincent Nemeth était aussi dans "Cyrano..." et qui avait retrouvé Depardieu dans "Vatel" (2000) de Roland Joffé, puis Michel Vuillermoz aperçu également dans "Cyrano..." qui retrouve après "Peau d'Ange" (2002) de Vincent Perez la jeune Morgane Moré révélée dans "Saint-Cyr" (2000) de Patricia Mazuy. Citons encore Aurore Clément qui était justement dans "Lacombe Lucien" (1974) et remarqué entre autre "Apocalypse Now" (1979) de Francis Ford Coppola ou "Paris, Texas" (1984) de Wim Wenders, Xavier de Guillebon qui retrouve Grégori Derangère après  "La Chambre des Officiers" (2001) et vu dans "L'Auberge Espagnole" (2002) de Cédric Klapisch, Pierre Dot apparu dans "La Maladie de Sachs" (1999) de Michel Deville ou "Sur mes Lèvres" (2001) de Jacques Audiard, Olivier Claverie aperçu dans "Les Enfants du Siècle" (1999) de Diane Kurys ou "Stand-By" (2000) de Roch Stephanik, Wolfgang Pissors vu dans "Laissez-Passer" (2002) de Bertrand Tavernier et "Monsieur Batignole" (2002) de et avec Gérard Jugnot, puis Christine Orry qui retrouve Virignie Ledoyen après "En Plein Coeur" (1998) de Pierre Jolivet et qui retrouvera son réalisateur pour "Belles Familles" (2015)... Les premières minutes du film sont d'emblée une immersion assez géniale dans l'effervescence de l'exode post-défaite à laquelle correspond magnifique la mise en scène de Rappeneau. Le réalisateur est à son aise avec un rythme effréné à un point où parfois il semble confondre vitesse et précipitation mais qui donne de l'ampleur et de la densité à une aventure où il se passe énormément de choses en si peu de jours. Le cinéaste impose une sorte de Feel Good Movie improbable dans le contexte de l'exode de juin 1940, soit la fuite tragique d'une dizaine de millions de personnes qui traversent la France fuyant l'occupant allemand. 

Le mélange entre la tragédie humaine d'une défaite militaire et la fiction d'un film d'aventure fonctionne à merveille, c'est là tout le talent du réalisateur comme il 'avait déjà magnifique fait avec "Les Mariés de l'An II" (1971). Par là même le scénario est un plaisir d'écriture, les différentes sous-intrigues s'imbriquent merveilleusement, entre le quator amoureux (l'actrice, l'étudiante, l'écrivain et le ministre), l'affaire de l'eau lourde (le professeur Kopolski inspiré du savant Lew Lowarski un des inventeurs de la fission nucléaire), les prémices de la Résistance... etc... Tandis que le montage permet d'accentuer l'effet "urgences" de la période et de l'importance de certains événements, avec pas moins de 1400 plans, ce qui est une moyenne plus proche d'un film d'action hollywoodien que d'un film historique à la française habituel. Le plus grand défaut (s'il en est un !) serait un panel de personnages un peu trop convenu, pour ne pas dire caricatural ce qui rapproche le film plus de la bande-dessinée que d'un film historique réaliste. C'est d'autant plus frappant que le personnage principal de l'écrivain Frédéric/Derangère est sans doute le seul qui ne surjoue pas, il paraît ainsi le seul qui est lucide et ancré dans l'instant présent. Face à lui l'étudiante/Doyen est trop le cliché jolie intellectuelle tête à claques, la star/Adjani trop vedette vénale prête à tout, le pire reste sans doute le voyou/Attal qui se réveille Résistant dans un rôle en vérité très accessoire. La fin est aussi plutôt décevant car ajoute encore une équation chance-optimisme-espoir-coïncidence trop invraisemblable, au vu du genre comédie d'aventure du film, mais aussi d'un contexte historique qui reste dramatique, il aurait été sans doute plus judicieux de rester plus mesuré et/ou (fin) ouverte - ou sinon il aurait fallu choisir réellement un pure comédie ou le rire aurait été assumé, étant plus dans une comédie dramatique il fallait une fin moins "joyeuse". Néanmoins, ce sont des détails, Jean-Paul Rappeneau signe un très bon film d'aventure, qui se passe et se vit à grande vitesse et aux multiples émotions pour un vrai bon film populaire.

 

Note :          

14/20
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