Quand la Ville Dort (1950) de John Huston

par Selenie  -  19 Octobre 2026, 09:07  -  #Critiques de films

Devenu un des plus grands réalisateurs de Hollywood après "Le Faucon Maltais" (1941), "Le Trésor de la Sierra Madre" (1948) et "Key Largo" (1949), John Huston s'est fait une spécialité du Film Noir mais il a aussi signé "Les Insurgés" (1950), film politique qui dénonce en filigrane le Maccarthysme (Tout savoir ICI !). La période de la chasse aux sorcières communistes bat son plein à Hollywood et le cinéaste se mord les dents et trouve ainsi un moyen de pointer du doigt la délation avec un projet qu'il maîtrise particulièrement, le Film Noir. Pour ce nouveau projet, le cinéaste choisit le roman "The Asphalt Jungle" (1949) de W.R. Burnett, auteur parmi les plus influents de son temps, qui a écrit plusieurs scénarios entrés dans la légende comme "Scarface" (1932) de Howard Hawks ou "La Ville Abandonnée" (1948) de William A. Wellman, et dont plusieurs romans ont déjà été porté sur grand écran dont "Le Petit César" (1931) de Mervyn LeRoy ou "Toute la Ville en Parle" (1935) de John Ford, ainsi que "Law and Order" (1932à de Edward L. Cahn qui a justement été un des premiers scénarios de John Huston. Ainsi les deux hommes se retrouvent pour adapter ce roman, et dont le scénario est repris par Ben Maddow encore peu connu mais qui connaîtra son heure de gloire en signant les scénario de quelques classiques avec "L'Equipée Sauvage" (1953) de Laszlo Benedek, "Johnny Guitar" (1954) de Nicholas Ray et qui retrouvera aussi John Huston pour "Le Vent de la Plaine" (1960). Le film est un succès et entrera à la postérité comme un des plus grands Films Noirs de l'histoire du cinéma. Outre ses futurs remakes en mode western avec "L'O du Hollandais" (1958) de Delmer Daves, en mode égyptienne dans "Cairo" (1963) de Wolf Villa et enfin en mode Blaxploitation avec "Cool Breeze" (1972) de Barry Pollack... Doc vient d'échaffauder un nouveau plan pour la braquage d'une bijouterie dont le butin promis est d'un million de dollars. Pour monter le coup, il engage Louis, perceur de coffres, Gus comme chauffeur, Dix comme homme de main et Emmerich pour financer l'opération. Alors que tout se déroule comme prévu, de petits détails viennent gripper la machine jusqu'à un point de non retour... 

La, bande de braqueurs est composée de Sam Jaffe vu entre autre dans "L'Impératrice Rouge" (1934) de Josef Von Sternberg ou "Le Mur Invisible" (1947) de Elia Kazan, Sterling Hayden qui n'est pas encore au sommet qui viendra avec "Johnny Guitare" (1954) de Nicholas Ray et surtout "L'Ultime Razzia" (1956) et "Docteur Folamour" (1964) tous deux de Stanley Kubrick, Louis Calhern vu dans "Le Ciel peut Attendre" (1943) de Ernst Lubistch, "Les Enchaînés" (1946) de Alfred Hitchcock ou "La Porte du Diable" (1950) de Anthony Mann, James Whitmore vu la même année dans "Le Convoi Maudit" (1950) de Roy Rowland avant de retrouver John Huston pour "La Charge Victorieuse" (1951), et retrouve après "Le Maître du Gang" (1949) de Joseph H. Lewis ses partenaires Anthony Caruso qui était dans "Griffes Jaunes" (1942) de John Huston, puis Barry Kelley vu dans "Les Ruelles du Malheur" (1949) de Nicholas Ray et retrouve après "La Main Noire" (1950) de Richard Thorpe l'actrice Teresa Celli qui est la même année dans "Tourment" (1950) de John Sturges aux côtés d'une certaine Maryline Monroe qui se fait remarquer la même année dans "Eve" (1950) de J.L. Mankiewicz mais qui n'est pas encore la star qui explosera avec "Chérie, je me sens Rajeunir" (1952) et "Les Hommes préfèrent les Blondes" (1953) tous deux de Howard Hawks, suit Marc Lawrence qui retrouve John Huston entre "Key Largo" (1948) et "La Lettre du Kremlin" (1970), retrouve Anthony Caruso après "Johnny Appolo" (1940) de Henry Hathaway puis retrouve après "Nazi Agent" (1942) de Jules Dassin l'actrice Dorothy Tree vu sur la même période dans "C'étaient des Hommes" (1950) de Fred Zinnemann et "La Flamme qui s'éteint" (1950) de Rudolph Maté après lequel elle retrouve John McIntire vu notamment dans "Appelez Nord 777" (1948) de Henry Hathaway ou "Winchester 73" (1950) de Anthony Mann et retrouve aussi Anthony Caruso après "La Scène du Crime" (1949) de Roy Rowland puis enfin n'oublions pas Jean Hagen vue dans "Madame porte la Culotte" (1949) de George Cukor ou plus tard "Chantons sous la Pluie" (1952) de Stanley Donen... Le film est construit de façon aussi méthodique et millimétrée que l'est le plan du braquage et ensuite la façon dont le "cerveau" tente de sauver les meubles. Mais il y a aussi le parallèle entre les chassés-croisés du côté malfaiteurs et l'enquête de la police. Le film s'ouvre sur le personnage de Dix/Hayden, s'il n'est qu'un des 5-6 rôles principaux il est en quelque sorte le fil conducteur "moral" du film en rappelant sans cesse qu'il veut finir ce job pour retourner chez lui en province. En attendant il est dans la jungle urbaine (le titre en V.O. n'est pas vain !) et retrouve un groupe de braqueurs qui sont certes chevronnés mais qui n'ont rien de criminels endurcis tel qu'on l'entend. En effet, ils sont et pensent comme des travailleurs en bâtiment ou en usine, c'est un job comme un autre. Dans cette histoire il n'y a pas de fou de la gâchette, de caïd mégalomane ou psychotique. Et pour bien insister dessus le réalisateur use de gros plans sur les visages où on peut déceler  les petits détails qui trompent les émotions comme un oeil humide, une goutte de sueur ou un regard qui en dit long. 

Par là même, la "jungle urbaine" de la V.O. rejoint le titre français, insistant sur l'opposition entre le jour et la nuit, l'ombre et la lumière. Les scènes en extérieur montre une ville détériorée et délétère, les rues sont abîmées, les immeubles en piteux état qui rappelle que la ville est en proie à un essor du crime comme le fait remarquer le chef de la police. Tandis que souvent les intérieurs sont filmés de nuit, en huis clos, à l'éclairage qui renforce le jeu d'ombres qui fait ainsi écho à l'ambiguité des uns et des autres. Le scénario suit un canevas désormais connu mais en 1950 c'est avant tout John Huston qui impose le maître étalon du genre ; une équipe nouvelle, un braquage normalement sans risque, un grain de sable, un professionnalisme qui promet une sortie de secours mais la fin est forcément inéluctable. Le fatalisme est est d'autant plus fort que Huston se passe de musique. En effet, la B.O. signée du grand Miklos Rozsa n'est présente que sur les parties génériques mais pas dans le corps du récit. Une gageure judicieuse qui accentue la dimension docu-fiction. Alors que la tension monte cran après cran Huston termine son film comme une boucle, là encore trait de génie, avec Dix/Hunter qui a pu fuir et arrive chez lui dans un monde rural symbolisant ainsi la confrontation avec le monde urbain corrompu. Un grand film qui aura une influence considérable notamment et en premier lieu sur le génie naissant de Stanley Kubrick avec "L'Ultime Razzia" (1956) ou encore "Le Cercle Rouge" (1970) de Jean-Pierre Melville.

 

Note :                 

17/20
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