Minotaure (2026) de Andreï Zviaguintsev

par Selenie  -  16 Octobre 2026, 12:57  -  #Critiques de films

Un des plus grands réalisateurs russes des années 2000 avec des films comme "Le Retour" (2003), "Leviathan" (2014) ou "Faute d'Amour" (2017), Andreï Zviaguintsev revient après plusieurs années difficiles. En effet il est tombé dans le coma suite au Covid en 2021 avec des séquelles importantes (90% de lésions pulmonaires, fauteuil roulant et rééducation...) et c'est durant son hospitalisation qu'il a appris la guerre avec l'Ukraine. Il choisit de s'installer en France en 2022 : "J'ai choisi la France, car c'est la Mecque du cinéma et c'est icique le metteur en scène est le véritable auteur de son film." Pour son nouveau projet, il a voulu adapter un film français dans le contexte de la Russie contemporaine. Après avoir vu ou revu de nombreux film français son choix s'est porté sur "La Femme Infidèle" (1969) de Claude Chabrol, auquel il ajoute un paramètre fondamental, la mobilisation à l'automne 2022 en Russie : "Cet événement a fondamentalement changé la vie des Russes. L'exode massif des citoyens de ce pays, et tout particulièrement des jeunes hommes, a soudainement apporté l'angoissante toile de fond des événements de cette époque." Néanmoins, son exil en France n'a pas permis au cinéaste de travailler à nouveau avec Oleg Néguine son co-scénariste habituel qui a refusé ce travail d'adaptation et/ou de quitter la Russie (?!). Ainsi, le réalisateur-scénariste Andreï Zviaguintsev a fait appel à un autre compatriote, Simon Liachenko remarqué pour son court métrage "Tooth" (2020). Le film, présenté au Festival de Cannes 2026 a remporté le Grand Prix... 

Russie 2022. Gleb, chef d'entreprise prospère vit avec sa femme Galina et leur fils dans une ville de province. Il se retrouve confronté à des problèmes professionnels croissants, dans un monde de plus en plus instable. Alors qu'il est obligé de voir partir ses employés mobilisés pour l'"opération militaire spéciale" il s'aperçoit que Galina le trompe. Petit à petit Gleb devient de plus en plus agressif... Le couple est incarné par Dmitri Mazourov surtout vu à la télévision outre quelques films dont "Artistka" (2007) de Stanislav Govorukhin et "Icône" (2024) de Vera Storozheva, puis Iris Lebedeva également surtout connue pour de nombreuses séries TV et vue au cinéma notamment dans "Masha" (2020) de Anastasiya Palchikova ou "Love" (2021) de Igor Tverdokhlebov. Citons ensuite Varvara Chmykova remarquée dans "La Fièvre de Petrov" (2020) et "La Femme de Tchaïkovski" (2022) tous deux de Kirill Serebrennikov, Anastasia Mischenko remarquée avec son propre court métrage "Candy Wrap" (2022), Vladimir Firedman vu entre autre dans "L'Attentat" (2013) de Ziad Doueiri, "American Assassin" (2017) de Michael Cuesta, "Une Histoire d'Amour et de Ténèbres" (2019) de Natalie Portman ou "The Operative" (2019) de Yuval Adler, Yuriy Zavalnyouk aperçu dans "After" (2024) de Anthony Lapia, Mikhail Safronov aperçu dans "Anna" (2019) de Luc Besson et "Kompromat" (2022) de Jérôme Salle, Arthur Smolianinov vu dans "Qui, Sinon Nous" (1998) de Valery Priomykhov, "1612" (2007) de Vladimir Khotinenko ou "Kalachnikov" (2020) de Konstantin Bousloy, Anatoli Bely vu dans "Wolfhound, l'Ultime Guerrier" (2006) de Nicolaï Lebedev, "War Zone" (2012) de Djanik Faidziev ou "Deux Procureurs" (2025) de Sergueï Loznitsa, puis enfin Rudgy Pajany apparu dans "Une Vie Rêvée" (2024) de Morgan Simon et "Si tu Penses Bien" (2026) de Geraldine Nakache... Pour commencer, rappelons que "La Femme Infidèle" (1969) durait 01h35, là où ce nouveau film dure près de 02h20 ! Certain diront "oui mais il y a toute la partie sur la conscription militaire en plus", il est vrai mais ce n'est nullement une excuse ou même un argument la preuve en est que le réalisateur s'oblige à une mise en scène particulièrement étirée, ou toutes les scènes sont allongée au maximum amenant à une dimension contemplative pas toujours compréhensible ou vraiment nécessaire. Le vrai soucis du film réside dans cette longueur et cette lenteur cumulée qui apporte parfois l'ennui ou la lassitude. Chabrol savait aussi ralentir le temps, se poser pour mieux observer mais Zviaguintsev use et abuse du processus au point d'en faire un somnifère jusqu'à cette ultime fin. Etait-elle si nécessaire ?!

Le cinéaste russe nous offre tout ce qu'on peut imaginer de la Russie, une atmosphère froide et étriquée pour ne pas dire dépressive autant au boulot où même dans un semblant de cohésion sociale on perçoit l'autorité, qu'en famille où on ne décèle aucune forme de chaleur ou de bonheur même quand il s'agit de l'enfant. Ensuite, on a bien du mal à comprendre l'épouse... ATTENTION SPOILERS !... Madame trompe son mari mais jamais, absolument jamais elle n'explique le pourquoi du comment, jamais elle a un temps soit peu de raison valable, ça reste flou et abstrait comme si elle ne savait elle-même rien de ses sentiments ou de ses décisions. Les seuls indices ne sont pas cohérents puisque l'amant est moins séduisant (oui c'est subjectif) et moins riche que son époux. Finalement elle semble surtout une gamine capricieuse, la fin le prouvant... FIN SPOILERS !... L'intrigue adultérine est donc sans grand intérêt, reprenant le film de Chabrol en y instillant une bonne dose de Hitchcock. Alors il reste l'intrigue politico-sociale autour de la circonscription militaire. Pas surpris ou étonné de la dénonciation autour de la corruption, mais on y apprend le système d'engagement, le rôle des patrons et donc des nantis. Les meilleures séquences sont sans doute dans les rendez-vous "professionnels" très pragmatiques comme la réunion avec le maire et surtout l'accueil des 14 engagés reçus par le patron aussi malaisant que cynique. Les acteurs sont impeccables, le style clinique de Zviaguintsev est prenant, mais dans le même temps il est dommage que la froideur soit si caricaturale autant sur le fond que dans la forme.

 

Note :                 

14/20
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